Du télétravail au voyage d’affaires, le management de la confiance…

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Et si on repensait le monde du travail de demain ? Tel était le thème de deux récentes interventions de la philosophe Julia de Funès.

Auteure et conférencière, Julia de Funès combat les idées reçues dans le monde de l’entreprise. Un univers qu’elle connait bien pour y avoir officié pendant dix ans. Invitée à intervenir en avril lors de l’EVP organisé par Amex GBT, et la semaine dernière dans le cadre d’un webinar Webikeo, elle partage avec brio son expertise et sa vision des évolutions du monde du travail. Les concepts à ses yeux importants sont l’autonomie, la question du sens et la prise de risque. Elle se montre en revanche très sceptique sur les notions de bien-être dans le cadre professionnel.

Julia de Funès interpelle notamment sur la notion de “management de la confiance” propre au télétravail, que l’on pourrait associer au travail à distance au sens large, y compris aux voyages d’affaires. “La confiance est un pari sur l’inconnu, avec ses incertitudes et une part de prise de risques. On parie sur l’autre et sur soi-même (…) Nous n’avons plus le collaborateur sous les yeux en permanence. Nous sommes donc obligés de lui faire confiance ».

L’intervention de Julia de Funès lors d’un webinar Webikeo

Or, la confiance est “opposée à la transparence” et “exclut totalement le contrôle” explique-t-elle. Et d’ajouter que “les moments de contrôle sont légitimes mais doivent alterner avec les moments de confiance, elles ne peuvent pas être concomitantes”. Julia de Funès note aussi que la confiance est “très rentable”. La personne qui fait l’objet de cette confiance se sent en effet investie par celle-ci, va vouloir se monter digne de cette forme de reconnaissance de son autonomie. La confiance est donc “performative”. Les études le confirment : les gens ne travaillent pas moins ni moins bien en télétravail. La grande tendance semble donc d’aller vers cette autonomisation des collaborateurs, vers cette responsabilisation des personnes qui permet à ces dernières de se sentir actives de leurs vies.

Julia de Funès constate qu’il est bien sûr difficile pour les managers de s’inscrire dans ces évolutions, d’engager les collaborateurs dans une démarche collective quand les grandes autorités elles-mêmes n’arrivent plus à donner du sens à la vie des individus. “La seule solution que je vois aujourd’hui, c’est la ‘raison d’être’ d’une entreprise, qui rehausse les individus lorsqu’ils participent à une cause qui dépasse les objectifs purement corporate”.

La séduction et le leadership du manager peut néanmoins jouer un rôle moteur, poursuit-elle. “Mais ce n’est pas en faisant du management de promotion de ceux qui travaillent très bien, et en suivant des formations formatées afin d’avoir la posture managériale, qu’on arrive à avoir des managers charismatiques”. Lesquont s’inscrivent dans une forme d’authenticité et de vérité du message, aucunement dans une démarche visant à écraser les autres pour mieux exister.

Julia de Funès ne se montre pas toujours tendre non plus avec la notion de bienveillance. Se rassembler dans un château à la campagne n’aboutit à rien si l’on se contente de faire passer des messages qui se veulent positifs, souvent creux, sans oser confronter les uns aux autres: “La confrontation ce n’est pas le conflit. Il ne faut pas confondre bienveillance et complaisance. La vraie bienveillance c’est se contredire pour progresser”.