Rodolphe Ardant (Spendesk) : « Notre économie se transforme et attire davantage d’investisseurs étrangers »

Après avoir finalisé une nouvelle levée de fonds à hauteur de 100 millions d’euros, la jeune pousse spécialisée dans la gestions des dépenses en entreprise est devenue la 26e « licorne » française. Valorisée à plus de 1 milliard de dollars, Spendesk souhaite continuer de grandir et devenir une référence dans le secteur. Entretien avec Rodolphe Ardant, fondateur et CEO de Spendesk. 

DeplacementsPros : Spendesk est récemment devenue une licorne française. Qu’est ce que ce nouveau statut change pour vous ? 

Rodolphe Ardant : D’un point de vue entreprise, le statut de licorne ne change pas grand-chose, notre ADN reste le même et nos objectifs aussi. En revanche, côté recrutement, ce nouveau statut nous permet d’approcher de nouveaux talents, notamment à l’international et de faire valoir notre entreprise auprès d’eux. Devenir une licorne nous permet de leur faire comprendre qu’ils s’engagent dans une aventure « solide ». De même, pour nous cela représente une « validation » du marché. Nous gagnons en notoriété et en visibilité auprès des acteurs historiques. 

Quels sont vos projets pour 2022 ? A quoi va servir cette nouvelle levée de fonds ? 

Les capitaux vont tout d’abord nous servir à recruter. Nous avons pour ambition de tripler le nombre de nos collaborateurs dans les prochaines années. Nous sommes sur un marché en pleine transformation et notre objectif est de supprimer tous ces process de dépenses, que cela soit pour les salariés ou pour les services financiers des entreprises. Il faut digitaliser les process afin de centraliser davantage les opérations financières et la demande est très forte de la part du marché. 

Face à cette demande, nous souhaitons accélérer la transformation à travers 2 priorités : l’innovation produit et l’enjeu commercial, de croissance et de développement. Le marché des PME est énorme et elles sont plus de 1 million entre le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Nous n’en servons « que » 3 500, ce qui nous laisse envisager de belles perspectives.

La crise liée au Covid-19 a -t-elle permis d’accélérer la digitalisation dans les entreprises ?

Durant cette crise nous avons effectivement pu voir émaner de nouveaux besoins et enjeux, à savoir avoir plus de traçabilité, notamment avec le télétravail et le travail à distance. La question aujourd’hui est : comment faut-il équiper ces entreprises pour les aider à reprendre leurs activités ? Sur ce point nous avons pu observer une accélération des besoins de digitalisation.

Les startups du secteur de la gestion de frais professionnels poussent-elles le marché à se renouveler ?

Le rôle d’innovation, est l’essence même de la startup. Utiliser la technologie pour permettre à un marché de faire les choses de manière différente. Est-ce que notre rôle est de transformer l’industrie ? Au-delà de l’industrie c’est plutôt notre façon de travailler et notre relation à l’entreprise qui est en train de se transformer, notamment sur la partie gestion des finances. Nous avons besoin de centraliser les opérations mais aussi d’être agile et capable de s’adapter à un environnement qui évolue très vite. Notre objectif est de permettre aux entreprises de s’adapter à ces nouveaux changements.

Comment expliquer l’engouement pour l’investissement dans les startups françaises, qui plus est en période de crise ? 

Il y a plusieurs éléments qui l’explique. Le premier est que lors de cette crise, les dépenses qui ont été le plus touchées au sein des entreprises ont été celles liées au déplacement. Certes, mais il y avait toutes les autres catégories de dépenses. L’entreprise, elle, continuait de consommer. Concernant les licornes françaises qui ont été annoncées récemment, nous parlons de digitalisation, de transformation. Tout ceci est en train d’arriver en Europe. Notre économie se transforme et attire davantage d’investisseurs étrangers. La dynamique est la même qu’aux Etats-Unis il y a 10 ans, ce qui favorise cet engouement. Les investisseurs se disent : « Tient il se passe la même chose qu’il y a quelques années aux US, on va aller investir en Europe ». 

Ensuite, il y a énormément d’argent dans les capitaux privés, du coup les demandes de financement sont très fortes et appellent à l’investissement. A cause (ou grâce) à la pandémie, les politiques des banques centrales ont donné les liquidités suffisantes pour les pousser à investir. Et enfin, le troisième point qui explique cette « tendance » sont les conditions d’entreprenariat en France qui ont totalement changé ces dernières années. Il nous ait davantage possible de recruter de nouveaux talents, notamment à l’international et plus uniquement au niveau local. Le gouvernement a fait de l’économie du numérique une de ses priorités et cela crée les conditions nécessaires pour que les investisseurs étrangers arrivent chez nous avec une volonté d’investir. Ce sont tous ces éléments qui pour moi ont participer à la transformation de notre économie et à l’attrait pour les entreprises du digital.

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