EDITO – Le « Onze de départ » ou comment voyager sans carton rouge

Depuis ce dimanche 31 janvier à minuit et une seconde, tout voyage à destination ou en provenance d’un pays non européen est interdit, sauf motif impérieux. Il sera obligatoire de présenter un test PCR négatif de moins de 72 heures, ainsi qu’une attestation de déplacement et de voyage, selon le cas de figure. C’est ce qu’a annoncé le Premier ministre Jean Castex vendredi soir.

Le ministère de l’Intérieur a été mis à contribution pour pondre les documents nécessaires à la sortie ou, surtout, à l’entrée du territoire français, en vertu du durcissement des restrictions. On imagine qu’il l’a fait en concertation avec le Quai d’Orsay et le ministère de la Santé. Et c’est tant mieux car pour produire pas moins de 11 documents différents, trois administrations n’étaient pas superflues.

Précisons-le tout de suite, la légère ironie que certains mauvais esprits pourraient relever dans cet édito n’a rien de méchant ni de cruellement moqueur : la situation est très complexe, et cette inflation d’attestations qu’a enfantée la place Beauvau résulte en grande partie de la prise en compte des situations sanitaires très disparates, selon les zones géographiques. Que n’aurait-on dit si elle ne l’avait pas fait…

On avait décidé, au départ, de détailler chacun des « laisser-passer » que la réglementation, désormais, impose. Mais on s’est finalement dit « Bof… ». Pour deux raisons : 1/ le site du ministère de l’Intérieur le fait très bien; 2/ on n’avait pas assez de paracétamol pour gérer.

En gros, il y a 5 grandes familles de cas :

  • On entre en France en provenance de l’espace européen, soit les États membres de l’Union européenne, d’Andorre, d’Islande, du Liechtenstein, de Monaco, de Norvège, de Saint-Marin, de Suisse ou du Vatican
  • On entre en France en provenance de pays hors espace européen et « verts » en termes de circulation du virus, soit l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, la Nouvelle-Zélande, le Rwanda, Singapour et la Thaïlande
  • On entre en France en provenance de pays hors espace européen et « rouges » en termes de circulation du virus, soit le reste du monde
  • On entre en France en provenance du Royaume-Uni
  • On sort de France

Certes, mais cinq « cas », ça ne fait pas onze documents. Et c’est là que votre naïveté nous confond. Car, dans trois cas, il y a un dédoublement attestation des motifs / attestation sanitaire, et dans trois cas (les mêmes que les précédents, Darmanin a conscience que nos neurones ne sont pas en quantité illimitée), il y a dédoublement voyageurs ressortissants européens (et Liechtenstein, et Monaco, et Vatican, et compagnie) / voyageurs non Monégasques, non Lichtensteiniens (Word ne reconnaît pas le mot, serait-ce « Liechtensteinais » ?), enfin bref, du reste du monde. Donc 5 cas auxquels j’ajoute 1 dédoublement que je multiplie par 6. Oui, ça fait bien onze documents (et si vous voulez vérifier, désolé, on vous l’a déjà dit, on a déjà gobé tous nos Doliprane 1000 mg).

Je sens poindre vos doigts accusateurs : si je m’en était tenu à un voyageur français (ou allemands, polonais, listeinsteinois, montecarlais, vaticanois, voire cannois tout court, etc), le résultat n’aurait été que de sept documents. Certes, la parade est belle. Mais on esquive et on assène notre direct du droit : si on avait tenu compte des documents différenciés pour les voyageurs de moins de 11 ans, on en serait parvenu à 15 documents différents – preuve que notre cruauté sait se limiter. 

Quoiqu’il en soit, 15 comme au rugby, 11 comme au football, ou 7 comme au handball, voyager devient vraiment « sport ».