Covid-19 – Qu’est-ce que le stade 3 ?

E. Macron :

Le passage au stade 3 ne serait plus qu’une question de jours. Peut-être sera-t-il annoncé ce soir même par Emmanuel Macron. Qu’est-ce que ça changera ?

A quelques heures de l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron à propos du Covid-19 (ce jeudi 12 mars à 20h), les spéculations vont bon train concernant le contenu du propos présidentiel.

S’il apparaît évident que le chef de l’Etat s’emploiera à rassurer les Français et en appellera à la solidarité notamment en matière économique, d’aucuns considèrent qu’il annoncera en outre le passage au fameux stade 3. En dernier ressort, cette histoire de timing est presque secondaire puisque le Premier Ministre, Edouard Philippe a annoncé, le 6 mars dernier, que ce passage au stade 3 était « inexorable ». De quoi s’agit-il ?

Plan

Pour en savoir plus, il faut se référer au Plan national de prévention et de lutte « Pandémie grippale », édité en octobre 2011. Au stade 3, en termes d’objectif, il ne s’agit plus de « freiner l’introduction du virus sur le territoire » (stade 1), ni de « freiner la propagation du virus sur le territoire » (stade 2), mais bien d’ « atténuer les effets de la vague épidémique ».

Le passage d’un stade à l’autre est donc fonction de l’étendue et de la vitesse de circulation du virus. En conséquence, Sibeth Ndiaye, porte-parole du Gouvernement, a indiqué que ce seront des critères scientifiques qui détermineront le moment du passage au stade 3.

Au stade 3, une batterie de « mesures barrières » est prévue. Elles sont indicatives, graduelles, et - ont déjà indiqué plusieurs sources gouvernementales, ne seront pas prises de manière standard, uniforme et systématique. Une évaluation territoire par territoire et une progressivité dans le déploiement des restrictions que Sibeth Ndiaye a résumé d’une phrase : « Il ne s’agit pas de mettre le pays à l’arrêt ».

Mesures barrières du stade 3

Petite enfance et scolaire : la fermeture des crèches, des établissements d’enseignements et de formation, des internats et des accueils collectifs de mineurs peut se faire à l’échelle d’une classe, d’un établissement, d’un territoire ou au niveau national.

Protection des populations spécifiques (personnes âgées, personnes handicapées, enfants, personnes sans domicile fixe…) : restriction plus ou moins stricte (jusqu’à l’interdiction) des visites dans les établissements d’hébergements collectifs et mise en place de structures exceptionnelles d’accueil spécifique pour les personnes sans domicile fixe infectées.

Transports : graduellement, on peut passer à une campagne d’information et de sensibilisation sur la nécessité d’éviter les transports en commun à une demande de limitation des déplacements non essentiels. La suspension éventuelle de certains transports en commun est possible, ce qu’avait déjà déclaré Jean-Marie Djebbari, secrétaire d’Etat aux Transports, au début du mois.

Activités collectives (spectacles, rencontres sportives, foires et salons, grands rassemblements...) : elles peuvent être limitées quand elles sont « non essentielles ». On le sait, de l’interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes, décrétée le 9 mars, au déroulement de matchs de football à huis-clos, des mesures prises en ce sens sont déjà effectives. Elles pourraient être renforcées.

En entreprise : mise en œuvre des mesures visant à limiter la contamination interhumaine et appel à la mise en œuvre de mesures de distance de protection sanitaire : travail à distance, limitation des réunions et des déplacements, téléconférences.

Communication

On le voit, par l’aspect graduel des mesures proposées, le stade 3, tel que défini par le Plan de lutte contre la pandémie, laisse une large latitude à des mesures et des mises en œuvre à l’aspect restrictif très différencié : de la fermeture d’une classe à la fermeture de tous les établissements scolaires ; d’une information sur la limitation des déplacements à l’arrêt de transports en commun. 

On remarque aussi que des mesures bien plus restrictives qui ont été prises dans les faits, notamment à l'étranger, sont absentes de ce Plan. C'est le cas, par exemple, de l'interdiction des vols entre l'Europe et les Etats-Unis, décrétée par Donald Trump le mercredi 11 mars. On imagine mal un gouvernement ne prenant pas ce type de mesures radicales si elles semblent nécessaires, au prétexte qu'elles ne figurent pas dans le document référence (notons qu'il existe bien un stade 4 mais qu'il correspond au "retour à la normale").

Dès lors, on peut considérer que ce passage au stade 3 est autant l'application d'un protocole officiel qu'un élément de langage, un outil de communication signifiant la mise en place de nouvelles mesures ou le renforcement de celles existantes. Autre message sous-jacent : il ne s'agit donc plus de freiner la propagation du virus mais bien d'en atténuer les effets.

Finalement, pour envisager plus concrètement jusqu’où pourraient aller les restrictions, peut-être faut-il regarder par-delà les Alpes. Puisqu’Emmanuel Macron n’excluait pas, le 10 mars dernier, « un scénario à l’italienne », les mesures prises dans la Péninsule peuvent constituer un bon indicateur : depuis le 9 mars, un quart de sa population est en quarantaine et depuis le 12 mars, les commerces (en dehors de l’alimentaire, des pharmacies et des stations-service) y sont fermés. Nous n’en sommes pas là.