En avion, les femmes sur un siège éjectable

Un procès est intenté contre EasyJet par une passagère qui a dû changer de siège à bord en raison de son sexe. L’occasion de faire un petit tour au pays des placements et déplacements discriminatoires.

Melanie Wolfson, citoyenne britannique d’origine israélienne, vient d’intenter un procès pour discrimination contre la compagnie aérienne EasyJet, après deux incidents sur des vols entre Londres et Tel-Aviv.

Dans les deux cas, a été obligée de changer de siège alors que des hommes juifs ultra-orthodoxes refusaient de s’asseoir à côté d’elle. Elle est soutenue dans son procès par l’IRAC, le Centre d’action pour la réforme en Israël, qui a gagné un procès intenté contre El Al auprès d’un tribunal israélien, pour une raison similaire.

Fort de café

Apportons un peu de légèreté à la pesanteur d’une telle affaire : Mme Wolfson s’est vue offrir, à chacun de ces deux incidents, une boisson chaude par la compagnie, quoi de mieux, il est vrai, qu’un bon café crème pour ravaler avec le sourire ce type d’humiliations.

La compagnie a déclaré qu’elle se refusait à commenter une procédure en cours, mais a clairement indiqué que sa politique interne « ne fait aucune discrimination pour quelque motif que ce soit ». Peut-être y a-t-il cependant un petit problème de formation de ses personnels navigants en la matière.

T’es pas mon genre

Même si, en l’occurrence, le simple bon sens devrait l’emporter : c’est celui qui est « importuné » qui devrait changer de siège, du moins quand le motif de sa gêne n’a pas pour but manifeste de la provoquer. Et dans ce cas, on peut en toute bonne foi (hem !), considérer que Mme Wolfson n’est pas née femme pour contrarier ces observants zélés.

Mais Jean, un grand voyageur d’affaires que nous avons interrogé à ce sujet, n’a pas lui non plus son mot à dire quant à son sexe, il est né ainsi, sans avoir le moindre projet d’enquiquiner son monde avec sa masculinité. Pourtant, dans un vol Djeddah-Dhahran via Riyad, il fut lui aussi « wolfsonisé » dans la Première classe de Saudia. Alors qu’à l’escale, son siège du premier tronçon avait été occupé par un autre passager, il accepta bien volontiers d’en changer. L’hôtesse le place alors à côté d’une femme voilée dont la réaction fut si vive que le personnel de bord n’eut même pas besoin de l’inciter à choisir un autre siège. 

Le c… entre deux sièges

Et Jean de poursuivre que les discriminations ne sont uniquement de nature sexiste. Autre anecdote à l’appui : à l’enregistrement d’un vol Air China à l’aéroport de Shanghaï Pu Dong, il demande, si possible, un siège dans les premiers rangs de la classe éco. Et l’opératrice de lui préciser : « Mais oui, c’est évident, comme tous les Occidentaux« . Et d’ajouter : « Ainsi vous êtes entre vous et vous pouvez parler entre vous pour dire du bien de notre pays, combien il est ordonné« .

Jusqu’à plus ample informé, il n’existe pas de code de bonne conduite indiquant dans quel cas, une compagnie est autorisée à demander à un passager d’abandonner le siège qu’il a dûment réserver à l’achat ou à l’embarquement, au profit d’un autre. En cas de litige à bord, quel qu’en soit sa nature d’ailleurs, le commandement de bord est pleinement souverain en dernier recours. Et en cas d’action en justice, la loi qui s’applique est alors celle du droit commun. De quelle juridiction ? Celle de la compagnie. On peut donc imaginer que Jean n’aurait pas eu gain de cause en cas de recours concernant sa mésaventure à bord d’un avion de la Saudia.

Le séant pacifique

Le fait que les places en avion soient attribuées avant l’embarquement doit certainement étouffer dans l’œuf tout un tas d’incartades qui éclateraient certainement si les emplacements étaient libres comme dans une salle de cinéma. Pourtant, à leur début, les low cost avaient fait ce choix. Leur stratégie était la suivante : pour éviter certains sièges, les passagers se précipiteraient dans l’appareil pour choisir le soutien à leur auguste séant avec une plus grande latitude ; le temps d’embarquement en serait raccourci d’autant, et le temps c’est de… Vous avez compris.

Et ça marchait ! Sauf que depuis, sur ces même low cost, les sièges sont, comme dans les compagnies traditionnelles, attribués, quant aux plus ardemment désirés, ils sont surtarifés ». Une inflexion de stratégie que Jean résume avec la clarté du diamant et l’élégance de l’hôtesse EasyJet de Mme Wolfson : « Un jour un mec s’est dit : si les gens sont assez cons pour courir pour éviter le siège du milieu, ils seront bien assez cons pour payer plus« .