Tribune JL Baroux – Temps difficiles pour les VTOLS

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Après une période un peu euphorique, c’était en fin d’année 2023, le soufflé semble un peu
retomber quant à l’utilisation des VTOLS (Vertical Take Off and Landing) autrement dit les taxis volants à propulsion électrique. Il était prévu ni plus ni moins d’ouvrir une première desserte régulière à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris entre l’aéroport de Charles de Gaulle et une barge amarrée sur la Seine, en plein Paris. Des essais avaient été conduits sur l’aéroport de Pontoise et ils semblaient concluants. Il ne restait plus qu’à obtenir les autorisations.

C’est là que les difficultés commencent à s’accumuler. Le constructeur sélectionné : l’allemand Volocopter devait faire certifier son appareil appelé Velocity, pouvant transporter jusqu’à 4 passagers. Certes Volocopter n’est pas une petite entreprise, avec plus de 600 salariés et déjà plus de 10 ans d’existence, la société bavaroise a réussi à mobiliser près de 800 millions de dollars pour assurer son développement. Mais comme toujours il manque encore quelques fonds avant d’atteindre la rentabilité et celle-ci passe forcément par la mise sur le marché des Volocity. Or, à ce jour, la nécessaire certification européenne n’a toujours pas été décernée et la demande de prêts garantis par les Landers allemands : le Bade Wurtemberg en 2023 et récemment la Bavière à hauteur de 100 millions d’euros a été refusée.

Volocopter avait en fait tout misé sur sa sélection pour les Jeux Olympiques ce qui lui aurait donné une visibilité et une respectabilité aptes à entrainer d’autres bailleurs de fonds nécessaires avant la mise en production industrielle. Or les difficultés sont considérables avant d’atteindre ce stade. Il s’agit ni plus ni moins que d’inventer la gestion de l’espace aérien urbain pour qu’il soit utilisé par des machines d’une propulsion nouvelle, l’électricité et un pilotage entièrement automatisé. Voilà une première réticence d’autant plus que les gestionnaires de l’espace aérien ne montrent pas un grand empressement à finaliser les procédures. Les JO 2024 auraient pu donner le coup de fouet nécessaire, il n’en sera rien.

Pour qu’un tel projet aboutisse, rappelons qu’il consiste à l’utilisation de l’espace aérien urbain pour faire voler une multitude d’appareils de 2 à 4 sièges à propulsion électrique et à pilotage automatique, il faudra des investissements bien plus considérables que ceux qui supportent les efforts très louables des pionniers qu’ils soient européens ou américains. En fait seuls les grands constructeurs d’hélicoptères pourraient être en mesure de les amener. Or, ils ne sont pas pressés car ils gagnent assez d’argent avec leur production classique. Pourquoi alors mettraient-ils en danger leur économie actuelle ?

Et puis, même si sur le papier cette nouvelle mobilité est séduisante, il n’est pas certain qu’elle trouve son marché rapidement. Les contraintes écologiques seront fortes et comme le mentionne l’article d’Aerobuzz de ce jour auquel j’emprunte ce sujet de réflexion, les gains ne sont pas si évidents comparés aux transports routiers actuels. N’oublions pas que les taxis seront en très grande partie électriques dès la prochaine décennie et que pour transporter le même nombre d’individus avec de bien meilleures facilités d’emport et de dépose que les VTOLS, ils consommeront beaucoup moins d’électricité.

Au fond, les grandes agglomérations européennes et asiatiques ne sont peut-être pas les mieux adaptées à ce type de transport ce qui n’est pas le cas des américaines. Et puis pourquoi ne pas utiliser massivement les VTOLs pour désenclaver les petites villes et les lieux difficilement accessibles ce qui permettrait de ralentir la ruée des populations vers les très grandes villes et garder ainsi une répartition plus harmonieuse des populations. L’hélicoptère est actuellement le seul moyen de transport suffisamment rapide et capable d’aller dans les endroits même les plus inaccessibles.

Or il est la cible des écologistes qui y voient non seulement une pollution visuelle, auditive et productrice de CO², mais également un moyen de transport réservé aux riches, ce qui est très mal vu, sans pour autant voir tout l’intérêt de ce mode de transport. Les VTOLS pourront rendre dans le futur les mêmes services que les hélicoptères à des coûts bien inférieurs et une bien meilleure acceptabilité par les populations. Pourquoi alors ne pas confier aux opérateurs actuels d’hélicoptères le soin de transformer leur outil de production en utilisant progressivement les VTOLs pour remplacer leurs machines existantes ?