De New York à Tokyo, de Londres à São Paulo, le voyage d'affaires irrigue les économies urbaines bien au-delà des couloirs d'aéroports et des salles de conférence. C'est la conclusion centrale d'une étude publiée ce 30 septembre 2026 par la Global Business Travel Association (GBTA), conduite en partenariat avec le cabinet Rockport Analytics sur la base des données 2024. Le rapport adopte une perspective originale : celle de la destination. Plutôt que de mesurer combien les entreprises dépensent pour envoyer leurs collaborateurs en déplacement, il calcule ce que ces voyageurs professionnels – nationaux comme internationaux – dépensent une fois arrivés sur place, et l'activité économique que ces dépenses génèrent en cascade dans les économies locales.
Le résultat est saisissant : 178 milliards de dollars (162 milliards d'euros) de dépenses directes ont produit 283 milliards de dollars (258 milliards d'euros) d'activité économique totale, soutenu 1,4 millions d'emplois, contribué à hauteur de 93 milliards de dollars (85 milliards d'euros) aux PIB locaux et dégagé près de 55 milliards de dollars (50 milliards d'euros) de recettes fiscales. Ces 178 milliards de dollars représentent environ 12% des 1.470 milliards de dollars (1.340 milliards d'euros) de dépenses mondiales de voyage d'affaires recensés en 2024 par le Business Travel Index de la même GBTA.
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Sept villes, 61% du total
Le classement par dépenses révèle une concentration frappante : sept métropoles seulement ont chacune dépassé le seuil des 10 milliards de dollars en 2024, et elles ont collectivement pesé 108 milliards de dollars (98 milliards d'euros), soit 61% du total des 25 destinations étudiées. New York arrive en tête avec 21,2 milliards de dollars (19,3 milliards d'euros) de dépenses, contribuant à hauteur de 13,7 milliards de dollars (12,5 milliards d'euros) au PIB local et soutenant 139.067 emplois. Tokyo talonne la métropole américaine avec 20,7 milliards de dollars (18,8 milliards d'euros), mais se distingue par le plus grand nombre d'emplois soutenus parmi les sept premières villes : 157.856 postes, un volume qui reflète la densité de main-d'œuvre propre à l'économie tokyoïte.
Londres se positionne troisième avec 15 milliards de dollars (13,7 milliards d'euros), devant Shanghai (14,2 milliards de dollars, soit 12,9 milliards d'euros) et Paris (13,6 milliards de dollars, soit 12,4 milliards d'euros). Los Angeles (12,2 milliards de dollars, soit 11,1 milliards d'euros) et Chicago (11,6 milliards de dollars, soit 10,6 milliards d'euros) ferment le groupe de tête. Comme le relève Suzanne Neufang, directrice générale de la GBTA : « Quand les gens se déplacent pour se rencontrer, collaborer et tisser des relations, les bénéfices s'étendent bien au-delà du voyageur et de son organisation, en créant emplois, revenus, recettes fiscales et opportunités dans les communautés du monde entier. » Au-delà de ces sept métropoles, l'activité reste significative en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, mais aussi dans des pôles commerciaux du Moyen-Orient, d'Amérique latine et d'Australie.
Paris, cinquième destination mondiale
La capitale française se classe en cinquième position mondiale avec 13,6 milliards de dollars (12,4 milliards d'euros) de dépenses de voyage d'affaires, devançant Los Angeles et Chicago. Elle génère par ailleurs 8,3 milliards de dollars (7,6 milliards d'euros) de contribution au PIB local et soutient 90.472 emplois, un ratio emplois/dépenses qui reflète un niveau de salaires élevé, contrairement aux marchés émergents où ce rapport est structurellement plus fort. Le second peloton européen inclut Amsterdam (5,6 milliards de dollars, soit 5,1 milliards d'euros), Francfort (4,7 milliards de dollars, soit 4,3 milliards d'euros), Madrid, Milan, Copenhague, Stockholm, Helsinki et Oslo.
À l'échelle mondiale, Washington DC (9,4 milliards de dollars, soit 8,6 milliards d'euros) et San Francisco (6,9 milliards de dollars, soit 6,3 milliards d'euros) complètent le second rang. Singapour (5,2 milliards de dollars, soit 4,7 milliards d'euros) et Sydney (4,7 milliards de dollars, soit 4,3 milliards d'euros) représentent la zone Asie-Pacifique hors Chine. Quant à Londres, l'étude pointe sa singularité : deuxième dépense journalière par voyageur d'affaires parmi les 25 villes, et plus forte part de billets d'avion premium dans l'ensemble des dépenses, ce qui traduit sa capacité d'attraction internationale hors normes.
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L'effet multiplicateur en chiffres
Au-delà du classement des villes, l'étude décrypte la mécanique économique à l'œuvre dans chaque destination. En moyenne, chaque dollar dépensé par un voyageur d'affaires génère 1,59 dollar (1,45 euro) d'activité commerciale pour les entreprises locales, 0,52 dollar (0,47 euro) de contribution au PIB et 0,31 dollar (0,28 euro) de recettes fiscales. Chaque milliard de dollars de dépenses soutient en moyenne 7.800 emplois. Mais ces ratios varient sensiblement selon la structure des économies locales. New York enregistre le multiplicateur le plus élevé de l'étude, à 1,76 dollar d'activité générée par dollar dépensé, portée par la densité de son économie de services. Los Angeles suit avec 1,68 dollar.
Sur le plan fiscal, Copenhague convertit près de 0,60 dollar de chaque dollar dépensé en recettes publiques, le taux le plus élevé de l'étude, devant Oslo et Stockholm. À l'autre extrémité, Dubaï affiche le ratio le plus faible, à peine supérieur à un centime, en l'absence d'impôt sur le revenu et de taxe sur les ventes aux Émirats arabes unis. Les marchés émergents comme Delhi et Mexico City se distinguent quant à eux par un ratio emplois/dépenses sans commune mesure avec la moyenne : respectivement 42.900 et 24.100 postes soutenus par milliard de dollars de dépenses, contre 7.800 en moyenne, un écart qui traduit des niveaux de salaires locaux structurellement plus bas.