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RATP : comment Xavier Piechaczyk veut-il faire de la concurrence un levier de croissance ?

Le nouveau PDG du groupe RATP, Xavier Piechaczyk, fixe un cap à l’horizon 2040 qui doit permettre à l’entreprise de poursuivre sa croissance au-delà de son territoire historique. Alors que la mise en concurrence progresse en Île-de-France, le groupe entend s’appuyer sur ses activités régionales et internationales, mais aussi sur ses métiers d’infrastructure et de services urbains, pour augmenter son chiffre d’affaires de près de 20% d’ici 2030.

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Margot Ladiray

Margot Ladiray

23 octobre 2026Mis à jour le 23/10/20266 min de lecture

RATP
© RTE

Près de neuf mois après sa nomination à la tête du groupe RATP, Xavier Piechaczyk présente officiellement ses orientations stratégiques à l’horizon 2040. Dans une entreprise dont le marché historique va progressivement s’ouvrir à la concurrence, le successeur de Jean Castex veut accélérer le développement hors d’Île-de-France, en France comme à l’international. L’objectif n’est pas seulement de compenser les parts de marché que la régie pourrait perdre en région parisienne, mais de faire des filiales le principal moteur de sa croissance. « Aujourd’hui, nous affirmons pleinement la place que le groupe RATP occupe : celle d’un acteur aux compétences élargies au service des villes et de la qualité du cadre de vie qu’elles offrent à leurs habitants. Nous définissons notre vision et des principes qui doivent guider le groupe RATP et l’ensemble des salariés afin de nous projeter loin dans le temps et de s’adapter à un environnement en pleine mutation », a déclaré le PDG à travers un communiqué.

Une base solide pour se diversifier et attaquer de nouveaux marchés

Pour recontextualiser, lorsque Xavier Piechaczyk arrive aux commandes, la RATP sort d’un exercice 2025 plutôt favorable. Le groupe a renoué avec les bénéfices, avec un résultat net positif de 217 millions d’euros, tandis que son chiffre d’affaires a progressé de 11%, pour approcher les 8 milliards d’euros. Cette amélioration doit cependant beaucoup aux activités développées en dehors du réseau historique : l’activité des filiales a bondi de 29% sur l’exercice. Dans le même temps, la fréquentation du réseau francilien reste inférieure à son niveau de 2019 et le groupe continue de consacrer l’essentiel de ses investissements à l’Île-de-France.

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La RATP dispose donc de fondamentaux plus solides, mais elle ne peut plus envisager son avenir en s’appuyant uniquement sur son implantation historique. L’ouverture à la concurrence est déjà engagée dans les bus franciliens et va s’étendre progressivement au ferroviaire. D’ici fin 2028, Île-de-France Mobilités prévoit d’avoir lancé les procédures d’appel d’offres pour l’ensemble des lignes de train, hors RER, avec des mises en circulation qui s’échelonneront jusqu’à la fin des années 2030. La régie pourra naturellement candidater à ces marchés, mais elle devra désormais les remporter dans les mêmes conditions que ses concurrents.

Un objectif de progression de 20% de son chiffres d'affaires d'ici 2030

Cette évolution explique la place accordée, dans la feuille de route du nouveau PDG, aux régions françaises et aux marchés internationaux. Le groupe doit aller chercher ailleurs les relais de croissance que son marché historique ne pourra plus lui garantir. Ses filiales, qui doivent représenter plus de la moitié de l’activité du groupe dès 2027, sont appelées à jouer ce rôle. Selon Xavier Piechaczyk, leur chiffre d’affaires doit doubler pour atteindre 5 milliards d’euros en 2030, tandis que le groupe vise une progression globale de près de 20% de ses revenus.

