Certares passe aux actifs durs : trains, hôtels et ambitions planétaires

Certares mise sur les actifs physiques. Le fonds américain accélère dans le rail, l'immobilier et le bien-être à grande échelle.

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David Keller

David Keller

28 septembre 20264 min de lecture

certares actifs
© DeplacementsPros / Image générée par l'IA

Le message est tombé avec la clarté qu'on prête aux grandes décisions : « Laurent, allez, achetez ! » C'est en ces termes que Michael Gregory O'Hara, fondateur et directeur général du fonds d'investissement Certares, a transmis sa nouvelle feuille de route à Laurent Abitbol, président de Marietton Développement. 

En marge d'une conférence de presse à l'IFTM en septembre 2026, ce dernier a confirmé un tournant stratégique notable pour le fonds américain, actionnaire à 49% de la maison mère des réseaux Selectour et Havas Voyages. Désormais, Certares entend concentrer ses capitaux sur du concret : de l'immobilier, des trains, des actifs tangibles et durables. Un changement de braquet qui engage aussi bien le fonds que ses participations.

La logique des actifs durs

Pour justifier ce pivot, Michael Gregory O'Hara a forgé un cadre conceptuel qu'il a exposé lors du Skift Global Forum ce 25 septembre : les « HALO assets », pour heavy asset, low obsolescence (actifs lourds à faible taux d'obsolescence). La thèse est posée en opposition directe aux paris technologiques du moment. Lors de la même session, O'Hara a explicitement refusé d'investir dans un planificateur de voyage fondé sur l'intelligence artificielle, estimant que ce type de produit “est un bon service, mais pas vraiment une entreprise durable”. 

L'IA, selon lui, ne constitue pas une destination d'investissement en soi dans le voyage, mais un levier d'efficacité pour des entreprises de services existantes, riches d'une expertise accumulée. Ce raisonnement se traduit, côté Marietton, par des instructions sans ambiguïté. Laurent Abitbol a confié avoir chargé Christophe Jacquet, directeur général du groupe, de « foncer à fond, aller entièrement à fond ». L'immobilier hôtelier figure en tête des cibles identifiées, un segment dans lequel Marietton est déjà présent, mais encore de façon limitée. “C'est ce qu'on est en train de faire depuis trois semaines”, a précisé Laurent Abitbol, esquissant l'imminence de premières acquisitions.

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Le pari ferroviaire

C'est sur le rail que Certares a posé sa mise la plus significative. En décembre 2025, le fonds a annoncé son entrée au capital de Trenitalia France, filiale française du groupe public italien Ferrovie dello Stato (FS Group), un accord dont les approbations réglementaires étaient encore en cours au moment des déclarations de Greg O'Hara à Skift, la semaine derbnière. Le ticket d'investissement propre à Certares s'élève à environ 300 millions d'euros, issus de son fonds actuel, auxquels s'ajoutent des co-investissements levés auprès de family offices européens et d'institutions financières. “Il y a eu un raz-de-marée d'intérêt. On a eu plus de demandes que de produit à offrir”, a indiqué Greg O'Hara. 

Concrètement, 19 trains à grande vitesse ont été commandés auprès de Hitachi en août 2026, dont 10 sont destinés à un futur service Paris-Londres. La cible affichée : lancer la liaison via le tunnel sous la Manche d'ici 2029. La thèse repose notamment sur un avantage opérationnel décisif : Trenitalia étant l'un des plus gros clients d'Hitachi, elle accède à des livraisons bien en avance sur les délais habituels du marché, un atout rare dans une course où le matériel roulant se raréfie. Greg O'Hara a résumé sa conviction en une formule : “Quiconque livre les trains en premier obtient les approbations en premier.”

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Distribution et horizons lointains

La cession d'AmexGBT à Long Lake pour 6,3 milliards de dollars (5,8 milliards d'euros) s'inscrit dans la même logique que le reste : se délester d'un actif de services pour libérer des capitaux et les réorienter vers du physique. Lors du Skift Global Forum, Greg O'Hara a présenté cette vente non pas comme un retrait, mais comme une validation de sa philosophie. Les entreprises de services de voyage recèlent, selon lui, “beaucoup de connaissance interne” susceptible d'alimenter des outils d'IA agentique, une valeur déjà monétisée, qui peut désormais financer de nouveaux actifs durs. 

Pour la distribution de Trenitalia France, le fonds s'appuie sur ce qui reste dans son périmètre direct : Marietton, ses réseaux en France, sa néo-TMC Supertripper, ainsi que Voyageurs du Monde. En parallèle, le portefeuille bien-être et longévité de Certares - 14 entreprises avec une croissance des revenus de 30 à 35%, confirme l'appétit du fonds pour les secteurs à forte demande et offre contrainte. Sur le plan géographique, Greg O'Hara surveille le Moyen-Orient, citant notamment la future liaison à grande vitesse entre Doha et Riyad, pour laquelle un opérateur reste à désigner.Les États-Unis sont jugés incertains, la Chine « compliquée ». L'Europe reste le terrain de jeu principal, mais le regard est clairement mondial.

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