Ce mercredi 28 octobre, Venise accueille le 40e congrès annuel de Manor. Jusqu'au 30 octobre, quelque 230 membres du réseau (sur les 450 agences adhérentes), accompagnés de certains de leurs fournisseurs et partenaires, se réunissent dans la Sérénissime pour un anniversaire qui n'a rien d'une simple célébration. Dès l'ouverture, Grégory Mavoian, président du GIE, a choisi la clarté sur la complaisance : oui, le monde est instable; oui, le kérosène flambe et les prix des billets aériens vont grimper (« déjà +10% sur un an en France, un record », d'après Grégory Mavoian): ; oui, dans cette année électorale, la France peine à trouver son cap. Mais Manor, lui, a le sien. Et il s'appelle l'Europe.
Anniversaire symbolique oblige, un message vidéo de Jean Korcia, créateur du réseau a rappelé l'intuition fondatrice à la base du GIE : « Pour peser dans les négociations et obtenir des accords entre les compagnies, il fallait être puissant. » . C'est, d'une certaine façon, une continuation de ce principe simple mais qui fait ses preuves que l'actuel président propose...
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Un contexte sous pression
Mais avant de parler d'horizon, Grégory Mavoian a nommé les contraintes du présent. La géopolitique, en premier lieu : le conflit au Moyen-Orient a fermé des espaces aériens, allongé les routes et fait basculer des destinations du jour au lendemain. « Il a fallu tout le savoir-faire de notre écosystème (...) pour rapatrier, rassurer et assumer les pertes », a-t-il rappelé. Pendant ce temps, le kérosène continuait de grimper. Il a plus que doublé depuis le début du conflit iranien, et les couvertures de prix signées avant la crise arrivent à expiration. La conséquence est mécanique : les prix des billets vont augmenter. « 2027 sera probablement l'année de la plus forte hausse de l'histoire du transport aérien européen », a averti le président.
Au départ de France, les tarifs ont déjà progressé de 10% en un an. À cette pression sur les coûts s'ajoutent les taxes qui s'empilent, la France ayant notamment relevé sa taxe de solidarité, imitée par ses voisins européens. Sur le plan intérieur, le constat est sévère : « La France n'est pas unie. Nous avons une France sans plan, sans cap et sans objectifs partagés. » Or, considère en substance le président : un pays sans cap est un pays où personne n'investit, ni les entreprises, ni les ménages, et au bout de la chaîne, les projets de voyage en pâtissent.
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Défis réels, opportunités réelles
Grégory Mavoian a ensuite listé les grands défis structurels du secteur, sans les minimiser. L'intelligence artificielle transforme en profondeur la façon dont les clients cherchent, comparent et réservent, et celle dont les agences travaillent. La cybersécurité est présentée comme un risque croissant et trop souvent sous-estimé : « Une agence qui perd toutes ses données peut perdre en un soir la confiance de ses clients. En réalité, elle peut tout perdre », a-t-il alerté.
La facturation électronique, dont la réception est entrée en vigueur en septembre 2026 et dont l'émission s'imposera à toutes les entreprises françaises en septembre 2027, va peser sur les processus et la productivité des agences. Enfin, la concentration des acteurs, producteurs comme distributeurs, recompose les rapports de force au détriment des structures isolées. Pour autant, le président de Manor a refusé le catastrophisme. Chacun de ces défis recèle une opportunité : l'IA libérera du temps pour se concentrer sur l'essentiel; la cybersécurité peut se convertir en argument commercial; la facturation électronique placera l'agence au cœur de la relation client. « La seule question qui compte, c'est de savoir qui va transformer ces défis en avantages. Je veux que ce soit nous », a-t-il tranché.
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Cap sur l'Europe
C'est le moment du discours où le ton a changé de registre. Après l'inventaire des contraintes, Grégory Mavoian a livré sa vision en un seul mot : « l'Europe ». Face à des producteurs qui se concentrent à l'échelle du continent et du monde, Manor entend construire une distribution à la hauteur de cet enjeu. La logique est arithmétique : plus de volume, c'est plus de poids dans chaque négociation, de meilleures conditions pour chaque agence, davantage de services pour le réseau. « Nous allons partir à la conquête de l'Europe, non pas pour planter un drapeau, mais pour peser », a-t-il déclaré.
Et le modèle Manor possède, selon son président, un passeport décisif pour cette expansion : sa promesse fondatrice - reverser 100% des incentives aux agences membres - est « simple, et elle se comprend dans toutes les langues ». Des agences partout en Europe « vivent aujourd'hui les mêmes problématiques » que leurs homologues françaises et cherchent un réseau capable de les accompagner. Grégory Mavoian a été explicite sur l'ambition : « Ce que nous avons fait en France en 40 ans, nous allons le faire à l'échelle du continent. Voici notre cap pour les 40 prochaines années. »
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Fournisseurs et agences : tous gagnants
Cette européanisation repose sur une vision précise des bénéfices attendus pour chaque partie prenante du réseau. Pour les fournisseurs et producteurs partenaires, la proposition est directe : Manor en Europe, c'est un interlocuteur unique, une règle du jeu commune, un réseau actif dans plusieurs pays à la fois. « Demain, un producteur pourra signer avec Manor dans plusieurs pays à la fois : un interlocuteur, une règle du jeu, un réseau. Dans les pays où il est challenger, où il cherche encore sa place, nous serons son relais, comme nous l'avons été pour tant de marques en France », a détaillé Grégory Mavoian.
Pour les agences membres, l'enjeu est tout aussi stratégique. La concentration touche aussi la distribution : des structures vont se vendre, se transmettre, se regrouper. La question est simple selon le président : « où ? À l'extérieur de Manor, chez un concurrent, ou à l'intérieur, entre nous ? » Plus le réseau sera étendu à l'échelle européenne, plus ces mouvements de consolidation pourront se réaliser en interne — un repreneur dans le réseau pour celui qui veut transmettre, des agences à reprendre pour celui qui veut grandir. « Chaque agence qui nous échappe est une perte pour tous. Chaque rapprochement à l'intérieur de Manor est un gain pour chacun », a conclu le président. La logique est implacable : Manor grandit ensemble, ou ne grandit pas.