Egencia supprime 148 postes en France

Egencia supprime 148 postes en France
Mobilisation syndicale à l'occasion de suppressions de postes chez Egencia en octobre 2019.

Le mastodonte américain Expedia coupe dans ses effectifs : 280 postes supprimés en France. C'est son agence de voyage d'affaires, Egencia, qui est la plus impactée.

Comme l'annoncent aujourd'hui en exclusivité nos confrères de L'Echo touristique, Expedia finalise trois Plans de sauvegarde de l'Emploi (PSE) en France, traductions hexagonales d'une restructuration qui affecte, au niveau mondial, 12 % d'un effectif de quelque 25.000 salariés, soit 3.000 postes.

En France, ce sont 280 postes qui sont supprimés, et c'est Egencia, la TMC du groupe, qui est la plus impactée : 148 départs contraints ou volontaires (117 au titre d'Egencia France, 28 au titre de Egencia Europe).

Cœur de métier

En octobre 2019, Egencia France avait déjà procédé à la suppression de 37 postes dans ses bureaux de Marseille (22) et Paris (15). C'étaient alors les services comptabilité et finances qui en avaient été affectés.

Mais cette fois-ci, selon une source syndicale, "c'est l'ensemble des services qui sont touchés : supply, marketing, sales account..." Et même ceux qui constituent le cœur de métier de l'agence : sur quelque 250 personnes qui sont directement dédiées au service au client, elles seraient environ 80 à se voir remerciées (pour celles, statutairement identifiées comme "consultants business travel", ils sont, sur 108, 36 à être dans le même cas; une proportion, comparable, d'un tiers).

D'après la même source, "cela relève d'une stratégie globale du groupe, d'automatisation et de centralisation des outils maximales". Un mouvement plus ancien que la pandémie, comme l'attestent ces 37 licenciements de l'automne 2019 et qu'Ariane Gorin, présidente d'Egencia ne niait pas à l'occasion d'une interview qu'elle nous avait accordée en mai 2020. Il semblerait que la crise Covid-19 en ait amplifié l'urgence et l'ampleur.

Une stratégie d'automatisation, certes, mais aussi d'une forme de dumping social, puisque, d'après nos informations (que ne veulent ni confirmer, ni infirmer nos sources syndicales), comme leurs concurrents les plus directs, Egencia est engagée dans une politique de sous-traitance des plateaux téléphoniques, particulièrement en Espagne ou au Maroc*. Comme c'est le cas en Inde pour les équipes de l'outil Travel & Expense Traveldoo, racheté par Egencia en 2011. A ce propos, la direction d'Egencia nous a répondu des Etats-Unis, sans dénier les informations auxquelles nous la confrontions*.

Deux vitesses

Cette stratégie s'accompagne en toute logique d'une politique commerciale adaptée. Toujours du côté syndical : "Désormais, Egencia cherche des budgets globaux pour des entreprises qui ne recherchent pas forcément une attache géographique - c'est pourquoi, en France, on ne répond plus aux appels d'offres publics, par exemple".

Pourtant, il restera bien quelque 170 personnes dédiées à la réponse client chez Egencia, en France. Une autre source proche des salariés confirme que c'est bien le signe d'une politique commerciale à deux vitesses, en fonction des contrats : un traitement de proximité, "VIP", pour les uns; un service plus low cost pour les autres.

Derrière ces 148 suppressions de postes, auxquelles on pourrait adjoindre le PSE qu'Amex GBT a rendu public récemment (148 également), c'est peut-être une préfiguration du business travel de demain qui se dessine.

(*) Extrait : Le groupe Expedia avait annoncé son intention de simplifier son organisation et d’affiner son orientation en se concentrant sur moins d’activités et en étant plus performant (...) Face à la réalité économique qui nous attend, nous savons qu’il est essentiel de s’adapter et d’investir dans la technologie pour protéger la santé financière de l’entreprise à long terme et surtout, pour maintenir notre engagement envers nos clients. Si un changement s’avère nécessaire, cela pourrait signifier malheureusement que certains de nos collaborateurs puissent nous quitter."