Retour du B737 Max : la confiance n’est pas au rendez-vous

Vingt mois après son immobilisation à la suite de deux accidents mortels, l’administration fédérale américaine de l’aviation (FAA) a dégagé la voie pour que le Boeing 737 Max puisse voler à nouveau dès le mois de décembre. De son côté, l’agence européenne de sécurité aérienne (Aesa) prévoit un retour de l’appareil dans le ciel européen à partir de janvier 2021. Pour les compagnies aériennes qui exploiteront le MAX, cela crée un problème complexe : comment vont-elles s’y prendre si un voyageur a peur de monter à bord ?

Commandé en grande quantité lors de son lancement, le 737 Max avait provoqué l’enthousiasme de nombreuses compagnies aériennes. Et sur le papier, il y avait de quoi être optimiste quant à l’avenir de cet appareil. La version de quatrième génération du 737 offre d’énormes améliorations en termes d’efficacité, en consommant 14 % de carburant en moins que la génération précédente. Ses nouveaux moteurs efficaces offrent également 40 % de bruit en moins au sol et une conduite plus silencieuse pour ceux qui se trouvent dans le cockpit.

Tout semblait donc bien engagé pour cet avion jusqu’au 29 octobre 2018, lorsque le vol Lion Air 610 s’est écrasé dans la mer de Java peu après son décollage. Puis, le 10 mars 2019, le vol 302 d’Ethiopian Airlines s’est écrasé juste six minutes après son décollage. Les similitudes entre les accidents paraissaient évidentes, mais avant que la cause finale ne soit déterminée, la pression mondiale a conduit à l’immobilisation de l’appareil.

Bien que les pilotes aient été initialement mis en cause pour les accidents, il est vite devenu évident que l’automatisation de l’avion était en grande partie responsable. Cette révélation a mis les voyageurs mal à l’aise, et à mesure que les mauvaises nouvelles s’accumulaient, la croyance que le MAX n’était pas sûr est devenue omniprésente dans l’esprit des voyageurs.

Pourtant, le Max été si minutieusement examiné par les régulateurs et retravaillé par Boeing qu’il devrait être considéré comme incroyablement sûr. Des exigences supplémentaires en matière de formation des pilotes devraient contribuer à insuffler encore plus de confiance dans l’avion, mais il est difficile d’éliminer le sentiment de peur que beaucoup de voyageurs rencontreront à court terme.

La rumeur dit que Boeing envisageait de donner une nouveau nom au MAX afin de couper le lien avec le passé trouble de l’avion, mais cela ne semble pas figurer sur la liste des modifications. Au début de l’année, le PDG de Boeing, Dave Calhoun, avait clairement indiqué « qu’un changement de nom serait idiot. » Une réponse en écho aux déclarations du président Donald Trump qui estimait qu’il suffisait de débaptiser l’appareil pour rétablir la confiance des voyageurs.

Les compagnies aériennes semblent également accepter l’idée que couper le lien avec le passé est une mauvaise idée pour renforcer la confiance des clients. Tous les opérateurs basés aux États-Unis ont clairement indiqué qu’ils veilleront à ce que le client sache qu’il volera avec un MAX, dans l’intérêt de la transparence.

American Airlines qui avait reçu 24 appareils MAX avant l’immobilisation au sol, et qui doit en recevoir 10 autres avant la fin de l’année, sera le premier transporteur à remettre l’avion en service commercial régulier avec un vol quotidien entre Miami et New York/LaGuardia à partir du 29 décembre.

Si un voyageur ne veut pas prendre l’avion, un porte-parole de la compagnie aérienne a expliqué succinctement la stratégie de la compagnie : « transparence et flexibilité. »  Lorsque les voyageurs recherchent des réservations sur le site web d’American, ils voient quel est l’avion prévu pour chaque vol. S’il s’agit d’un MAX, il sera clairement affiché comme tel. Et pour ceux qui refuseront de monter à bord, il y aura une certaine souplesse pour permettre des changements gratuits.

Les autres grosses compagnies américaines (Southwest, United, Alaska…) procéderont de la même façon et promettent des modifications de billet sans frais ou encore des remboursements. Toutes ces politiques d’exception seront temporaires, et s’appliqueront « immédiatement.« 

Au niveau international, le Max doit encore obtenir l’approbation d’autres régulateurs pour pouvoir voler à nouveau. L’Agence européenne de la sécurité aérienne a confirmé qu’elle ne devrait pas autoriser son retour avant le début de 2021.

Pour sa part, la compagnie aérienne à bas prix Ryanair, l’une des plus importantes d’Europe, a déclaré qu’elle n’informerait pas ses clients s’ils doivent voyager sur l’un de ses 737 Max, car les avions ne sont affectés qu’un jour avant le vol.

Lorsque le Max sera de nouveau en service et que les voyageurs verront l’avion voler en toute sécurité jour après jour, l’espoir est que la peur s’estompera et que la plupart des gens pourront à nouveau oublier dans quel avion ils sont, comme c’était le cas auparavant.