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Tribune Krum Garkov - Pourquoi l’EES a besoin du préenregistrement

Un peu plus de quatre mois après le lancement du nouveau Système d’entrée/sortie (EES) de l’UE, Krum Garkov, ancien directeur de l’agence chargée du déploiement du dispositif, en tire les premiers enseignements.

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David Keller

David Keller

4 mars 20266 min de lecture

Tribune Krum Garkov - Pourquoi l’EES a besoin du préenregistrement
Tribune Krum Garkov - Pourquoi l’EES a besoin du préenregistrement© AdobeStock

Krum Garkov est conseiller en politiques européennes chez VFS Global, ancien membre du cabinet du Premier ministre de Bulgarie et ancien directeur exécutif d’eu-LISA, l’agence de l’UE responsable de la gestion des systèmes informatiques de grande ampleur soutenant les politiques de gestion des frontières et des migrations.

L’EES s’inscrit dans une réforme ambitieuse. Conçu pour moderniser la gestion des frontières extérieures de l’UE, il remplace l’apposition manuelle des tampons sur les passeports par un système automatisé qui enregistre les entrées et les sorties des ressortissants de pays tiers se rendant dans l’espace Schengen, qui comprend la plupart des États membres de l’UE ainsi que l’Islande, la Norvège, le Liechtenstein et la Suisse.

Les voyageurs doivent fournir des données biométriques, notamment leurs empreintes digitales et une image faciale, créant ainsi un dossier numérique réutilisable pour de futurs déplacements. Avec environ 220 millions de franchissements annuels des frontières extérieures par des ressortissants de pays tiers attendus d’ici 2026 – un chiffre pouvant atteindre 260 millions d’ici 2029, le recours à l’automatisation apparaît clairement justifié.

Fort de mon expérience à la tête d’eu-LISA, l’agence de l’UE chargée du développement et de la gestion des systèmes informatiques de grande ampleur pour la gestion des frontières, la migration et la sécurité intérieure, je suis convaincu qu’une fois pleinement déployé, l’EES permettra d’améliorer l’efficacité de la gestion des frontières, de fiabiliser les contrôles d’identité, de réduire la fraude identitaire et de faciliter le passage aux frontières pour les ressortissants de pays tiers. Assurer une transition fluide vers ce régime stabilisé constitue toutefois un défi opérationnel complexe.

+70% de temps de traitement

À cette fin, l’EES a été introduit par phases. Depuis octobre dernier, les États membres devaient enregistrer 10% des ressortissants de pays tiers franchissant les frontières extérieures de l’UE, un seuil porté à 35% le 9 janvier. Pourtant, même à ce niveau inférieur, des signalements de perturbations ont commencé à apparaître.

Airport Council International (ACI) Europe a fait état d’augmentations significatives des délais de traitement aux frontières, avec des files d’attente de plusieurs heures dans certains aéroports. L’organisation estime que les temps de traitement globaux ont augmenté jusqu’à 70 %. Un facteur clé tient au fait que de nombreux voyageurs doivent d’abord enregistrer leurs données biométriques sur des bornes en libre-service avant de voir un agent aux frontières. Lorsque ces bornes sont peu familières, indisponibles ou temporairement hors service, les retards peuvent rapidement s’aggraver. ACI Europe a averti que la situation pourrait empirer à mesure que la proportion de voyageurs soumis à l’enregistrement augmentera.

Ces difficultés ne sont pas inhabituelles lors du déploiement de systèmes informatiques de grande ampleur. Les nouvelles technologies doivent être intégrées aux procédures existantes, le personnel doit s’adapter à de nouveaux flux de travail et les voyageurs ont besoin de temps pour se familiariser avec ces nouvelles démarches. À court terme, ces ajustements peuvent temporairement neutraliser les gains d’efficacité que le système est censé apporter à terme.

Des représentants du secteur ont appelé les autorités frontalières à recourir à des mesures de contingence, notamment en limitant les contrôles ou en suspendant temporairement le système pendant les périodes de pointe. Si ces mesures peuvent offrir un soulagement à court terme, elles ne constituent pas une solution durable. Il convient plutôt de trouver un moyen de déplacer certaines des étapes administratives les plus chronophages du processus de franchissement des frontières en dehors des points de passage eux-mêmes.

