Voyages d’affaires : le Golfe s’installe dans l’incertitude aérienne

Les suspensions de vols vers Dubaï et plusieurs villes saoudiennes se prolongent parfois jusqu’au printemps 2027. Pour les entreprises, l’enjeu dépasse les annulations : la visibilité sur les déplacements, les correspondances et les solutions de repli se dégrade.

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David Keller

David Keller

27 octobre 2026Mis à jour le 27/10/20264 min de lecture

Crise du Golfe : l’aérien cherche la sortie
© Archives DéplacementsPros.com

Pour les entreprises qui ont fait du Golfe un marché stratégique, la crise régionale transforme la préparation des voyages en exercice à risque. Les annonces successives des compagnies aériennes repoussent les perspectives de retour à la normale, sans permettre de prévoir avec certitude les conditions dans lesquelles les liaisons seront rétablies. Cette incertitude concerne autant les déplacements individuels que les événements professionnels programmés. Or, s'il l'on en croit, les données de la plateforme Tumodo, Arabie Saoudite et Emirats arabes unis concentrent 80% du business travel du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

> Lire aussi : Arabie Saoudite et Emirats concentrent 80% du voyage d’affaires de la région

Une visibilité qui se réduit à mesure que les échéances reculent

La multiplication des reports de reprise constitue un signal préoccupant. KLM a prolongé jusqu’au 27 mars 2027 la suspension de ses vols entre Amsterdam et Dubaï. Les liaisons vers Riyad et Dammam restent interrompues jusqu’au 27 novembre 2026. Le groupe Lufthansa a, de son côté, repoussé la reprise de ses vols vers Dubaï au 25 novembre et maintient la suspension de ses liaisons avec Riyad jusqu’au 18 novembre, selon les informations publiées par Reuters.

D’autres transporteurs se projettent déjà au-delà de l’automne. Cathay Pacific a repoussé au 31 janvier 2027 la reprise de ses vols vers Dubaï et Riyad. Air Canada maintient l’interruption de ses liaisons vers Dubaï jusqu’à la fin mars 2027. Singapore Airlines a annoncé l’annulation de ses vols entre Singapour et Dubaï jusqu’au 1er décembre.

Ces calendriers ne signifient pas que le Golfe est inaccessible ni que toutes les liaisons sont suspendues. Ils montrent toutefois que les entreprises ne peuvent plus s’appuyer sur des hypothèses de transport stables. Programmer un déplacement à plusieurs semaines ou plusieurs mois suppose désormais de vérifier régulièrement les conditions de desserte et de prévoir des solutions alternatives. Pour les séminaires, les salons et les réunions réunissant plusieurs participants, le risque est accru : une modification de dernière minute peut remettre en cause tout un dispositif logistique.

Les correspondances, autre point de fragilité

Les conséquences dépassent les seules liaisons directes avec les villes concernées. Dubaï est un important point de correspondance pour les déplacements entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Riyad et les autres plateformes de la région jouent également un rôle dans les itinéraires internationaux, notamment “business”. Lorsqu’une compagnie suspend une liaison ou modifie son programme, les possibilités de réacheminement dépendent de son réseau, des accords entre transporteurs, des disponibilités et des conditions attachées au billet.

Un itinéraire encore commercialisé peut ainsi devenir plus complexe, plus long ou plus coûteux à organiser. Les voyageurs qui disposent de billets séparés sont particulièrement exposés si une première perturbation leur fait manquer la suite du parcours. Les travel managers doivent donc examiner l’ensemble du trajet, et pas seulement le vol directement touché, avant de valider une solution de remplacement.

Travel managers et TMC en première ligne

Cette situation renforce le rôle des travel managers et des agences. Ils doivent suivre les voyageurs présents dans la région, identifier les déplacements indispensables, contrôler les modifications de programme et vérifier les possibilités de réémission ou de remboursement. Les politiques voyages doivent également préciser les conditions dans lesquelles un déplacement peut être reporté, annulé ou réacheminé.

Pour les voyages considérés comme essentiels, l’arbitrage ne porte plus seulement sur le prix ou la durée du trajet. Il faut aussi apprécier la robustesse de l’itinéraire, la disponibilité des alternatives et la capacité à assister le collaborateur en cas de nouvelle perturbation. Les entreprises ont intérêt à privilégier les billets offrant davantage de flexibilité et à maintenir un suivi rapproché des avis publiés par les transporteurs.

L’horizon reste incertain. Les suspensions annoncées jusqu’à la fin de l’hiver ne préjugent pas de la situation qui prévaudra au printemps 2027. Mais elles suffisent déjà à compliquer la planification des déplacements professionnels vers le Golfe. Pour les entreprises, l’enjeu est désormais de maintenir les voyages nécessaires sans considérer la stabilité des liaisons aériennes comme acquise.



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