L'Association internationale du transport aérien (IATA) et l'Association espagnole des compagnies aériennes (ALA) demande une réduction annuelle de 4,9% des redevances aéroportuaires en Espagne pour la période 2027-2031. Cette offensive intervient alors qu'AENA, le gestionnaire des aéroports espagnols, propose à l'inverse une augmentation de 3,8%. Un cas loin d'être unique en Europe...
Les compagnies aériennes accusent AENA d'avoir systématiquement sous-estimé la croissance du trafic passagers, de 15,3% en moyenne entre 2017 et 2025 hors pandémie, pour générer des rendements réglementés supérieurs aux attentes. Selon l'IATA, cette stratégie aurait permis au gestionnaire d'empocher 1,3 milliard d'euros de surplus, aux dépens des transporteurs et des passagers. Rafael Schvartzman, vice-président régional de l'IATA pour l'Europe, dénonce à travers un communiqué publié mercredi 18 février, une "manipulation du système réglementaire" et qualifie d'insoutenable la perspective de voir l'Espagne offrir les rendements réglementés les plus élevés d'Europe. Pour les compagnies, la baisse de 4,9% réclamée est non seulement nécessaire pour soutenir la compétitivité de la destination Espagne, mais elle serait également compatible avec le plan d'investissement de 10 milliards d'euros prévu par AENA, grâce à des prévisions de trafic plus optimistes (+3,6% par an selon les consultants, contre 1,3% pour AENA).
L'Allemagne : le contre-exemple qui inquiète
Les craintes de l'IATA trouvent un écho particulier en regardant vers l'Allemagne, où la hausse de la fiscalité a eu des conséquences immédiates et brutales sur la connectivité. Comme nous l'avons rapporté dans un article en juillet 2025, le gouvernement allemand souhaitait faire machine arrière sur l'augmentation de ses taxes aériennes. Cette réflexion est intervenue 3 mois avant que Ryanair ait annoncé une réduction drastique de son offre, supprimant plus de 800.000 sièges et annulant 24 routes pour l'hiver 2025-2026 en réaction à des coûts jugés prohibitifs. En novembre 2025, le gouvernement a finalement acté ce rétropédalage en annonçant un retour au niveau de 2024 des redevances. Cette mesure entrera en vigueur au 1er juillet 2026 et devrait soulager le secteur aérien d'environ 350 millions d'euros.
L'exemple allemand sert d'avertissement pour l'Espagne : une pression fiscale excessive peut entraîner un désengagement des compagnies low-cost, très sensibles aux coûts d'exploitation, et pénaliser durablement la reprise du trafic, l'Allemagne affichant l'un des taux de récupération post-Covid les plus faibles d'Europe.
Le cas de Schiphol et Paris
Si l'Espagne et l'Allemagne sont en pleine remise en question, la situation aux Pays-Bas montre que certains hubs choisissent la voie de l'augmentation assumée. L'aéroport d'Amsterdam-Schiphol a ainsi acté une hausse de près de 15% de ses redevances dès 2024, justifiée par les pertes liées à la pandémie et les coûts d'inflation. L'aéroport, qui est l'un des principaux hubs aériens européens, est allé encore plus loin en annonçant en 2025 une augmentation des redevances de 37% jusqu'en 2027. Malgré la fronde des compagnies, Schiphol a justifié cette décision en déclarant utiliser ce budget pour réduire les nuisances sonores, financer les projets d'extension et de modernisation de l'aéroport, et compenser l'inflation.
À Paris, l''Autorité de régulation des transports (ART) a récemment refusé la proposition tarifaire du groupe ADP pour la période 2026-2027. Bien qu'ADP ait proposé un gel des tarifs, le régulateur a jugé la rentabilité des capitaux investis encore trop élevée par rapport aux risques, soulignant, comme en Espagne, des hypothèses de trafic trop prudentes de la part du gestionnaire.
Outre-Manche, les voyageurs mis à contribution
Enfin, l'Angleterre offre un contre-modèle où la régulation a su imposer la modération tarifaire, mais reste le pays où les redevances aéroportuaires sont parmi les plus élevées. A l'opposé des projets d'AENA, l'autorité britannique a contraint Heathrow à réduire la voilure : le plafond par passager a été ramené à 23,71 livres (environ 28,50 euros) pour 2026, marquant un net recul par rapport au pic de 31 livres (environ 37,20 euros) atteint en 2023. Si les compagnies ont obtenu gain de cause grâce à une réévaluation du trafic (ce que réclame l'IATA pour l'Espagne), l'avantage financier est toutefois grignoté par l'État. Une nouvelle hausse de la taxe sur les passagers (APD), prévue dès avril 2026, viendra en effet alourdir la facture finale mettant à contribution les voyageurs plutôt que les compagnies.