Crise énergétique : qui paiera la facture des déplacements professionnels ?

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Marqué par deux années de crise sanitaire, le marché du Business Travel repart à la hausse, surveillant avec attention l’évolution de la pandémie et les tensions géopolitiques au niveau mondial. A cela, vient désormais s’ajouter une inflation record en Europe et une crise énergétique qui menace les entreprises et la reprise des voyages d’affaires. 

Le Président Emmanuel Macron nous avait pourtant prévenu : « Nous vivons la fin de l’abondance ». Alors que l’Europe doit se passer du gaz russe, le prix du gaz et de l’électricité ont atteint des sommets historiques ces dernières semaines et la flambée se poursuit… En parallèle, la hausse des prix des matières premières comme le blé ou l’huile est également venue secouer l’économie mondiale. La faute à la guerre en Ukraine, mais également à des perturbations des chaînes d’approvisionnement et à des températures record cet été. En août 2022, le taux d’inflation annuel de la zone euro était en hausse de 9,1% et il pourrait atteindre une moyenne de 5,5% sur l’année, une première depuis 1985.

Récemment, l’Etat démentait avoir demandé à la SNCF de travailler sur un plan de transport afin de faire des économies d’énergie, mais appelait le transporteur à plancher sur un plan de sobriété. « Il n’y aura pas moins de trains ou des trains qui roulent moins vite », déclarait le ministre des Transports, Clément Beaune. Ou du moins pas tout de suite…

L’hôtellerie portée par l’augmentation du prix des chambres

Pour les entreprises et les voyageurs d’affaires, la note s’annonce salée. Dans le secteur de l’hôtellerie, les prix s’envolent. Selon la dernière étude du cabinet MKG Consulting, sur les mois de juillet-août, le prix moyen a atteint 35% d’augmentation dans la capitale et près de 20% au niveau national. Pour Jean-Virgile Crance, Président GNC (Groupement national des chaînes hôtelières) à l’UMIH : « Les chiffres d’affaires ont atteints pour la plupart des établissements les niveaux de 2019. Mais ils sont portés davantage par l’augmentation des prix que le volume ». Et cela concerne toutes les catégories d’hôtels. Bruno Alleau, directeur de l’hôtel Madisson à Paris, assure que, pour le moment, ses factures d’énergie ont raisonnablement augmenté : « Nous avions signé un contrat groupe avec un fournisseur il y a deux ans afin de sécuriser le prix du kw/h. Même si ces prix ont été modifiés récemment, cela reste raisonnable… Jusqu’en 2023 ». En revanche, l’hôtelier anticipe déjà la modification de son contrat fin 2022 et accélère les démarches déjà mises en place pour réduire la consommation d’énergie de l’établissement : « Nous allons par exemple revoir l’isolation et nos systèmes de climatisation », explique-t-il. Selon Jean-Virgile Crance, l’UMIH et le gouvernement travaillent actuellement à la mise en place d’un plan de sobriété énergétique pour les professionnels de l’hôtellerie-restauration : « Cela concernera la régulation du chauffage, l’éclairage ou les services annexes comme les piscines », ajoute-t-il. 

Matières premières et revalorisations salariales

Si les professionnels nous assurent que les prix de l’énergie ne les impactent que modérément pour le moment, à quoi est donc due cette flambée des prix ? « En plus des surcoûts énergétiques, il y a surtout les surcoûts liés aux matières premières, la hausse des taxes dans certaines villes pour les livraisons comme à Paris et la revalorisation salariale dans le secteur de l’hôtellerie-restauration (+16%) », confie l’hôtelier. Pour un grand nombre de professionnels du secteur vient également s’ajouter le remboursement des PGE contractés durant la crise sanitaire. A l’hôtel Madisson, le prix du petit-déjeuner va par exemple évoluer et certains coûts de produits annexes également. Pour Jean-Virgile Crance, ces augmentations doivent cependant être « raisonnables » afin d’être « mieux acceptées » par le client. A la question : « Cette crise sera-t-elle un accélérateur des démarches RSE pour les hôteliers ? », le Président GNC de l’UMIH acquiesce : « Les factures d’énergie vont avoir un impact énorme sur nos comptes finaux et il va être indispensable de réaliser des économies, donc à engager des projets RSE et de développement durable ».

Un nouveau frein aux déplacements professionnels ? 

Pour les entreprises et les voyageurs, l’augmentation des prix sera inévitable. Si les contrats corporates garantissent, sauf exception, des tarifs qui ne peuvent pas être modifiés, ils seront assurément revus à la hausse lors de la prochaine date anniversaire. Avec cette nouvelle crise économique et son impact sur le prix des voyages, la tendance à faire preuve de fermeté lors d’une validation fera plus que jamais sens. Bien qu’étant devenue une perspective pour les travel managers avant 2020, la contrainte économique devrait cette fois-ci accélérer le processus. Concernant l’impact réel que cela aura sur la modification des politiques voyages, un travel manager nous assure que cela incitera (encore plus) les entreprises à réduire, ou à porter une attention particulière sur la nécessité du déplacement professionnel. En parallèle, les démarches RSE que souhaitent engager les hôteliers rencontrent les objectifs que visent les entreprises dans les PVE. Choisir des fournisseurs plus vertueux et faire de la RSE son leitmotiv. Là aussi le phénomène n’a rien de nouveau mais vient se renforcer à cause, ou grâce à la situation économique.