Non, une voyageuse d’affaires n’est pas forcément faible ou fragile!

A 35 ans, Coline a pas mal voyagé. Deux ou trois fois le tour du monde pour une entreprise qui depuis 5 ans lui a confié la mission de suivre les projets d’une petite dizaine de filiales dans le monde. Son job ? Découvrir de nouvelles essences utilisables dans le monde de l’agro-alimentaire. Des saveurs fraiches et peu ou pas connues pour en faire des arômes. Ne m’en demandez pas plus, je l’ai rencontrée lors d’un voyage en Asie.

Lectrice de DéplacementsPros, elle m’a d’emblée demandé pourquoi il n’y avait pas plus de sujets sur les femmes qui voyagent. Cette maman d’une petite fille de 4 ans m’a expliqué dans le détail ce que c’est que d’avoir deux vies. Celle qui fait préparer en catastrophe les affaires de la petite famille 8 heures avant son départ, le temps passé à « compter les dodos » où Maman ne sera pas là, sans oublier la gestion du décalage horaire pour le petit coup de fil à la bonne heure, juste avant le coucher. «Des sujets que les hommes feignent d’ignorer», précise-t-elle en souriant. Peut-être l’ignorent-ils, me fait dire ma naïveté. Si bien que je lui propose de l’écrire. Six mois après, elle me passe sa tribune. Rien de violent. Un constat tout en douceur d’une vie de voyageuse. Avec ses hauts et ses bas. A vous de juger.
«Je m’appelle Coline, j’ai 35 ans et une petite fille. Rien d’original même si le quotidien d’une femme se joue comme une partition de musique : un homme vaut deux femmes. Celle qui câline les enfants et celle qui bosse. Celle qui reste parfaite pour son mari et la collègue enviée par toute l’entreprise. Celle qui accepte tout et la rebelle. La mère au foyer et la voyageuse au long cours. Bref, il y a du Mister Hyde en nous. Personne ne le soupçonne. Sauf les collègues féminines, bien sûr, dès qu’elles sont elles aussi mères de famille….
 
Mes amis me disent mignonne. Un qualificatif qui ne veut rien dire, sauf que dans certains cas cette situation me joue des tours lors de mes voyages dans le monde. Voire même avant de partir. Un client ou une réunion complexe, on m’envoie. Pensez donc, une femme, c’est fait pour séduire. Tout juste si l’on ne me demande pas d’ouvrir un peu plus mon chemisier. « Coline vous le séduisez et Pierre sera là pour signer » m’a dit un jour mon boss sans se rendre compte du ridicule et même de la grossièreté de cette assertion. J’ai mis un col roulé. Pierre a fait la moue !
 
Autre souci rencontré par une femme qui voyage : le lourdaud. Celui qui veut vous aider à monter votre valise dans le coffre à bagages de l’avion. Le même à qui son ami explique à voix haute qu’il a de la chance de voyager avec une jolie fille. Le lourdaud qui, en dix questions, veut savoir si vous êtes casée ou sur le marché. Lui enfin qui se croit obligé de vous proposer un diner… Et plus si affinités. Le même grossier personnage qui ne comprend pas que vous avez des dossiers à regarder avant un important rendez-vous. Bref, le voyageur d’affaires esseulé qui croit que croiser une femme, c’est l’adopter.
 
Tout cela ne serait rien si les coutumes ne venaient se mêler à cette difficile vie de voyageuse. Pas de pantalon mais une jupe, longue de préférence, voici la règle dans certains pays où l’on insiste pour que je garde une veste ou un tailleur. « C’est si français ». A table, pas question de boire un verre de vin. Vous pensez, une femme ! Dans un émirat du Golfe où le Champagne circulait, on m’a même apporté une grenadine à l’apéritif. Le serveur a proposé de la remplacer par un verre de lait. Généreux, non?
 
Autre catégorie, plus trognon, le peureux qui vous surprotège. En Egypte, il vous colle un garde du corps mais laisse mon collègue se débrouiller seul. Que voulez vous, je suis fragile. En Inde, il m’empêche de sortir en faisant durer la réunion. Aux Etats Unis, si je suis seule dans un bureau, il m’envoie une secrétaire pour éviter que je sois sexuellement (verbalement ?) agressée. On voit bien qu’il n’a jamais mis les pieds en Italie ou en Argentine.
 
Vous ai-je parlé de l’hôtel ? Là, je dois avouer que l’on a appris à traiter les clients en apportant quelques « petits plus » aux femmes. Je n’aime pas les étages réservés, de vrais ghettos même si certaines collègues s’en trouvent sécurisées. Mais si je formule une demande simple, je dois reconnaître qu’avec un sourire… Tout passe ! Mais attention, évitez le maillot trop sexy pour la piscine ou les shorts moulants pour la salle de sport. Le lourdaud n’est jamais loin.
 
Dernière étape, et non des moindres : le cadeau à rapporter à ma petite fille. Papa peut tout se permettre, même si au 10ème ours en peluche, je lui fais remarquer que depuis Darwin, la variété animale est une réalité. La fois suivante, j’aurais deux chameaux qui sentent le bouc. J’aurais mieux fait de me taire. Non de moi, on attend mieux. Plus personnel, plus shopping, plus… Maman, quoi : la poupée originale qui n’arrivera en France que dans 6 mois, les chaussures laser, les t-shirts lumineux… Bref, des heures de recherche. C’est connu, en voyage d’affaires on a le temps de faire du shopping. Comment cela, je suis de mauvaise foi ?
 
Voilà donc le moment de vous livrer un secret. J’achète sur les boutiques duty free qui offrent un service en ligne et je récupère le cadeau à l’aéroport au moment du départ. Et quand je suis coincée, je mets à contribution mes collègues locaux. Mon mail ne leur laisse aucune échappatoire. Ils doivent me trouver le bon cadeau ! C’est là tout l’avantage : solidaires, ils font tout pour me faire plaisir. Une compensation après le lourdaud.

Coline