Pré-enregistrer pour désengorger

Une option concrète et réalisable consisterait à permettre aux voyageurs d’effectuer un préenregistrement dans l’EES avant leur arrivée à la frontière. À l’heure actuelle, l’absence d’une option de préenregistrement largement disponible signifie que cette démarche ne peut être réalisée qu’à la frontière, ce qui accroît la pression précisément là où la congestion et les retards sont les plus coûteux.

Un canal évident existe déjà. Le réseau mondial des Centres de demande de visa (VAC), notamment ceux exploités par des prestataires de services externes expérimentés tels que VFS Global, est déjà équipé pour assurer la collecte sécurisée de données d’identité (alphanumériques et biométriques) à grande échelle. Ces centres disposent de personnel formé et d’environnements contrôlés, garantissant une haute qualité des données et une prestation de service prévisible.

S’appuyer sur cette infrastructure existante permettrait aux ressortissants de pays tiers de bénéficier d’un accompagnement expert et d’un soutien pratique, rendant l’expérience globale aux frontières plus rapide, plus prévisible et nettement moins stressante.

Le préenregistrement réduirait le temps nécessaire pour franchir les frontières extérieures de l’UE, diminuerait le risque de files d’attente, allégerait la charge de travail des gardes-frontières et leur permettrait de se concentrer sur leurs missions essentielles de sécurité et de gestion des risques. Le redéploiement des ressources des gardes-frontières, des enregistrements routiniers vers des activités de gestion des risques, contribuerait à garantir que les mesures de sécurité essentielles ne soient pas compromises, même en période de forte affluence.

Prestataires

Tout cela est parfaitement possible. La base juridique de l’EES ne fournit pas d’orientations détaillées sur la manière dont les États membres doivent organiser le processus de préenregistrement. Chacun dispose de la flexibilité nécessaire pour décider des canaux à utiliser, qu’il s’agisse d’une application mobile ou d’installations physiques dans des pays tiers.

De plus, une telle collaboration avec des prestataires de services externes n’a rien de nouveau. Lorsque le rôle de la biométrie dans la délivrance des visas est devenu central, cela a exercé une pression considérable sur les ressources consulaires. Pour répondre à ces défis opérationnels, les gouvernements se sont tournés vers des prestataires externes afin de les assister dans les aspects administratifs non décisionnels de la délivrance des visas, notamment la collecte des données d’identité, l’enrôlement biométrique (y compris la transmission sécurisée des données aux systèmes nationaux) et la gestion administrative des demandes.

Le recours à ces prestataires fait désormais partie intégrante d’un écosystème mondial garantissant la mise en œuvre fluide et efficace de la politique commune des visas de l’UE. Cette collaboration a permis d’alléger les pressions en matière de personnel, d’infrastructures et de finances, tout en rationalisant les procédures.

Le Système d’entrée/sortie représente une avancée majeure dans la modernisation de la gestion des frontières Schengen, en améliorant l’enregistrement des données, la conformité et la préparation à une automatisation accrue. Garantir son succès suppose des choix opérationnels équilibrant facilitation et sécurité. Le préenregistrement via des Centres de demande de visa établis offre une solution pratique et éprouvée pour éviter les goulets d’étranglement, maintenir la fluidité du trafic des voyageurs et préserver la résilience opérationnelle tout en respectant la souveraineté des États membres.

Avec un déploiement complet prévu pour le 10 avril 2026, l’utilisation stratégique des infrastructures des VAC sera déterminante pour assurer une mise en œuvre harmonieuse, simplifier l’enrôlement biométrique, réduire la congestion aux points de contrôle frontaliers et améliorer l’expérience des voyageurs. Parallèlement, elle permettra aux autorités frontalières de se concentrer sur la sécurité, la gestion des risques et la supervision opérationnelle, garantissant ainsi que l’EES atteigne ses objectifs de manière efficace, fiable et sécurisée sur l’ensemble des frontières extérieures.

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