Hôtellerie d’Affaires : « Il est de plus en plus difficile de plafonner les prix pour les entreprises »

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A l’occasion du Grand Live du Voyage d’Affaires, quatre acteurs du marché et experts ont commenté le baromètre de l’hôtellerie d’affaires et sont revenus sur les tendances pour 2024. L’inflation était au cœur des discussions, tout comme la taxe appliquée en IDF et l’effet « JO 2024 ».

Selon le baromètre de l’hôtellerie d’affaires publié par CDS Group, en partenariat avec MKG Consulting, la France comptait fin 2023 près de 16 850 établissements, soit plus de 620 000 chambres réparties sur le territoire et 16 000 chambres devraient être ajoutées d’ici 2026. Sans surprise, les prix ont poursuivi leur hausse en 2023, passant de 243 euros en 2022 à Paris à 269 euros la nuitée, en moyenne, ou bien encore de 130 à 147 euros à Lyon et de 116 à 127 euros à Nantes. Des hausses qui s’expliquent par un effet conjoncturel lié aux grands événements, comme la Coupe du Monde de Rugby, une phase de rebond touristique, Loisirs et Affaires, et une augmentation des coûts opérationnels pour les hôteliers, comme l’explique Vanguelis Panayotis, Président de MKG Consulting.

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Les hôteliers n’en ont-ils pour le moins pas profité, questionne Jean-François Xavier, modérateur de cette table-ronde. Selon Ziad Minkara, Président de CDS Group, il y a eu, certes, un effet de « rattrapage » couplé à l’inflation, mais également un retour très fort de la clientèle internationale en France, qui a entraîné une pression forte sur les prix hôteliers l’an passé. « Pour les entreprises, il est vrai que cela devient de plus en plus compliqué de plafonner les prix mais, en 2024, plusieurs leviers de négociation pourront être utilisés à leur avantage », déclare-t-il. Après une structuration du marché et une consolidation du contenu, les entreprises et les voyageurs d’affaires ont les outils nécessaires pour comparer plus facilement les tarifs exercés, que le président de CDS Group illustre avec la solution Booking For Business. L’heure est donc à la négociation avec les hôteliers, notamment à l’approche des Jeux Olympiques de 2024.

  

Une demande très fortement soutenue par le Loisirs 

Philippe Mettey, Vice-président en charge des relations commerciales et marketing pour l’Europe chez Ascott, confirme que la demande du Loisirs reste soutenue et que cela impacte directement le marché du voyage d’affaires. « Néanmoins, nous sommes dans une démarche de fidélité envers nos clients et même si cette clientèle est moins importante que celle du Loisirs, elle reste essentielle et il est de notre devoir de collaborer de façon intelligente avec les entreprises », commente-t-il.

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En 2024, comme l’ont confirmé les intervenants de la précédente table ronde composée d’acheteurs et travel managers, les Jeux Olympiques sont une véritable source d’inquiétude. Si la période concernée n’est pas celle où l’on enregistre le plus de voyageurs d’affaires en activité, l’impact sur les prix hôteliers se fait d’ores et déjà ressentir, et pas uniquement dans les villes ou mois concernés. « Contrairement aux précédentes années post-covid, je pense qu’en 2024, les entreprises peuvent repartir sur des engagements volumétriques. Les partenaires hôteliers qui joueront le jeu lors du premier et second semestre sur la question des prix et disponibilités en sortiront gagnants. Il faut garder une vision sur le long terme », déclare Ziad Minkara. Ce que confirme Philippe Mettey, qui prône de son côté la collaboration et la transparence de la part des hôteliers. Chez Booking, la tendance de recherche en 2024 pour la France, notamment Paris, est particulièrement élevée en provenance de l’Amérique (+300%) et de l’Asie. Si le marché domestique devrait continuer sa hausse, elle sera beaucoup moins importante que celle du marché international, précise Vanessa Heydorff, directrice générale de Booking.com.

Une taxe de séjour de +200% en IDF depuis le 1er janvier 2024

A cela s’ajoute la problématique, soulevée plusieurs fois lors des échanges, d’une hausse qui s’ajoute à l’augmentation de la taxe de séjour de l’ordre de 200% appliquée depuis le 1er janvier 2024 en Ile-de-France. Une aberration pour l’ensemble des intervenants, qui se répercute directement sur le prix final et donc, le budget entreprise alloué à l’hébergement.

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Chez Ascott, le vote de cette taxe a été vécu comme une injustice et Philippe Mettey déplore que les hôteliers n’aient pas été entendus. « Le montant est malheureusement trop important pour que nous l’absorbions à 100% donc oui, cela va se répercuter sur nos clients finaux », admet-t-il. Si cette dernière a été présentée comme « temporaire » pour contrer l’effet JO, Vanguelis Panayotis, doute fort qu’elle soit retirée par la suite et redoute un effet de régulation du tourisme pour la ville de Paris, à l’image d’Amsterdam. Selon Ziad Minkara, l’augmentation des prix hôteliers en 2024 devrait avoisiner les 5%, mais des contrastes existeront en France en fonction des villes.

La RSE reste un critère essentiel 

Enfin, les enjeux RSE continueront d’être au cœur des préoccupations chez les entreprises et les hôteliers n’ont plus d’autre choix que de suivre le mouvement. Comme le rapporte Vanessa Heydorff, une étude de Booking révèle que 63% des hôteliers investissent déjà ou souhaitent le faire dans une offre plus durable. Un investissement conséquent pour les professionnels du secteur, notamment pour les indépendants, qui doivent de plus en plus répondre à des critères RSE précis pour être référencés dans le catalogue de certaines entreprises. Le président de MKG Consulting conclut : « La RSE n’est plus un critère différenciant pour les hôteliers, mais pénalisant si aucune mesure ou action n’est mise en place aujourd’hui ».

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