Crise au Moyen-Orient : Emirates s’appuie sur son hub, EL AL sur une demande record

La crise régionale et la flambée du carburant n’empêchent ni Emirates ni EL AL de rester bénéficiaires, mais elles mettent leurs modèles à l’épreuve. À Dubaï, le recul du trafic et des correspondances pèse lourdement sur l’activité d’Emirates. Chez EL AL, la demande et le remplissage atteignent des niveaux records, sans empêcher les coûts de rogner la progression des résultats.

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Margot Ladiray

Margot Ladiray

5 novembre 20264 min de lecture

Emirates muscle son offre asiatique
© Airbus SAS 2023

La compagnie basée à Dubaï reste largement bénéficiaire, mais son trafic passagers recule de 22% sur le semestre et son coefficient de remplissage tombe à 72%, contre 79,5% un an plus tôt. EL AL, de son côté, continue de remplir ses avions à 95% et voit son chiffre d’affaires progresser de 18 % au troisième trimestre. Pour les deux compagnies du Moyen-Orient, le carburant et les perturbations régionales commencent toutefois à peser sur les marges. Si les périodes ne sont pas identiques, Emirates publiant ses résultats du premier semestre et EL AL ceux du troisième trimestre, les chiffres permettent de mesurer la façon dont deux compagnies très exposées aux flux internationaux encaissent la crise.

Emirates : le choc du réseau et des correspondances

Pour Emirates, l’impact de la crise se mesure d’abord sur le trafic passagers. Entre avril et septembre 2026, la compagnie a transporté 21,8 millions de voyageurs, soit 22% de moins qu’un an plus tôt. Sa capacité, a reculé de 17%, tandis que le trafic passager diminuait de 25%. Le coefficient de remplissage est passé, lui, de 79,5% à 72%.

Ces chiffres sont particulièrement significatifs pour une compagnie dont le modèle repose largement sur les correspondances via son hub de Dubaï. Les restrictions et fermetures intermittentes de l’espace aérien régional, ainsi que les recommandations émises par plusieurs gouvernements, ont perturbé les flux internationaux et contraint Emirates à réduire son programme de vols, ce que les derniers chiffres communiqués par la compagnie confirment. Au 30 septembre, Emirates avait néanmoins rétabli 91 % de son réseau d’avant-crise. Selon un communiqué, elle desservait alors 150 aéroports dans 78 pays et territoires.

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Malgré la mise en place de mesures destinées à rassurer les voyageurs, la baisse du trafic se retrouve dans les comptes. Le chiffre d’affaires d’Emirates s’établit à 15,5 milliards de dollars sur le semestre, en recul de 13%. Son résultat net atteint 1 milliard de dollars, mais chute de 68% par rapport à la même période de l’exercice précédent. À l’échelle du Groupe Emirates, le chiffre d’affaires recule de 12%, à 18 milliards de dollars, tandis que le bénéfice diminue de 66%, à 1,1 milliard de dollars.

Une facture de carburant qui pèse sur les marges

Le recul de l’activité n’a pas empêché la facture de carburant de s’alourdir. Les dépenses brutes d’Emirates ont augmenté de 60%, alors que les volumes embarqués baissaient de 12%. Les couvertures mises en place par la compagnie ont toutefois limité la hausse à 13% en net et, selon elle, le carburant représente désormais 34% de ses coûts d’exploitation. Emirates indique par ailleurs que les prix mondiaux du carburant aérien ont doublé sur un an. La réduction du programme de vols n’a donc pas suffi à compenser la hausse des prix, qui pèse directement sur les résultats.

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La compagnie émiratie dispose néanmoins de réserves importantes pour absorber le choc. Sa trésorerie atteignait 14,7 milliards de dollars au 30 septembre, malgré les acomptes versés pour les nouveaux appareils et le remboursement de dettes. Le fret apporte un autre soutien : le chiffre d’affaires d’Emirates SkyCargo a progressé de 52%, grâce à la baisse des capacités disponibles dans le fret aérien et aux perturbations du transport maritime.

EL AL profite d’une demande exceptionnelle

Chez El Al, la situation est légèrement différente, même si elle reste soumise aux mêmes vents contraires. La compagnie israélienne évolue elle aussi dans un environnement marqué par la guerre, la hausse des prix du carburant et les fluctuations de change, mais elle continue d’augmenter son offre et de remplir ses avions à des niveaux très élevés.


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Selon un communiqué, au troisième trimestre, ses capacités ont progressé de 9%. Le coefficient de remplissage atteint 95%, un niveau identique à celui enregistré un an plus tôt. Le chiffre d’affaires atteint un record de 1,27 milliard de dollars, en hausse de 18%. Les réservations futures, calculées sur la base des paiements déjà reçus pour les billets et les vouchers, atteignent également un niveau inédit de 1,1 milliard de dollars, en progression de 16%. Cette forte demande ne se traduit toutefois pas intégralement dans les résultats. L’EBITDAR progresse de seulement 3%, à 367 millions de dollars, et la compagnie estime à 135 millions de dollars l’impact des prix du carburant et des fluctuations de change sur ses dépenses. Si EL AL parvient à vendre davantage et à maintenir un remplissage record, ses coûts absorbent une part croissante de la progression de ses recettes.

Les deux compagnies restent donc bénéficiaires, mais s’appuient sur des ressorts différents : Emirates sur la puissance de son hub, sa trésorerie et le fret, EL AL sur une demande et un remplissage qu'elle qualifie elle-même d'exceptionnels. « La demande de notre clientèle est restée soutenue », souligne Emirates. De son côté, EL AL met en avant « une forte demande pour les vols de la compagnie », sans que cela suffise à neutraliser la pression du carburant et des changes.

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