Le vocabulaire du voyage aérien durable devient un sujet de conformité à part entière. Derrière le changement de nom annoncé par Lufthansa, c’est la manière dont les transporteurs présentent les bénéfices environnementaux de leurs offres qui se retrouve sous surveillance.
De Green Fare à Impact Fare, Lufthansa change de nom
Le 23 octobre 2026, Lufthansa Group a annoncé le remplacement de l’appellation Green Fare par Impact Fare. Le groupe explique cette évolution par les nouvelles exigences réglementaires encadrant la communication environnementale. Plus de cinq millions de passagers ont réservé ces tarifs depuis leur lancement, indique la compagnie.
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Le principe de l’offre reste inchangé. Pour chaque réservation Impact Fare, Lufthansa prévoit d’utiliser un volume supplémentaire de carburant d’aviation durable (SAF) dans ses opérations dans les six mois suivant le départ, tout en finançant des projets de protection du climat. Sur les vols européens, la contribution en SAF est calculée sur la base de 20 % des émissions de CO₂ estimées du vol ; les projets climatiques correspondent aux 80 % restants. Sur les liaisons intercontinentales, la répartition est respectivement de 10 % et 90 %.
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Le changement porte donc avant tout sur la dénomination et la présentation de l’offre, et non sur une transformation annoncée de son mécanisme. Le groupe met désormais davantage l’accent sur la contribution du passager à des mesures environnementales plutôt que sur une promesse de voyage « vert ».
Cette décision intervient après plusieurs années de pression sur les arguments écologiques du secteur aérien. Elle ne signifie toutefois pas que l’Union européenne a prononcé une condamnation contre Lufthansa : le changement de nom s’inscrit dans un contexte réglementaire plus large, marqué par des procédures nationales et une action coordonnée des autorités de protection des consommateurs.
Des précédents qui visent les promesses environnementales
Lufthansa avait déjà été épinglée au Royaume-Uni sur une communication directement liée à ses Green Fares. Le 6 décembre 2023, l’Advertising Standards Authority (ASA), l’autorité britannique de régulation de la publicité, a interdit une annonce Google qui invitait les voyageurs à « Fly more sustainably » (« voyager de manière plus durable »).
Lufthansa avait expliqué que cette formule renvoyait à son offre Green Fare, combinant l’utilisation de SAF et le financement de projets climatiques. L’ASA a considéré que la publicité ne précisait pas suffisamment les fondements de cette promesse et risquait de donner une impression trompeuse de l’impact environnemental du transporteur. La compagnie avait indiqué avoir demandé le retrait de la formule. L’autorité a conclu que l’annonce enfreignait les règles britanniques sur la publicité trompeuse et les allégations environnementales.
En mars 2024, KLM a également fait l’objet d’une décision judiciaire aux Pays-Bas. Le tribunal d’Amsterdam a jugé trompeuses et illicites plusieurs publicités environnementales de la compagnie, notamment celles reposant sur des formulations générales concernant les bénéfices écologiques de ses services. La juridiction a également estimé que certaines communications donnaient une image trop favorable des effets des carburants durables et des projets de reforestation.
La décision n’interdisait pas à KLM de communiquer sur ses ambitions environnementales. Elle lui imposait en revanche de le faire de manière honnête et suffisamment concrète. Il s’agissait d’une décision de justice nationale, et non d’une sanction de la Commission européenne.
L’action la plus directement liée au dossier Lufthansa est toutefois celle engagée au niveau européen. Le 30 avril 2024, la Commission européenne et le réseau de coopération en matière de protection des consommateurs (CPC) ont annoncé avoir adressé des courriers à 20 compagnies aériennes pour leur demander de corriger des allégations environnementales potentiellement trompeuses.
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Les autorités ciblaient notamment les affirmations selon lesquelles le paiement d’un supplément ou le financement de projets climatiques permettrait de compenser les émissions d’un vol, l’utilisation insuffisamment justifiée du terme « carburant d’aviation durable », ainsi que les expressions générales « vert », « durable » ou « responsable ». Les comparaisons environnementales et les objectifs de neutralité carbone dépourvus de fondements suffisamment clairs figuraient également parmi les pratiques examinées.
Le tableau officiel de suivi des engagements montre que Lufthansa Group devait encore apporter des réponses sur plusieurs points. L’utilisation de l’expression Green Fares était notamment considérée comme seulement partiellement résolue, les autorités estimant que les propositions de modification présentées par le groupe ne répondaient pas suffisamment à leurs préoccupations.
Un cadre européen plus strict depuis septembre 2026
Le changement de nom de Lufthansa intervient alors que le cadre juridique européen évolue. La directive 2024/825, adoptée en février 2024, renforce la protection des consommateurs contre les pratiques commerciales trompeuses liées à la transition écologique. Les États membres devaient transposer ses dispositions et commencer à les appliquer à partir du 27 septembre 2026.
Le texte vise notamment les allégations environnementales génériques qui ne peuvent pas être étayées, les labels de durabilité dépourvus de système de certification approprié et certaines promesses portant sur les performances environnementales futures. Il ne prohibe pas toute communication écologique : il exige que les affirmations soient précises, vérifiables et suffisamment justifiées.
Le mouvement dépasse le seul cas de Lufthansa. Dans son rapport Green (F)lying: Two years on, publié le 17 juin 2025, le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), à l’origine de la plainte de 2023, estimait que certaines compagnies avaient modifié leurs messages, mais que des allégations environnementales trompeuses persistaient dans le secteur. L’organisation soulignait notamment le recours aux mécanismes de compensation et la présentation exagérément favorable des objectifs climatiques futurs.
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Pour les compagnies aériennes, l’enjeu est désormais de démontrer précisément ce que financent les suppléments proposés aux passagers et ce qu’ils permettent réellement d’accomplir. Un changement de vocabulaire ne suffit pas, à lui seul, à garantir la conformité : les affirmations associées à l’offre doivent elles aussi être justifiées.
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