La privatisation d’ADP autorisée par les députés

Les voyageurs d'affaires transiteront-ils à Paris dans des aéroports privés ? Les compagnies aériennes devront elles financer, avec les taxes, des investisseurs privés ? Ce sont quelques unes des questions qui se posent avec l'autorisation de privatisation que les députés viennent de voter pour Aéroports de Paris.

Par 39 voix contre 7, les députés ont autorisé ce jeudi l’Etat à procéder à la vente au privé de tout ou partie des actifs qu’il détient dans Groupe ADP. L'Etat en détient 50,63 % des parts, pour une valeur estimée à quelque 9,5 milliards d’euros. Jusqu'ici, l’Etat était tenu par la loi de conserver la majorité des parts de l’entreprise aéroportuaire. ADP fait partie du programme de privatisations dont les députés ont eu à débattre, en même temps que les cessions d'actifs de l'Etat dans la Française des Jeux et Engie (ex-GDF). L'objectif du gouvernement : alimenter un fonds de 10 milliards d'euros pour l'innovation de rupture, projet lancé en début d'année à Bercy. Une partie pourrait également être consacrée au désendettement de l'État.

Le vote ne s'est pas fait sans débat. Si Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, considère que "La priorité de l'État n'est pas de toucher des dividendes mais d'investir dans l'avenir", de nombreux députés se sont fait entendre, considérant que le patrimoine français n'est pas à vendre. Tous ont en tête la privatisation des autoroutes en 2005 qui a privé l'Etat de recettes et conduit les voyageurs d'affaires à payer toujours plus cher les péages.

L'État va t-il finalement vendre tout ou partie des aéroports parisiens ? Selon Bercy, "aucun scénario n'est encore arrêté", il s'agit seulement de "lever les contraintes légales qui obligent l'État à détenir la majorité des parts d'ADP", le tiers du capital d'Engie, et qui figent la détention publique de la FDJ. Les députés ont voté la limitation à 70 ans de la licence d’exploitation des aéroports parisiens. L'Etat retrouvera ensuite la pleine propriété du foncier et des infrastructures.

Le projet a fait l'unanimité contre lui : pour les socialistes, "il n'y a pas de justification économique à ce projet qui entraîne la perte de contrôle par l'État sur des sociétés stratégiques". "Ce n'est pas une bonne politique que de vendre les bijoux de famille pour rembourser la dette lorsque l'on emprunte à des taux bas voire à des taux négatifs", explique le porte-parole du groupe Boris Vallaud, soulignant notamment qu'ADP "a tout d'un service public national". Même point de vue de Daniel Fasquelle (LR) : "Il y a 3.000 aéroports aux USA, tous publics. Il n'est pas raisonnable de vouloir se défaire ainsi de ses actifs". Même discours du communiste Stéphane Peu : "Avec ADP, nous touchons aux frontières de notre pays, avec tout ce que cela implique en matière de sécurité", inquiet d'une éventuelle "fragilisation" d'Air France par une hausse potentielle des redevances.

Les compagnies aériennes sont sur le même pied. Au mois de juillet dernier, l'Iata a exprimé son inquiétude et son directeur Alexandre de Juniac a toujours plaidé pour des privatisations encadrées. Mais de fait les députés ont accepté le principe, désormais, d'une privatisation.