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Voyage d'affaires : 31,6 Md€ dépensés en France, un record absolu

Le marché français du voyage d'affaires atteint 31,6 milliards d'euros en 2026, un nouveau record, selon le baromètre annuel EPSA.

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David Keller

David Keller

16 septembre 20267 min de lecture

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La 16ème édition du Baromètre du voyage d'affaires, publiée par EPSA et réalisée sur un panel de 74 clients couvrant le premier semestre 2026 comparé au premier semestre 2025, dresse l'état d'un secteur que les crises successives n'ont pas réussi à déstabiliser durablement. Le marché français affiche en 2026 une progression de 2,3% de ses dépenses, pour atteindre 31,6 milliards d'euros, un seuil jamais franchi. 

Cette estimation colle presque exactement à la prévision formulée un an plus tôt (+2,2%), signe d'une trajectoire de fond qui se consolide malgré un contexte peu favorable : inflation à 2,3% en France, flambée du cours du pétrole, tensions géopolitiques persistantes et pression croissante de la transition climatique sur les mobilités professionnelles. Pour 2027, le baromètre anticipe une nouvelle hausse des dépenses de 3,5%, à 32,7 milliards d'euros mais tirée essentiellement par les prix, non par les volumes.

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L'aérien sous pression

Le transport aérien concentre les principales tensions du marché en 2026. Sur le premier semestre, les prix moyens observés sur le panel EPSA progressent de 2,6% sur les vols domestiques, de 1,9% sur le moyen-courrier et de 4,8% sur le long-courrier. Dans le même temps, le trafic aérien français accuse un recul de 0,8% sur la même période, signe d'une demande qui résiste, mais sans accélération notable. Ces tensions tarifaires s'inscrivent dans un contexte de forte remontée du cours du brut : le baril de Brent, établi à 65 dollars en janvier 2026, atteignait 102 dollars en septembre.

Jusqu'à présent, les compagnies aériennes ont absorbé une partie de ce choc grâce à des mécanismes de couverture sur leurs achats de carburant et en préservant leurs taux de remplissage. Cette protection est toutefois temporaire. À mesure que ces couvertures arriveront à échéance, les pressions sur les coûts risquent de se répercuter plus franchement dans les prix proposés aux entreprises. Pour 2027, le baromètre anticipe en France une hausse des tarifs aériens comprise entre 4,2% et 4,5%, nettement plus marquée que l'inflation observée en 2026. Pour les acheteurs travel et les travel managers, la vigilance sur les politiques de réservation anticipée et le pilotage des dépenses aériennes s'impose plus que jamais.

> Lire aussi : Les prix du voyage d'affaires s'envolent au deuxième trimestre 2026

Rail : vers plus de concurrence

Le ferroviaire présente en 2026 un profil différent : une inflation contenue, mais un marché à la veille d'une recomposition structurelle. Les prix moyens progressent de 1,6% au premier semestre, soit légèrement au-dessus de la prévision de +1% formulée par la SNCF. Dans ce contexte de relative stabilité tarifaire, le secteur se prépare néanmoins à une intensification progressive de la concurrence. Les premiers TGV M de cinquième génération, dont le lancement commercial a pris du retard, doivent entrer en service à l'automne 2026 sur l'axe Paris-Marseille. Dix rames ont été livrées sur les 115 commandées. La SNCF aborde cette nouvelle donne depuis une position financière confortable : elle a enregistré 1,18 milliard d'euros de bénéfices au premier semestre 2026, en hausse de 19% sur un an.

Face à l'opérateur historique, les nouveaux entrants s'organisent. Trenitalia France a commandé 19 trains à grande vitesse pour renforcer ses lignes existantes et préparer de nouvelles liaisons. La start-up française Velvet, cofondée par Rachel Picard et titulaire de sa licence d'exploitation, vise quant à elle un début de service en 2028 sur la façade Ouest. Cette montée en puissance progressive devrait redessiner les équilibres commerciaux et tarifaires d'un marché ferroviaire longtemps dominé par un acteur unique. Si la concurrence reste encore modeste à court terme, les prochaines années pourraient constituer un tournant réel pour les voyageurs d'affaires habitués au train.

