Le tribunal de commerce de Grasse a placé Travel Planet, sa holding TPW et sa filiale technologique Makitizy en redressement judiciaire en juillet 2026. Si la procédure marque un tournant pour le groupe, ses conséquences sur le marché français du voyage d’affaires devraient rester très limitées. L’activité de Travel Planet s’était largement éloignée du métier de TMC, tandis que Makitizy avait fait de la technologie ferroviaire son principal axe de développement en dehors de la France.
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Le redressement judiciaire de Travel Planet et de Makitizy pose surtout la question de l’avenir d’un fournisseur technologique qui avait réussi à se faire une place auprès de plusieurs opérateurs ferroviaires européens.
Une TMC qui n’en était plus vraiment une
L’annonce du redressement judiciaire pourrait laisser penser qu’un acteur significatif du marché français des agences de voyages d’affaires est en difficulté. La réalité est plus nuancée. Au fil des années, Travel Planet avait progressivement changé de modèle, faisant de la fourniture de technologies de réservation ferroviaire, via sa filiale Makitizy, un axe stratégique majeur.
L’activité historique d’organisation de voyages était devenue minoritaire et ne concernait pratiquement plus le voyage d’affaires des entreprises. Elle subsistait notamment sur des segments spécifiques, comme l’organisation des déplacements de jeunes dans le cadre du service civique.
L’impact direct sur le marché des TMC devrait donc être limité. Travel Planet ne représentait plus le même poids concurrentiel qu’à l’époque où elle développait activement son activité d’agence. En octobre 2025, DéplacementsPros rappelait néanmoins que la TMC avait réalisé un volume d’activité de 120 millions d’euros en 2024. Ce chiffre ne doit pas être confondu avec le niveau de son activité actuelle, ni avec celui de Makitizy.
La procédure concerne trois sociétés distinctes : Travel Planet France, sa filiale Makitizy et la holding TPW qui les chapeaute. Les jugements d’ouverture ont été rendus le 17 juillet 2026 par le tribunal de commerce de Grasse. Selon les informations publiées par le greffe et reprises par TourMag, les dates de cessation des paiements ont été fixées au 27 novembre 2025 pour Travel Planet France, au 22 janvier 2026 pour TPW et au 4 mars 2026 pour Makitizy. La période d’observation doit se poursuivre jusqu’au 17 janvier 2027.
Cette procédure intervient après une année 2025 particulièrement mouvementée. Le 30 septembre, les dirigeants historiques Betty Seroussi et Tristan Dessain-Gelinet avaient été mis en examen dans le cadre d’une enquête judiciaire portant notamment sur des faits d’escroquerie, de blanchiment et d’abus de biens sociaux, des mises en examen ne préjugeant pas de leur culpabilité. La gouvernance du groupe avait ensuite connu plusieurs changements successifs.
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Makitizy, un virage technologique fragilisé par la rupture avec la SNCF
C’est donc désormais du côté de Makitizy que se joue l’essentiel des enjeux économiques. La filiale de Travel Planet s’était spécialisée dans la fourniture de plateformes et de solutions de réservation en marque blanche pour les opérateurs de transport. Son partenariat avec la SNCF constituait une référence majeure.
Depuis 2021, Makitizy développait des outils permettant de gérer les réservations ferroviaires de groupes. La solution avait progressivement été étendue aux ventes directes et indirectes de la SNCF, notamment pour répondre aux difficultés rencontrées par les systèmes internes de l’opérateur. Le contrat n’a toutefois pas été renouvelé à la fin de 2025.
Le calendrier a joué un rôle important dans cette rupture. Le 30 septembre 2025, deux jours avant la signature prévue d’un nouveau contrat à l’issue d’un appel d’offres remporté par Makitizy, l’actualité judiciaire de ses dirigeants a bouleversé la situation. La signature a été ajournée et le partenariat a finalement pris fin.
La perte de ce contrat n’a cependant pas signifié la disparition de l’activité de Makitizy qui avait engagé son développement au-delà du marché français, en intégrant notamment les contenus ferroviaires des chemins de fer suisses CFF, de l’espagnol Iryo, de Trenitalia et de Deutsche Bahn. Plus récemment, l’entreprise avait annoncé un partenariat avec Flix, sur ses activités autocar et train.
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Cette présence internationale constitue un actif potentiel pour la poursuite de l’activité. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure à la viabilité économique de l’entreprise : celle-ci dépendra notamment de la valeur des contrats conservés, de leur rentabilité et de la capacité de Makitizy à maintenir ses équipes et ses développements technologiques.
Le véritable enjeu : préserver les contrats et le savoir-faire technologique
L’enjeu immédiat n’est donc pas la disparition d’une TMC historique que la continuité des services fournis par Makitizy. Une technologie de réservation intégrée aux systèmes d’un transporteur ou d’un distributeur ne se remplace pas instantanément. Elle suppose des développements spécifiques, des interfaces avec les systèmes de vente et de gestion, ainsi qu’une connaissance fine des règles tarifaires et opérationnelles.
L’épisode de la fin du contrat liant la SNCF à Makitizy pour les réservations de groupes SNCF en constitue d’ailleurs une illustration exemplaire. A partir de décembre 2025, le retour à des traitements manuels a compliqué le travail des agences, allongé les délais et généré des surcoûts. Et la solution de remplacement opérée par l'allemand Distribusion Technologies crée, encore aujourd’hui, des insatisfactions.
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La procédure pourrait aussi ouvrir une nouvelle phase de recomposition. Ou pas. Si Makitizy parvient à préserver ses contrats et à convaincre ses partenaires de sa capacité à poursuivre ses développements, son savoir-faire pourrait conserver une valeur sur le marché européen. À l’inverse, des difficultés de financement ou une perte de confiance de ses clients pourraient fragiliser cette activité.
À ce stade, aucune conclusion définitive ne peut être tirée. Sollicitée, la direction du groupe n’a pas souhaité faire de commentaires. Elle se montre cependant confiante dans l’avenir. La période d’observation ouverte jusqu’au 17 janvier 2027 doit permettre d’évaluer les possibilités de redressement.