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L’ouverture à la concurrence ne constitue pourtant pas uniquement une menace pour la RATP, elle crée aussi un marché auquel le groupe peut désormais accéder. La conquête de l’Étoile de Caen en est la première illustration concrète. En janvier 2026, RATP Dev a officiellement signé avec la Région Normandie le contrat d’exploitation de ce réseau de dix lignes ferroviaires autour de Caen. À partir du 11 juillet 2027, la filiale prendra en charge près de 20% du trafic TER régional pendant plus de 10 ans. À Caen, RATP Dev devra exploiter des liaisons ferroviaires régionales comme Caen-Cherbourg, Caen-Rouen, Caen-Granville ou Caen-Évreux, et le contrat prévoit une augmentation de l’offre d’environ 50% entre 2024 et 2028, ainsi qu’un objectif de ponctualité supérieur à 93,4%, contre 91,8% actuellement. La filiale ne vend donc pas seulement une capacité d’exploitation, mais une promesse d’amélioration du service, qui sera observée de près par les autres autorités organisatrices.

Une internationalisation confirmée avec l'Australie et l'Afrique du Sud

Mais la Normandie n'était qu'une première étape et le calendrier régional prévoit encore l’ouverture progressive de plusieurs périmètres entre 2030 et 2034, parmi lesquels l’Étoile de Rouen, Paris-Granville et les dessertes de Normandie-Saint-Lazare. Pour RATP Dev, ces futurs appels d’offres représentent autant de possibilités d’élargir son implantation ferroviaire en France. Cette logique de conquête est déjà à l’œuvre à l’international. RATP Dev exploite aujourd’hui plus de 120 réseaux dans 16 pays et revendique 2,4 milliards d’euros de revenus en 2025.

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Le groupe concentre ses efforts sur des marchés où son expérience des réseaux complexes, de la maintenance et des systèmes automatisés peut faire la différence, comme en Afrique du Sud. RATP Dev a été récemment reconduit pour 15 ans dans l’exploitation et la maintenance du Gautrain, le réseau ferroviaire rapide de la province du Gauteng. La nouvelle concession court jusqu’en 2041 et élargit même le rôle de la filiale, qui participe désormais au capital du consortium chargé du réseau et de ses services de rabattement par bus. En Australie, RATP Dev s’est également positionné sur le Suburban Rail Loop East de Melbourne. La filiale participera à la conception et à l’intégration du futur réseau avant d’en assurer l’exploitation et la maintenance pendant 15 ans à compter de sa mise en service, prévue en 2035.

Une ambition qui ne s'arrête pas à l'exploitation des réseaux de transport

L’ambition de Xavier Piechaczyk ne s’arrête toutefois pas à l’exploitation des réseaux. Selon un communiqué, le groupe veut aussi mieux valoriser sa capacité à concevoir, financer et moderniser des infrastructures sur plusieurs décennies. La RATP envisage par exemple de le proposer son expertise dans d’autres domaines urbains, notamment l’énergie et les télécommunications. Ce glissement répond à une double nécessité : il permet d’abord de diversifier les revenus au moment où l’exploitation des transports franciliens devient moins prévisible, et donne au groupe la possibilité de répondre à des projets plus larges, en associant exploitation, maintenance, ingénierie et gestion d’actifs.

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Encore faut-il que l’organisation du groupe soit adaptée à cette nouvelle réalité. La tête de groupe doit être resserrée autour des expertises industrielles, tandis que les filiales et les entités opérationnelles devraient bénéficier de davantage d’autonomie. L’objectif affiché est de décider plus vite et de rapprocher la gouvernance du terrain. Face à l’ouverture à la concurrence, Xavier Piechaczyk mise donc sur la défense du marché historique, tout en allant chercher la croissance sur les réseaux régionaux et les grands projets urbains du monde entier. En interne, la CFE-CGC Groupe RATP salue une feuille de route qui reprend les fondamentaux d’un groupe intégré et multimodal, tout en appelant à une gouvernance « claire, forte, cohérente et fiable ». Sa vigilance porte surtout sur la manière dont cette transformation sera conduite, dans la continuité d’un dialogue social que la présidence de Jean Castex avait contribué à rétablir.

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