Coronavirus : les États préparent le sauvetage des compagnies aériennes

L’aide aux grands groupes aériens est déjà actée. En revanche, le sauvetage des compagnies de taille moyenne dépend en grande partie de la durée de la crise sanitaire…

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Le transport aérien mondial subit une vraie catastrophe. La plupart des compagnies aériennes ont réduit au strict minimum leur activité, certaines l’ont carrément stoppé. Nombre d’entre elles sont déjà à bout de souffle. Flybe a fait faillite, suivie plus récemment par l’américaine Compass Airlines. La menace est aujourd’hui sérieuse pour des compagnies de tailles autrement plus importantes… L’Association internationale du transport aérien (IATA) table désormais sur des pertes de revenus du secteur de plus de 250 milliards de dollars (lire à ce sujet l’article de notre confrère L’Écho touristique). Pour son président, Alexandre de Juniac, la moitié des compagnies aériennes sont menacées de faillite si la crise sanitaire se poursuit jusqu’en juin.

Sur la situation du secteur aérien, «nous devons réfléchir au niveau européen», a insisté Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, ce mardi matin, lors d’un point presse, tout en ajoutant que Bercy suivait au quotidien la situation d’Air France. Car les compagnies aériennes, pour l’heure, comptent surtout sur les États, aujourd’hui clairement en première ligne. Pour la plupart des transporteurs aériens en effet, sans recapitalisation point de salut !

Le premier pays à avoir ouvert le bal est la Norvège. L’État norvégien a annoncé la semaine dernière qu’il allait garantir les prêts contractés par la low-cost à hauteur de 584M€. Actionnaire également de SAS, aux côtés de la Suède et du Danemark, la Norvège va adopter une même mesure pour le transporteur scandinave et la compagnie régionale Wideroe. Hors d’Europe, l’État néo-zélandais a déjà annoncé qu’il allait accorder un prêt de 480M€ à Air New Zealand.

Pour l’heure, les compagnies européennes se félicitent déjà des mesures d’urgence. Ainsi, l’ensemble des syndicats d’easyJet France, la deuxième compagnie aérienne dans l’Hexagone, se sont fendus, ce mardi, d’un communiqué commun pour remercier le gouvernement pour les mesures d’activité partielle. Comme l’a rappelé hier Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, le secteur du transport aérien est “très pénalisé, avec 30 000 personnes qui sont en chômage partiel chez Air France et plus de 1700 chez easyJet (France)”.

Le directeur général d’easyJet à Londres, Johan Lundgren, rappelait à ce titre, la semaine dernière, qu’un soutien gouvernemental coordonné était nécessaire pour assurer la survie du secteur. En Europe, à l’instar de Ryanair, la low-cost britannique dispose d’importantes liquidités. Et sa rentabilité ne fait guère douter de sa capacité à attirer de nouveaux investisseurs. Mais de nombreuses autres compagnies sont beaucoup plus fragiles. Pour les observateurs du secteur, nul doute que la crise actuelle contribuera à sa consolidation et concentration, notamment en Europe. D’autant que les efforts des États se porteront en priorité vers les entreprises dont ils sont propriétaires ou actionnaires. Ce sera bien sûr le cas pour les compagnies Emirates, Qatar Airways et Etihad portés à bout de bras pour les États du Golfe.

En Europe, Air France-KLM a accueilli positivement les déclarations des gouvernements français et néerlandais ayant indiqué chacun étudier toutes les conditions possibles d’un soutien. On devrait ainsi voir l’État français, son actionnaire à hauteur de 14,3%, recapitaliser l’entreprise en augmentant sa participation.

Les autres grands groupes aériens en appellent également aux États. Carsten Spohr, le président du Conseil d’Administration du Groupe Lufthansa, a déclaré la semaine dernière que le recours de l’État pourrait devenir nécessaires dans la situation actuelle : «Plus la crise dure et moins il est probable que l’avenir du secteur puisse être garanti sans aides publiques». Même constat outre-Manche. Les patrons des compagnies aériennes britanniques ont déjà demandé au gouvernement une aide financière d’urgence, jusqu’à 8 milliards d’euros. Chez nos voisins transalpins, l’État italien n’a plus guère de choix que de nationaliser Alitalia, en très grande difficulté, par le biais d’une nouvelle société contrôlée par le ministère de l’Économie ou une société à participation publique majoritaire.

Outre-Atlantique, un projet de loi vise à injecter 50 milliards de dollars dans le secteur aérien, sous forme de prêts, avec l’option de prendre des participations dans les transporteurs. Les financements seraient conditionnés à l’interdiction pour les compagnies US d’augmenter les revenus de leurs dirigeants et de verser des «golden parachutes» pendant deux ans. Visiblement pas une évidence pour tout le monde…