ACI Europe veut inscrire la durabilité au cœur de la stratégie des aéroports

L’ACI Europe veut élargir la transition environnementale des aéroports au-delà de la seule réduction des émissions carbone. Sa nouvelle stratégie 2026-2030 vise une approche combinant décarbonation, adaptation climatique, biodiversité, mobilité, accessibilité, gestion des ressources et dialogue avec les territoires.

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ML

Margot Ladiray

8 octobre 20265 min de lecture

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© AdobeStock

Présentée le 7 octobre 2026, la nouvelle stratégie d’ACI Europe part du constat que les aéroports européens ont déjà engagé une transformation importante, mais la réduction de leurs émissions directes ne suffira pas à atteindre les objectifs de durabilité du secteur aérien L’organisation veut désormais faire des plateformes aéroportuaires des acteurs de coordination capables d’influencer les compagnies aériennes, les fournisseurs d’énergie, les autorités de transport et les collectivités.

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Depuis le lancement de sa première stratégie en 2019, 328 aéroports européens ont publié une feuille de route vers le net zéro, représentant, selon ACI, environ 83% du trafic passagers européen. Parmi eux, 297 participent au programme Airport Carbon Accreditation, tandis que plus de 100 visent la neutralité nette de leurs opérations dès 2030 ou avant. Selon ACI, le programme aurait déjà contribué à éviter environ 540.000 tonnes de CO2 par an. La nouvelle stratégie ne réduit toutefois plus la durabilité à la seule question carbone. Elle repose sur 7 axes : la décarbonation et la transition énergétique, l’adaptation au changement climatique, la qualité environnementale locale, l’économie circulaire, la biodiversité, la mobilité durable et l’accessibilité, ainsi que les salariés et les communautés. L’objectif : intégrer ces sujets dans les décisions d’investissement, la gestion des risques, les achats, les contrats avec les partenaires et la planification à long terme.

De la réduction des émissions à la transformation du système

Si la décarbonation reste le socle de la démarche, l'organisation demande aux aéroports de réduire leurs émissions directes, mais aussi d’agir sur leur scope 3, qui comprend notamment les émissions liées aux avions, à l’accès terrestre des passagers et aux chaînes d’approvisionnement. Les mesures proposées vont de l’amélioration de l’efficacité énergétique à l’électrification des véhicules et équipements au sol, en passant par la production d’énergie renouvelable, le développement de l’alimentation électrique des avions au stationnement et la préparation des infrastructures nécessaires au SAF, à l’hydrogène et aux futurs appareils électriques.

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La stratégie cite plusieurs projets déjà engagés, dont celui de Larnaca (Chypre), où plus de 90 actions d’efficacité énergétique ont permis de réduire la consommation de 32%, tandis qu’une centrale solaire couvre désormais 28% de la demande électrique de l’aéroport. À Athènes, un programme de 70 millions d’euros prévoit 51,5 MWc de capacités photovoltaïques et 82 MWh de stockage. Le projet européen TULIPS, piloté notamment par Royal Schiphol Group, expérimente de son côté des équipements au sol fonctionnant à l’hydrogène. ACI Europe insiste cependant sur le fait que les aéroports ne pourront pas agir seuls. Les infrastructures de production, de stockage et de distribution des nouvelles énergies nécessiteront des investissements coordonnés entre opérateurs, compagnies aériennes, pouvoirs publics et énergéticiens. Le rapport estime à 1 300 milliards d’euros les investissements supplémentaires nécessaires à la décarbonation de l’aviation européenne d’ici 2050.

Adapter les aéroports aux risques climatiques

La stratégie place l’adaptation au changement climatique au même niveau que la réduction des émissions. Inondations, vagues de chaleur ou tempêtes sont présentées comme des risques directs pour la continuité des opérations et la valeur des infrastructures. L'organisation recommande aux aéroports d’intégrer des analyses climatiques dans chaque projet d’investissement, de réévaluer leurs actifs critiques et d’inscrire les risques physiques dans les dispositifs de gestion de crise et de continuité d’activité. Les solutions fondées sur la nature, comme les zones végétalisées capables de retenir les eaux pluviales, sont également mises en avant. À Schiphol, les dispositifs de drainage et les aménagements paysagers contribuent ainsi à limiter les risques d’inondation dans un aéroport situé sous le niveau de la mer.

Réduire les impacts locaux et préserver l’acceptabilité

Le bruit, la qualité de l’air, la gestion de l’eau et la pollution des sols constituent un autre volet central de la stratégie puisque ACI Europe considère que ces sujets déterminent directement la capacité d’un aéroport à obtenir des autorisations, à développer ses infrastructures et à maintenir sa relation avec les riverains. L’organisation recommande de publier davantage de données environnementales, de renforcer la surveillance en temps réel et d’associer les compagnies aériennes, les autorités de navigation aérienne et les collectivités à la gestion des nuisances. Le rapport cite Zurich, qui module depuis plusieurs années ses redevances d’atterrissage selon les performances environnementales des avions, ainsi qu’Athènes, qui rend publics les niveaux de bruit et de pollution mesurés autour de la plateforme.

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La biodiversité et l’utilisation des terrains aéroportuaires sont également intégrées à cette logique. Les aéroports, souvent propriétaires de vastes surfaces, sont invités à cartographier leurs habitats, à restaurer certains espaces et à viser un gain net de biodiversité, tout en maintenant la compatibilité avec la sécurité aérienne et la prévention du risque aviaire.

Une approche graduée et encadrée par la réglementation

Pour tenir compte des différences de taille et de moyens entre plateformes, le rapport propose un cadre en quatre niveaux. Le premier consiste à respecter la réglementation et à établir une base de données fiable. Le deuxième vise à intégrer la durabilité dans les opérations et la culture interne. Le troisième correspond à une démarche plus avancée, avec des objectifs mesurables et une influence accrue sur les partenaires. Le quatrième est réservé aux aéroports pionniers capables de contribuer à la transformation de l’ensemble du secteur. Cette approche s’inscrit dans un environnement réglementaire plus exigeant : la directive européenne CSRD, les normes ESRS, les taxes européennes et les cadres TCFD et TNFD imposent ou encouragent une meilleure évaluation des risques climatiques, environnementaux et sociaux. ACI demande également aux aéroports de distinguer clairement les réductions d’émissions des compensations et de ne pas utiliser l’expression « neutre en carbone » sans vérification indépendante.

Avec cette stratégie, l’association veut faire évoluer la durabilité d’un ensemble d’engagements volontaires vers un "outil de pilotage opérationnel et financier". La réussite de cette démarche dépendra toutefois de la capacité des aéroports à entraîner leurs partenaires et à agir sur les émissions qu’ils ne contrôlent pas directement. Selon ACI Europe, c’est sur ce passage d’une stratégie centrée sur chaque plateforme à une transformation coordonnée de l’écosystème aérien que se jouera l’atteinte des objectifs de durabilité à l’horizon 2030.

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