Depuis 2018, Wayve expérimente son système de conduite autonome dans les rues de Londres, l'une des capitales européennes à la circulation la plus dense. Huit ans plus tard, la startup britannique franchit un cap réglementaire décisif : Transport for London (TfL) a accordé des licences de Private Hire Vehicle (PHV) à plusieurs de ses Ford Mustang Mach-E électriques, équipées du système Wayve AI Driver et dotées de caméras périmètriques et de radars. Ces véhicules ont été inspectés et jugés conformes à l'ensemble des normes de sécurité et de politique de l'autorité de régulation londonienne. Le partenariat entre Uber et Wayve, formalisé depuis plusieurs mois, se concrétise ainsi sur le terrain réglementaire, ouvrant la voie à un lancement commercial dans les semaines à venir.
Verrou réglementaire levé
Pour circuler légalement à Londres dans le cadre de courses avec passagers, les véhicules de location avec chauffeur doivent satisfaire à ce que la réglementation britannique appelle le "triple verrou" : l'opérateur, le conducteur et le véhicule doivent chacun être titulaires d'une licence délivrée par la même autorité de régulation. Uber détenait déjà une licence d'opérateur PHV auprès de TfL, et les conducteurs qui accompagneront les passagers (voir ci-dessous) à bord des véhicules Wayve sont également agréés par l'autorité londonienne.
La délivrance des licences aux véhicules eux-mêmes vient désormais compléter le dispositif. Les trajets s'inscriront dans le cadre du code de bonnes pratiques pour les essais de véhicules autonomes défini par le gouvernement britannique. Concrètement, si les Ford Mustang Mach-E sont conçues pour opérer de façon autonome, un conducteur formé et licencié devra rester à bord pour superviser chaque trajet et reprendre le contrôle si la situation l'exige. Ce modèle de supervision humaine est aujourd'hui la norme dans les pays où le cadre légal de l'autonomie de niveau 4 est encore en cours d'élaboration.
100.000 Londoniens en attente
L'engouement suscité par l'annonce témoigne d'un intérêt réel pour ce nouveau type de service dans la capitale britannique. En l'espace de huit semaines seulement, plus de 100.000 Londoniens se sont inscrits sur la liste d'intérêt proposée par Uber, leur donnant la possibilité d'être parmi les premiers à réserver une course à bord d'un véhicule autonome Wayve. Avant le lancement grand public, une sélection de ces inscrits aura l'occasion d'effectuer des trajets en avant-première, dans l'objectif de recueillir leurs retours et d'affiner l'expérience.
"Cette licence est une étape clé pour faire des courses autonomes une réalité sur Uber à Londres. Notre liste d'intérêt a suscité une réponse remarquable de la part de Londoniens enthousiastes à l'idée de découvrir la technologie de conduite autonome de Wayve", a déclaré Annie Duvnjak, Global Head of Autonomous Mobility Operations chez Uber. Sarah Gates, VP Global Affairs & Assurance chez Wayve, a de son côté évoqué "un déploiement responsable qui contribuera à des rues plus sûres, plus propres et plus silencieuses", saluant la coopération menée avec les régulateurs et les communautés locales.
Une IA sans cartes HD
L'approche technologique de Wayve, désignée sous le nom AV2.0, se distingue des systèmes de conduite autonome de première génération. Là où ces derniers s'appuient sur des cartes haute définition méticuleusement annotées, des règles de conduite codées à la main et des zones géographiques prédéfinies - les fameux "geofences", le système de Wayve repose sur un modèle d'intelligence artificielle conçu pour apprendre de l'expérience, à l'image d'un conducteur humain. Cette architecture lui permettrait, selon la société, de s'adapter à de nouveaux environnements - routes inconnues, conditions météorologiques changeantes, véhicules différents, avec davantage de souplesse.
Développée sur les routes britanniques depuis 2018, la technologie aurait été testée dans plus de 500 villes à travers le monde. Fondée en 2017 et soutenue par SoftBank Group, NVIDIA, Uber et Eclipse Ventures, Wayve s'affirme ainsi sur un marché européen encore en cours de structuration. Du côté d'Uber, la firme revendique plus de 30 partenariats avec des acteurs du véhicule autonome et affirme comptabiliser des millions de trajets autonomes chaque année, dans le cadre d'un réseau hybride où véhicules sans conducteur et chauffeurs humains opèrent en parallèle.