Libéralisation du rail (5/5) – les concurrents de la SNCF arrivent en France

La Renfe et Thello ont déclaré vouloir se lancer sur le réseau à grande vitesse français l’an prochain. Plusieurs autres sociétés ont annoncé vouloir répondre aux appels d’offres des régions, dans le cadre de l’ouverture des trains express régionaux (TER) à la concurrence.

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Quels concurrents à la SNCF sur le grande vitesse en France ?
SNCF Réseau déclare être en contact avec une douzaine de compagnies intéressées par des dessertes domestiques. Le gestionnaire du réseau prépare notamment l’arrivée d’opérateurs publics étrangers dès l’ouverture de la grande vitesse en France fin 2020. L’opérateur historique espagnol Renfe a confirmé récemment son intention d’entrer sur ce marché dès décembre 2020, sur les lignes Lyon-Marseille et Lyon-Montpellier, et d’ouvrir un bureau permanent dans la capitale des Gaules. Ilsa, filiale de la compagnie aérienne Air Nostrum (Iberia), souhaite pour sa part lancer une ligne TGV de Montpellier, voire Marseille, vers Barcelone et Madrid.

Thello, filiale de Trenitalia et Veolia, a de son côté notifié à l’ART (ex Arafer) «son intention d’exploiter, à compter de juin 2020, un nouveau service international de transport ferroviaire de voyageurs entre Paris et Milan, utilisant les réseaux à grande vitesse français et italien», soit deux aller-retours par jour avec des arrêts à Lyon et Chambéry. Thello relie déjà Paris à Venise ainsi que Marseille-Milan.

FlixTrain, la filiale ferroviaire de l’allemand FlixMobility (opérateur de bus longue distance Flixbus), a manifesté aussi son intérêt pour le marché français. Elle souhaiterait exploiter cinq liaisons : Paris Nord-Bruxelles Nord, Paris Bercy-Lyon Perrache, Paris Bercy-Nice (train de nuit), Paris Bercy-Toulouse et Paris Austerlitz-Bordeaux. FlixTrain fait rouler des trains classiques de type Intercités.

Quels concurrents à la SNCF sur les trains régionaux ?
Sur le régional, l’ouverture à la concurrence est optionnelle jusqu’en décembre 2023. Après cette date, les appels d’offres deviendront obligatoires pour toutes les régions. Celles-ci, les «autorités organisatrices» des TER, confient aujourd’hui l’exploitation à la SNCF. Plusieurs sociétés se disent prêtes à répondre aux appels d’offres, dont Trenitalia (filiale du FS Group, les chemins de fer italiens) et Abellio (filiale des chemins de fer néerlandais Nederlandse Spoorwegen). La Deutsche Bahn a déjà annoncé qu’elle entendait également s’attaquer au marché français, non pas sur le segment de la grande vitesse mais dans le transport régional et urbain ; sa filiale Arriva est déjà présente aujourd’hui dans 14 pays d’Europe.

Pour la SNCF, la plus grosse concurrence pourrait toutefois venir d’entreprises françaises. RATP Dev (filiale de la RATP) et Getlink, exploitant du tunnel sous la Manche, viennent en effet d’annoncer la création d’une société commune pour répondre aux appels d’offres. Avec de sérieux atouts sur les régions Grand Est et Hauts-de-France où les deux entreprises sont déjà très présentes.

L’ouverture de la concurrence sur le TET (Intercités) connaît en revanche un premier accroc. L’État a déjà décidé en janvier dernier de lancer un appel d’offres pour un lot de deux lignes : Nantes-Bordeaux et Nantes-Lyon. Le nouvel opérateur devrait être choisi en 2021, pour un démarrage de l’exploitation probablement l’année suivante. L’offre est attractive, d’autant que que ces lignes vont être rénovées et disposer d’un matériel renouvelé. Or, deux candidats potentiels, Transdev (filiale à 66% de la Caisse des Dépôts et 34% de l’allemand Rethmann) et Arriva (filiale de la DB) viennent de jeter un pavé dans la marre en adoptant une position semblable : elles déclarent toutes deux hésiter aujourd’hui à répondre à l’appel d’offres, si la SNCF réussit à imposer ses ateliers de maintenance. Transdev et Arriva souhaitent l’une et l’autre gérer elles mêmes les nouvelles rames et se doter de leurs propres structures pour la maintenance.

Le come-back des trains de nuit
Reste un dernier secteur dans lequel la concurrence pourrait croître également : les trains de nuit. Leur retour en grâce est dans l’air du temps. Dans le cadre de la Loi d’orientation Mobilités sera d’ailleurs menée une étude sur leur développement. Aujourd’hui, la SNCF a supprimé la plupart de ses lignes à l’exception de deux, Paris-Rodez-Toulouse-Latour de Carol et Paris-Briançon. Thello, filiale de Veolia et de Trenitalia, relie pour sa part Paris à Venise depuis 2011. On pourrait ainsi voir arriver des prétendants inattendus, tels Flixtrain ayant déjà annoncé souhaiter opérer Paris Bercy-Nice, et les chemins de fer autrichiens ÖBB qui parient sur ce mode de transport depuis 2016, et vont prochainement lancer une ligne entre l’Autriche et la Belgique…

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