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Hôtellerie : des écarts marqués

L'hôtellerie offre en 2026 une image en trompe-l'œil. Au niveau national, le prix moyen corporate s'établit à 130,78 €, stable par rapport à 2025, pour une durée moyenne de séjour de 1,8 jour. Les réservations sont effectuées en moyenne à 17 jours d'échéance seulement : une anticipation courte qui pèse structurellement sur les tarifs obtenus. Cette stabilité apparente dissimule pourtant de profondes disparités selon les destinations. En France, les tarifs corporate progressent dans cinq des neuf destinations analysées, avec des hausses comprises entre 2% et 4%, tandis qu'ils reculent dans quatre villes. Lyon affiche notamment une baisse de 6% et Toulouse de 4%.

Les tarifs publics suivent des trajectoires tout aussi contrastées : ils chutent de 7,5% à Lyon, mais bondissent de 13,7% à Toulouse et de 7,3% à Strasbourg. Les divergences sont encore plus prononcées à l'échelle européenne. À Genève, les tarifs publics progressent de 26,4% et les tarifs corporate de 25%. À Londres, les dynamiques s'inversent : les tarifs publics reculent de 3,9% tandis que les tarifs corporate augmentent de 14%. Ces écarts illustrent combien le marché hôtelier est désormais sensible aux spécificités locales de l'offre et de la demande, et soulignent l'importance d'un pilotage fin des dépenses d'hébergement, destination par destination.

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Un marché mondial fragmenté

Dans cet environnement plus volatil, les agences de voyage d'affaires jouent un rôle central dans le pilotage des dépenses et l'accompagnement des directions achats. Le secteur connaît parallèlement une dynamique de consolidation soutenue, alimentée par des opérations de rapprochement, des alliances stratégiques et l'émergence de nouveaux modèles de distribution. Cette concentration demeure néanmoins très relative à l'échelle mondiale. Selon les données du baromètre, les cinq premières agences ne gèrent encore que 5,3% des dépenses mondiales de voyages d'affaires, estimées à quelque 1.600 milliards d'euros en 2025. Le marché reste donc profondément fragmenté, en dépit de la taille croissante de ses principaux acteurs.

Ce morcellement s'explique par la nature même du secteur : une demande hétérogène, des marchés locaux aux réglementations et pratiques très différentes, et une multitude d'acteurs de taille intermédiaire qui résistent à l'absorption. Pour les entreprises, cette fragmentation peut se traduire par des difficultés à obtenir des conditions tarifaires homogènes à l'échelle internationale et à garantir des niveaux de service cohérents pour leurs collaborateurs en déplacement. À mesure que les mouvements de consolidation se poursuivent, la question de la concentration du marché restera au cœur des stratégies des grands groupes du travel management.

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2027 : l'inflation en embuscade

Pour 2027, les incertitudes resteront nombreuses sur les plans politique, géopolitique, économique et climatique. Le retour de l'inflation constitue toutefois la tendance la plus structurante anticipée par l'observatoire. Dans l'aérien, une hausse des tarifs comprise entre 4,2% et 4,5% est attendue en France. Dans le ferroviaire, la progression est estimée entre 1,4% et 1,7%, tandis que l'hôtellerie pourrait enregistrer une hausse comprise entre 1,7% et 1,9%. La résultante de ces évolutions porterait les dépenses françaises de voyage d'affaires à 32,7 milliards d'euros, soit une progression de 3,5% par rapport à 2026.

Cette hausse des dépenses ne traduit pourtant pas une accélération équivalente de l'activité : la demande est attendue en quasi-stabilité, à -0,2%. En d'autres termes, les entreprises pourraient devoir mobiliser davantage de budget pour des déplacements dont le volume resterait globalement inchangé. "Le voyage d'affaires démontre une nouvelle fois sa capacité à résister à un environnement particulièrement volatil. Après une stabilisation à un niveau élevé en 2026, l'enjeu de 2027 sera moins celui de la demande, qui reste robuste, que celui du retour de l'inflation. Pour les entreprises, cette nouvelle configuration rend encore plus nécessaire l'anticipation des déplacements et le pilotage fin des dépenses, tout en remettant au premier plan les enjeux de décarbonation des mobilités professionnelles", commente Christophe Roth, directeur associé chez EPSA.


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