Comment Volotea tente de sortir d'une crise qui pourrait lui être fatale

En moins de trois mois, Volotea est passée d'un bilan "record" à l'ouverture d'une procédure préventive de pré-insolvabilité en Espagne. Entre flambée du kérosène, dette héritée du Covid et vols annulés dans les aéroports régionaux français, la compagnie low-cost engage une course contre la montre pour convaincre ses créanciers avant la fin de l'année.

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ML

Margot Ladiray

5 octobre 20264 min de lecture

Volotea
© Volotea

Le 20 juillet 2026, Carlos Muñoz, fondateur et PDG de Volotea publiait un communiqué aux accents triomphants, annonçant 818 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, et un résultat d'exploitation en hausse de 41% à 47,4 millions d'euros. Moins de 10 semaines plus tard, le même homme adressait à ses salariés une lettre d'une tout autre teneur, révélée par nos confrères de TourMaG, annonçant l'ouverture d'une procédure préventive de pré-insolvabilité auprès du tribunal de commerce de Barcelone. En droit espagnol, cette procédure permet à une entreprise en difficulté financière de négocier avec ses créanciers avant d'être officiellement en état d'insolvabilité, et donc d'éviter toute procédure collective contrainte.

Entre ces deux textes, il y a l'histoire d'une compagnie rattrapée par ses dettes accumulées et les limites d'un modèle financier fragilisé depuis le Covid. Le bilan 2025 mérite d'être relu à la lumière des événements. Derrière les chiffres flatteurs du dernier communiqué se cachait une perte nette de 64 millions d'euros sous normes IFRS (International Financial Reporting Standards). Surtout, Volotea traîne une dette totale d'environ 356 millions d'euros, dont 200 millions correspondant à un prêt participatif accordé en 2022 par la SEPI (la holding publique espagnole) pour sauver la compagnie pendant la pandémie. Ce prêt, destiné à l'époque à éviter le naufrage, a considérablement pesé sur sa santé financière.

> A lire aussi : Volotea met fin à sa surcharge carburant post-achat

Début 2026, le conflit au Moyen-Orient a marqué un point de bascule pour la compagnie low cost. Dans sa lettre aux salariés, Carlos Muñoz chiffre à environ 150 millions d'euros l'impact de la flambée du kérosène sur les comptes 2026, malgré les couvertures carburant mises en place en début d'année. La compagnie avait tenté, dès avril, de faire porter une partie du choc aux passagers via une surcharge carburant post-achat, baptisée « Promesse de Voyage Équitable ». Rapidement jugée illicite par Bruxelles et le ministère des Transports français, elle fut abandonnée le 10 juin sous la pression des régulateurs, sans remboursement pour les passagers déjà concernés.

Des liaisons suspendues et des passagers laissés à l'abandon

Les conséquences concrètes sont lourdes. À Lille, où Volotea est la première compagnie au départ de Lesquin, plus de 700 vols ont été supprimés. À Nantes, Toulouse, Bordeaux et Rodez, des voyageurs ont appris l'annulation de leur vol parfois à quelques jours du départ, selon la presse régionale. Pour la saison hivernale 2026-2027, Volotea a réduit son offre de 10 à 11% sur l'ensemble de ses bases françaises entre novembre 2026 et février 2027.

En détail, les aéroports les plus touchés sont Bordeaux (-35% de vols au quatrième trimestre, avec la disparition temporaire de liaisons vers les Canaries, l'Italie, Prague ou Rome), Lille (environ 700 vols annulés entre le 1er octobre et le printemps 2027, soit près de 100.000 passagers concernés) et Brest (-30%). À Rodez, seule la ligne Paris-Orly (opérée en délégation de service public) est maintenue régulièrement jusqu'en décembre. Des réductions de fréquences touchent également Nantes, Lyon, Marseille, Toulouse et Strasbourg. Si Carlos Muñoz préfère parler d'« hibernation » plutôt que de fermetures définitives, la distinction peine à convaincre les passagers laissés sur le tarmac.

Un plan de survie à quatre leviers

Face à cette situation, Volotea a structuré sa réponse autour de quatre axes : renégociation de la dette bancaire, allongement des échéances avec la SEPI, discussions avec fournisseurs et aéroports, et réduction du coût de la flotte via les loueurs d'appareils. L'objectif est de supprimer entre 250 et 300 millions d'euros de dette, avec un accord visé d'ici décembre 2026. Sur le plan opérationnel, la flotte passerait de 45 à 30-35 Airbus, et environ 50 postes administratifs seraient supprimés au siège de Barcelone.

En parallèle, se dessine un scénario actionnarial décisif. Aegean Airlines, portée à plus de 20% du capital en mars 2026, pourrait devenir actionnaire de contrôle via une conversion de dette en capital. Si ce schéma se concrétise, Volotea n'aura survécu à ses crises successives qu'au prix de son indépendance. Tout se jouera avant la fin de l'année : faute d'accord, la procédure préventive laisserait place à un concurso de acreedores, l'équivalent espagnol d'une procédure collective, aux conséquences beaucoup moins maîtrisées. Pour les voyageurs, la compagnie assure qu'aucune annulation supplémentaire n'interviendra en 2026 et propose aux passagers impactés une modification sans frais ou un remboursement intégral.

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