GBTA Europe : l'Europe défend l'EES, malgré un premier bilan en demi-teinte

Présente à Vienne à l’occasion de GBTA Europe, Beate Gminder, directrice générale de la DG Migration et Affaires intérieures de la Commission européenne, a défendu le déploiement du système européen d’entrée-sortie (EES), tout en reconnaissant les difficultés rencontrées dans plusieurs aéroports. Face à elle, Suzanne Neufang, présidente de la GBTA, a relayé les préoccupations des travel managers confrontés aux files d’attente, aux logiciels défaillants et aux correspondances manquées.

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Margot Ladiray

Margot Ladiray

4 novembre 20267 min de lecture

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© Margot Ladiray

Pour Beate Gminder, le système européen d’entrée-sortie constitue une évolution majeure du contrôle des frontières européennes. Après plus de dix ans de préparation, l’EES est progressivement venu remplacer, depuis son lancement fin 2025, les tampons apposés sur les passeports par un enregistrement numérique des voyageurs non européens, avec collecte des données biométriques. La représentante de la Commission européenne a rappelé les premiers résultats enregistrés depuis la mise en œuvre du dispositif : « Très rapidement, les États membres ont enregistré près de 232 millions d’entrées et de sorties, ainsi que près de 80 000 signalements ou vérifications liés aux entrées », a-t-elle expliqué. Selon elle, près de 2.000 personnes représentant une menace pour la sécurité intérieure auraient également été identifiées dans le système.

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Pour Bruxelles, ces premiers chiffres montrent que l’EES est désormais utilisé à grande échelle et qu’il commence à produire les effets de sécurité attendus. Pour rappel, le dispositif doit renforcer le contrôle des personnes entrant dans l’espace Schengen et vérifier qu’elles en sortent dans le respect des conditions applicables. Beate Gminder insiste toutefois sur le fait que la sécurité n’est pas le seul objectif de l’EES. À terme, l’automatisation doit également rendre les passages aux frontières plus rapides.

Une réalité terrain bien loin de répondre aux attentes des voyageurs


Cette promesse reste cependant difficile à percevoir pour les voyageurs qui se retrouvent bloqués dans une file ou qui craignent de manquer leur correspondance. Suzanne Neufang a rappelé les résultats d’une enquête récente menée auprès de travel managers : plus de 40% des répondants indiquent que leurs voyageurs n’ont rencontré aucun problème particulier. D’autres constatent toutefois des temps de traitement plus longs et des files d’attente plus importantes. « Pour un voyageur de loisirs, chaque minute supplémentaire dans une file est une contrariété. Pour un cadre qui transite par un hub européen ou qui se rend à un rendez-vous commercial décisif, les retards perturbent les itinéraires et peuvent coûter cher à l’entreprise », a reconnu Beate Gminder.

Des écarts persistants entre les pays et les aéroports

Lors de cet échange sur la Main Stage de l’Austria Center Vienna, la représentante de la Commission européenne a reconnu une mise en œuvre encore très inégale. Malgré la longue période de préparation, « certains pays et certains aéroports sont moins bien préparés que d’autres », a admis Beate Gminder. Selon elle, cette situation s’explique en partie par le choix d’un déploiement progressif. Pendant plusieurs années, les États avaient envisagé un lancement généralisé du système : « Les gens avaient toujours pensé que ce serait un déploiement massif et instantané », a-t-elle expliqué. Mais environ un an avant la mise en œuvre, les autorités européennes ont compris que cette approche ne fonctionnerait pas.

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La réglementation a donc été modifiée afin de permettre un démarrage progressif. Beate Gminder rappelle que cette évolution a nécessité six mois de négociations avec le Parlement européen et les gouvernements des États membres. Une période transitoire a ensuite permis d’absorber une partie des difficultés, notamment pendant la saison estivale. La Commission ne souhaite toutefois pas prolonger indéfiniment cette phase de souplesse : « Si vous avez un objectif de sécurité intérieure, vous ne convaincrez pas un Parlement et des gouvernements de prendre le risque de suspendre davantage ce qui doit être une opération bien planifiée », a-t-elle déclaré.

Un manque de moyens humains et un problème d'outils informatiques

Sur le terrain, les problèmes sont de deux ordres, et le premier concerne les moyens humains. Suzanne Neufang a relayé la demande d’une voyageuse rencontrée à l’aéroport de Francfort, qui souhaitait voir davantage d’agents aux points de contrôle et une meilleure capacité à accompagner les passagers lorsque les systèmes rencontrent des difficultés. Beate Gminder dit partager cette analyse. La Commission européenne apporte des financements supplémentaires aux États, mais ceux-ci doivent encore recruter et former les agents : « La prise en charge européenne est de 70 %, les 30 % restants devant être apportés par les gouvernements nationaux », a-t-elle expliqué, dans un contexte de fortes contraintes budgétaires pour les finances publiques européennes.

