Sécurité : la crise sanitaire n’a pas que des effets sanitaires (1/5) – L’Afrique

International SOS vient de publier un livre blanc intitulé « Covid-19 et sécurité dans le monde » répertoriant les implications sociales, politiques et économiques induites par la crise sanitaire. Nous reprenons, dans ce premier compte-rendu, les principales analyses concernant l’Afrique.

Troubles sociaux

  • L’une des conséquences les plus visibles des mesures de confinement et de fermeture des frontières a été l’augmentation des troubles sociaux sur le continent. Les restrictions liées à COVID-19 ont exacerbé des problèmes socio-économiques préexistants, notamment le chômage et la pauvreté, touchant en premier lieu les travailleurs informels, suscitant le mécontentement du public et la concurrence pour les ressources.
  • En raison du rétablissement potentiel des restrictions, ainsi que des mesures de sécurité sociale inadéquates pour atténuer leur impact socio-économique, cette recrudescence de l’agitation devrait persister.
  • L’économie sud-africaine devrait se contracter de manière significative en raison de la perte de revenus du tourisme et de la fermeture d’entreprises. Le trésor public du pays estime que 1,79 million de personnes pourraient se retrouver au chômage dans les mois qui viennent. De nouvelles tendances de protestation sont apparues, visant la réponse du gouvernement à la pandémie et les suppressions d’emplois prévues par les grandes entreprises; à titre d’exemple significatif, les syndicats de mineurs et de métallurgistes ont manifesté contre les licenciements prévus devant les usines d’extraction d’or en juillet. Le ralentissement économique a particulièrement réduit les flux de revenus des travailleurs informels du pays.

Xénophobie

  •  En Afrique du Sud, la situation économique difficile a contribué à la perception que les immigrants des pays africains voisins prennent la majorité des emplois disponibles. Les hashtags relayant des messages anti-immigrants ont proliféré, les appels à des protestations de masse se sont multiplié sur les médias sociaux, certains ciblant des nationalités spécifiques, comme les Nigérians.
  • Cette poussée de xénophobie, alimentée par la désinformation et contre laquelle le HCR a mis en garde en août dernier, est également liée à la crainte que les étrangers puissent être porteurs et propager le virus a également conduit à certains incidents xénophobes visant les Asiatiques au Kenya et en Éthiopie. Dans ce dernier pays, l’ambassade des États-Unis a lancé une mise en garde en mars contre la multiplication des rapports faisant état d’un sentiment anti-étranger et d’incidents dans la capitale Addis-Abeba ainsi que dans d’autres villes. Des incidents connexes et localisés de violence xénophobe ne peuvent être entièrement exclus tant que la pandémie est encore endémique.     

Criminalité

  • Au Burkina Faso, au Cameroun, en RCA, au Congo (RDC), en Éthiopie, au Kenya, au Mali, au Mozambique, au Nigeria, au Sud-Soudan et au Soudan, où des ressources importantes sont déjà consacrées à la gestion de problèmes de sécurité complexes, tels que le militantisme ou les conflits actifs, auront de plus en plus de mal à fournir des filets de sécurité sociale à leur population, ce qui contribuera probablement à l’augmentation de la criminalité.
  • Un éventuel rétablissement de restrictions strictes de mouvement entraînera le redéploiement des forces de sécurité pour qu’elles se concentrent sur l’application de mesures de distanciation sociale, ce qui aggravera les lacunes existantes en matière de sécurité – en particulier dans les pays où les capacités d’application de la loi sont insuffisantes en dehors des grands centres urbains.
  • Les groupes criminels se sont adaptés à la « nouvelle normalité » de la vie sous COVID-19 en changeant leurs tactiques et leurs cibles. Au Kenya, les gangs criminels ont profité des communautés vulnérables qui n’ont pas accès à une réponse rapide des forces de l’ordre. Dans les zones rurales, la criminalité liée au banditisme a augmenté, les forces de police et de sécurité ayant été redéployées dans les zones urbaines pour faire respecter les couvre-feux. Les procédures de gestion des risques devront s’adapter à de nouveaux schémas criminels inhabituels.
  • Les affrontements entre communautés pour des ressources telles que la terre et le bétail devraient également s’intensifier à court terme, en particulier dans les communautés qui dépendent de l’agriculture et qui sont touchées par une chute des prix des récoltes due à une baisse de la demande et à une réduction générale des possibilités d’emploi.
  • Les incidents de bousculade dans des pays tels que l’Éthiopie, le Kenya, le Nigeria et le Sud-Soudan pourraient se transformer en cycles d’attaques intercommunautaires et de représailles.

Elections reportées

  • La pandémie a également frappé au cours d’une année électorale chargée sur tout le continent. Avec l’augmentation du nombre de cas, les gouvernements qui ont décidé d’organiser des élections à la fin de cette année auront le choix entre organiser des scrutins dans un contexte de risques accrus liés au virus, ou les reporter mais en risquant une escalade des tensions politiques et une méfiance croissante envers les gouvernements.
  • En Éthiopie, les élections générales, initialement prévues pour août 2020, ont été officiellement reportées en raison de la pandémie. Le Parti de la prospérité (PP) au pouvoir restera au pouvoir dans l’intervalle, une décision contestée par de nombreux partis d’opposition, qui ont accusé le Premier ministre Abiy Ahmed et son PP d’utiliser la crise comme prétexte pour prolonger leur mandat.
  • De même, la Côte d’Ivoire pourrait décider de reporter l’élection présidentielle du 31 octobre au milieu d’une controverse alimentée par la candidature du président sortant Alassane Ouattara à un troisième mandat. Bien qu’improbable, un report sans autre compromis de la part de M. Ouattara sur les demandes formulées par l’opposition – comme celle de se retirer de sa nouvelle candidature à la présidence – susciterait un nouveau mécontentement populaire, augmenterait les troubles actuels et exacerberait le risque d’affrontements entre communautés.
  • Dans d’autres cycles électoraux prévus cette année – comme au Niger (décembre 2020) et au Burkina Faso (novembre 2020) – une nouvelle hausse des cas de COVID-19 pourrait affecter les taux de participation, menaçant la légitimité perçue des processus démocratiques.

Les autres articles de cette série :

  • L’Amérique 
  • Asie-Pacifique (à paraître)
  • Europe (à paraître)
  • Moyen-Orient (à paraître)