Que veut donc nous dire Qatar Airways ?

"On est vacciné-euh-pas-toi !"

La période est exceptionnellement difficile pour les compagnies aériennes et, magnanime, on va mettre sur le compte de cette fébrilité induite le malheureux communiqué de presse diffusé hier par Qatar Airways (malgré les mises en garde de leur agence de communication en France).

Dans ce fringant communiqué, donc, on apprend que la compagnie qatarienne "continue de mener la reprise de l’aviation internationale en opérant ce jour (le 6 avril, ndr) le tout premier vol au monde avec 100% de passagers vaccinés contre la COVID-19 (au) départ de l’aéroport international Hamad".

Fully vaccinated

On précise plus concrètement que le vol en question "a accueilli exclusivement à son bord des passagers et un équipage vaccinés. De même, l’enregistrement a été réalisé par un personnel au sol également vacciné."

Que veut donc prouver Qatar Airways en envoyant un tel message ? Que la stratégie vaccinale de Doha permet au personnel de Qatar Airways d'être vacciné et que c'est - au moins partiellement - fait ? Pourquoi pas.

Boomerang

Mais pourquoi, dès lors, communiquer en outre sur la vaccination des passagers à bord ? Pour faire la promotion de l'efficacité de la campagne de vaccination de l'émirat ? Mais est-ce bien là le problème des clients potentiels de la compagnie ? Et le gouvernement qatarien ne dispose-t-il pas de son propre service de communication pour faire ce job ?...

Ou alors, si l'on considère que chaque entité portée de près ou de loin, à bras-le-corps ou à bout de bras, par l'Etat qatarien est un instrument de communication de celui-ci, outre Qatar Airways, il y a le PSG, peut-être le premier groupement humain - bien avant Israël ! - en phase d'aboutir à l'immunité collective complète. Et pas grâce à la vaccination... Comme quoi, un avion peut parfois ressembler à un boomerang.

Compensation

Plus sérieusement, pour aboutir à ce résultat, la compagnie qatarienne a-t-elle dû refuser des passagers non vaccinés, se substituant au législateur et outre-passant ce qu'il dit (au Qatar mais aussi dans 100% des pays du monde) ? Il semblerait que non, tout aurait été "arrangé en amont", d'après l'agence de communication française en charge de la compagnie.

Et on les croit sans peine puisque ce vol QR6421 partait de Doha pour faire une jolie boucle de 3 heures pour atterrir à... Doha. Que voilà du kérozène utilement brûlé ! Heureusement, on nous précise : "L’ensemble des émissions carbone de ce vol sont compensées, conformément aux engagements de la compagnie en matière de réduction de son empreinte sur l’environnement." On est rassuré.

Andy Warhol

Un vol de communication, donc. Mais quelle piteuse communication, surtout quand elle déborde de la péninsule pour se répandre sur le vieux continent où les doses de vaccin font cruellement défaut, où les politiques vaccinales sont catégorielles : un bouchon de champagne qu'on fait péter en célébration de la discrimination sanitaire ! Santé !

En fin de communiqué, on nous précise que "les passagers ont également pu profiter du service Super WiFi à bord et retransmettre en direct l'expérience historique qu’ils ont vécue." Et on retrouve donc des dizaines de clichés on board, postés sur les réseaux sociaux, montrant des passagers (masqués ! WTF!?!?) arborant leur certificat "World's First Fully Vaccinated Flight" (notre photo). Une hallucinante illustration de ce phénomène que même Andy Warhol n'avait pas anticipé : le quart d'heure de salubrité.