#TOTEC21 – la France « à impact positif » au cœur des débats French Connections

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La France doit intégrer les dimensions environnementales et digitales pour atteindre 2030 en position de force, dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Et les interrogations des intervenants de la matinée du TOTEC ont notamment portées sur la nouvelle plateforme Alentour.

La dernière édition du TOTEC, «la journée de conférences et de networking du tourisme et de la technologie », était sous-titrée « French Connections ». Le marché domestique était en effet à l’honneur, ce jeudi au Pavillon Cambon Capucines. Didier Bréchemier (cabinet Roland Berger) a d’abord fait un point sur les secteurs du transport aérien et ferroviaire hexagonaux (notre compte-rendu). Lors de la table ronde «Hébergement : de la vente de séjour à la vente d’expériences», Nicolas Beaurain, directeur général de Maeva.com, a d’abord évoqué Respire, la jeune marque éco-responsable de la plateforme, soulignant le passage d’une économie du service à une économie de l’expérience. Au regard de l’importance croissante de la dimension RSE, Grégory Sion, CEO de Pierre & Vacances, a ensuite indiqué qu’il souhaitait que l’ensemble des résidences – soixante le sont déjà aujourd’hui – soient labellisées Clé Verte, soulignant une volonté d’être « extrêmement ambitieux sur les critères, d’être concret dans la démarche et de ne pas s’arrêter aux messages».

Corinne Ménégaux, directrice générale de l’Office du tourisme et des Congrès de Paris, a elle aussi insisté sur la dimension durable, dans le cadre de la table ronde Les destinations françaises en mutation, «et pas seulement dans l’approche énergétique du terme, mais aussi dans la dimension équitable, inclusive et de redistribution de la richesse touristique (…) Sur ces questions, nous devons continuer à travailler tous ensemble, public privé, la main dans la main ». Et de rappeler la nécessité d’inclure aussi le tourisme d’affaires dans les multiples démarches, ce secteur étant souvent l’un des grands oubliés quand l’on évoque ces sujets.

« Le digital doit simplifier la vie des clients »

La digitalisation est l’autre enjeu des acteurs du tourisme, et notamment des hébergeurs. Ils entendent en effet offrir à leurs clients plus de flexibilité, leur permettre d’annuler ou de modifier une offre selon leurs envies et besoins, comme l’a rappelé Grégory Sion, ajoutant que «les outils digitaux que nous développons n’ont qu’un objectif : simplifier la vie des clients, rendre leur parcours le plus simple et fluide possible ».

« La digitalisation fait partie des grands enjeux », a souligné également Lionel Flasseur, directeur général d’Auvergne Rhône-Alpes Tourisme, dans le cadre de la table ronde Les destinations françaises en mutation. « Avec Alentour, on ne peut pas se permettre un troisième échec à la française», a-t-il ajouté, faisant référence à Résinfrance et Hexatourisme.

Alentour, le thème de la précédente table ronde, est en effet la nouvelle plateforme dédiée aux activités de loisirs touristiques, conçue à la demande du gouvernement, avec l’aide de la Banque des Territoires (Caisse des Dépôts). «Un  investisseur de temps long », comme l’a souligné Timothée de Roux, son CEO, rappelant que cette plateforme btobtoc s’appuyait sur la brique Amadeus Discover, dans le cadre d’une joint venture avec Amadeus (l’entreprise technologique est l’un des actionnaires d’Alentour). Son objectif : dynamiser les petits prestataires locaux, le seul maillon de la chaine du tourisme qui n’est pas encore digitalisé, et éviter qu’il ne tombe lui aussi dans l’escarcelle des grandes OTA’s, toutes américaines. «Aujourd’hui, nombre d’hôtels payent plus de commissions à Booking que de TVA à l’État français» a d’ailleurs rappelé Timothée de Roux. Les relais d’Alentour : les hébergeurs et institutionnels du secteur, lesquels semblent aujourd’hui jouer le jeux, même si la prudence reste de mise au regard des décevantes expériences passées.

La souveraineté, la marque et la qualité de l’offre…

Jean Pinard, directeur du Comité régional Occitanie, s’est montré en revanche sévère sur la plateforme, regrettant que la démarche n’ait pas été initié en partant d’abord des réalités et des besoins des territoires. Pour Christian Sabbagh, fondateur et CEO d’Orchestra, favorable au projet, l’information est primordiale : « il faut déjà savoir qui fait quoi au niveau local« . Même constat pour Thomas Saison, directeur marketing et ventes de La Plagne Compagnie des Alpes, lequel a rappelé qu’une telle démarche était « un travail titanesque, ces prestataires n’ont souvent pas de photos, pas de plaquettes, on part souvent de zéro, il y a un vrai travail d’accompagnement à réaliser ». Et d’assurer que le développement d’une telle offre sur la France n’aurait pas existé sans le Covid. « Avec l’affluence, dans quelques années, on ne pourra pas visiter une bonne partie de l’offre française si l’on n’a pas réservé au préalable», a-t-il ajouté.

Franck Gervais, le directeur général du Groupe Pierre & Vacances Center Parcs, appelé à résumer la matinée de débats, a insisté sur la question de la souveraineté. «Ceux qui sont en train de prendre la place dans la chaine de valeur ne sont pas français. Il est important de savoir qui possède les données client. Et il ne faut pas être désintermédié », a-t-il indiqué, évoquant la nécessité qu’Alentour ne serve pas de cheval de Troie aux grandes plateformes étrangères, une fois que l’offre des acteurs locaux aura été digitalisée.

S’il a rappelé que le tourisme et la technologie ne se mariaient pas toujours très bien, il a néanmoins insisté sur le fait que la France touristique de 2030 se préparait maintenant, surtout au regard de la lourdeur des sujets à traiter. Et de souligner la dichotomie persistante entre le citoyen et le consommateur sur les questions environnementales, notant que seuls 16% des clients étaient prêts à consommer des séjours 100% responsables. Mais la France doit être le leader d’un tourisme réinventé. Et de rappeler l’importance de la marque. « C’est l’un des éléments d’accès du client au produit, avec le territoire et l »expérience’». Mais la qualité de l’offre, comme l’a également rappelé Franck Gervais, n’en reste pas moins le sésame pour faire de la France de demain la première destination à impact positif.