Distribution ferroviaire : la Renfe contrainte de partager ses contenus et données

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La Commission européenne contraint la Renfe à partager ses contenus et données avec les plateformes de distribution de billets concurrentes. Une « victoire majeure » pour ces dernières qui demandent une uniformisation du cadre législatif. 

En décembre dernier, la rédaction revenait sur l’association des plateformes Omio, Trainline et Kombo dans le but de demander une réglementation nationale pour une concurrence équitable dans la distribution des billets de train. A la suite de l’ouverture en avril 2023 d’une enquête formelle sur des soupçons d’abus de position dominante sur le marché espagnol, la Renfe se voit contrainte de partager ses contenus et données. La Commission européenne vient en effet de trancher et demande à la compagnie ferroviaire de prendre des engagements pour permettre aux acteurs indépendants de la distribution de billets de train d’adapter leurs offres et établir ainsi une meilleure concurrence. Renfe s’engage ainsi à : 

  • mettre à la disposition des plateformes de billetterie tierces, indépendamment des canaux qu’elles utilisent pour accéder au contenu et aux données en temps réel de Renfe, l’intégralité du contenu et des données en temps réel actuels et futurs affichés sur n’importe lequel de ses propres canaux en ligne. L’engagement de Renfe sera donc dynamique et ne se limitera pas au contenu ou aux données en temps réel déjà fournis par Renfe par l’intermédiaire de ses propres canaux en ligne;
  • mettre à disposition l’intégralité de son contenu ou de ses données en temps réel actuels au plus tard le 29 février 2024, à quelques exceptions près. Ces exceptions concernent le contenu et les données en temps réel pour lesquels Renfe est tenue de lancer une procédure d’appel d’offres pour accorder l’accès;
  • imposer aux plateformes de billetterie tierces un taux de conversion mensuel moyen maximal qui ne soit pas inférieur à 600, 200 ou 140, en fonction du nombre de demandes de disponibilité soumises par les plateformes.

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« L’accès aux mêmes données, tarifs, fonctionnalités et contenus que ceux proposés par les compagnies ferroviaires permettra au client de bénéficier d’un plus grand choix, d’une plus grande innovation et d’une plus grande valeur ajoutée », est-il indiqué à travers un communiqué. Jody Ford, PDG de Trainline ajoute : « Il s’agit d’une victoire claire et catégorique pour les clients espagnols et européens du rail. Cette action décisive de la Commission européenne crée un précédent important pour le rail en Europe ». De son côté, Renfe s’engage à s’abstenir de « toute mesure technique ou commerciale inéquitable, déraisonnable ou discriminatoire qui empêcherait ou entraverait l’accès » à ses données en temps réel, souligne la Commission.

Rendre accessible le ferroviaire européen et uniformiser le cadre législatif 

Une décision qui ne concerne que Renfe et qui intervient 9 mois après le procès de la Deutsche Bahn, pour les mêmes raisons. Pour les distributeurs, l’objectif est d’avoir un accès total aux données des transporteurs afin de pouvoir le distribuer correctement et de proposer toutes les fonctionnalités, dont les échanges ou annulations. Si cette décision est importante pour le marché, elle résulte d’une plainte visant un transporteur individuel. La demande faite à la Commission européenne est d’aujourd’hui uniformiser le cadre législatif en la matière pour l’intégralité des acteurs, sans devoir passer par un jugement au cas par cas. Selon Eric Ritter, Président de VoyagExpert : « Ce qui est fondamental, est qu’on puisse donner accès aux voyageurs d’affaires à une offre ferroviaire dans toute l’Europe. Le ferroviaire doit être pensé et offert à l’échelle européenne et les compagnies doivent avoir la même volonté d’ouverture et la même maturité technologique (comme proposer le billet électronique par exemple ou l’échange en ligne) ».