Le second problème concerne les outils informatiques. L’EES repose sur un système central européen, mais chaque pays a développé ses propres logiciels pour s’y connecter. « Certains de ces logiciels ne fonctionnent pas très bien », a reconnu Beate Gminder. Cette architecture à plusieurs niveaux explique en partie pourquoi l’expérience peut varier fortement d’un aéroport à l’autre. Suzanne Neufang a également évoqué des cas de panne ou d’indisponibilité du système, susceptibles de retarder le passage des voyageurs et de leur faire manquer leur correspondance. « Les voyageurs d’affaires veulent de la cohérence et de la prévisibilité », a-t-elle souligné. Pour la Commission, l’objectif est désormais de travailler avec les six ou sept gouvernements confrontés aux difficultés les plus importantes, sans préciser lesquels. Des financements ont été débloqués et du personnel supplémentaire, notamment des gardes-frontières de Frontex, peut être mobilisé lorsque la situation l’exige. Beate Gminder rappelle toutefois que les États restent responsables de l’organisation concrète des contrôles, des recrutements et de la qualité de leurs systèmes nationaux. La Commission peut accompagner et financer, mais elle ne maîtrise pas directement les conditions d’accueil et de contrôle dans chaque aéroport.

Travel to Europe, ETIAS et visas en ligne : la prochaine étape sera numérique

L’Union européenne compte désormais sur la numérisation pour réduire progressivement les frictions liées aux voyages, et Beate Gminder encourage ainsi les gouvernements à utiliser l’application Travel to Europe. Celle-ci doit permettre aux voyageurs de préenregistrer certaines données avant leur arrivée, puis de se diriger vers une borne automatisée. Après l’enregistrement initial des données biométriques, celles-ci doivent rester valables pendant trois ans. Lors de leurs voyages suivants, les passagers devraient donc pouvoir utiliser davantage les bornes en libre-service et les procédures automatisées. « Cela devrait être une expérience numérique en 2026 et cela devrait fonctionner », a insisté Beate Gminder, tout en reconnaissant que « des choses très basiques » ne fonctionnent pas encore toujours correctement. L’application doit notamment contribuer à rendre plus acceptable le passage à un système qui, pour l’instant, est souvent perçu par les voyageurs comme une formalité supplémentaire.

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La prochaine échéance sera l’ETIAS, le système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages, qui concernera les voyageurs dispensés de visa. Beate Gminder a pris les devants face à la réaction probable du public : « Je vous imagine déjà tous en train de vous exclamer : “Oh non, mon Dieu, encore un système !” ». L’ETIAS sera comparable à l’ESTA américain ou à l’ETA britannique. Une autorisation valide permettra aux voyageurs concernés d’entrer dans l’espace Schengen pour des séjours de courte durée, jusqu’à 90 jours sur une période de 180 jours. L’autorisation devrait rester valable pendant trois ans, rappelle-t-elle. Pour les voyageurs d’affaires, l’enjeu sera d’éviter que cette succession de dispositifs ne se transforme en parcours administratif plus complexe. La Commission travaille également à la numérisation de la procédure de visa, avec l’objectif de faire progressivement entrer l’ensemble des démarches dans un environnement en ligne. Beate Gminder a évoqué un horizon 2030 pour cette évolution.

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Un portefeuille numérique de documents de voyage est aussi en préparation. Il doit permettre aux citoyens européens et aux ressortissants de pays tiers de disposer de versions numériques de leurs documents dans une application dédiée. Le dispositif sera volontaire, mais il pourrait à terme contribuer à réduire les temps de passage aux frontières. Si l’Union européenne défend une vision dans laquelle le renforcement de la sécurité et la fluidité des déplacements ne seraient pas contradictoires, l'enjeu pour les voyageurs d'affaires est désormais que ces promesses deviennent une réalité opérationnelle. Suzanne Neufang l’a rappelé sur scène : « Les voyageurs d’affaires veulent de la cohérence et de la prévisibilité. » Beate Gminder a, elle, assuré que la Commission continuerait à pousser les États membres à corriger les dysfonctionnements. « La sécurité ne peut pas être compromise », a-t-elle conclu.

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