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Chez Boeing, à Seattle, les soucis du 787 sont imputés à la guerre commerciale avec Airbus


En visite à Seattle il y a une semaine, j'ai pu rencontrer des collaborateurs de Boeing qui travaillent sur le site de l'avionneur américain, que ce soit dans la banlieue de Seattle ou à Everett. Tous restent persuadés que le 787 est un bel appareil mais beaucoup reconnaissent que la compétition avec Airbus explique sans doute la précipitation du constructeur d'outre-Atlantique à le mettre sur le marché.



"Vous savez", me dit Pierre* "Le 787 est un appareil abouti qui a besoin de temps pour se roder. Il est clair que nous sommes allés très vite pour le mettre en place au sein des flottes de nos clients. Le retour de bâton est difficile. En interne, on a le sentiment d'avoir fait à fond notre travail". Mais au delà de ce constat, beaucoup pensent que les défauts de jeunesse sont la signature de tout appareil innovant. "Je crois que nous avons enfin résolu le problème de l'emplacement des batteries", remarque Pierre qui reconnait que "L'avion pourrait connaître d'autres soucis mineurs en raison des matériaux utilisés. Même si, a priori, tous ont été testés et vérifiés en laboratoire". Et pourtant, dire que les batteries seraient le seul problème serait hâtif. " Nous avons tous lu dans la presse qu'il y aurait plus de 80 pannes encore non résolues sur le Dreamliner. C'est vrai que certains dysfonctionnements existent mais ils sont mineurs et seront réglés au fur et à mesure. Tous les nouveaux modèles connaissent ce type de soucis techniques".
Au delà des incidents que Boeing annonce "presque réglés", c'est la lutte entre l'Europe et les Etats Unis qui interrogent. "Boeing a toujours été très en avance sur la conception de ses appareils mais ces dernières années, nous constatons que les européens innovent et proposent des avions qui collent bien aux besoins d'économies des compagnies", reconnait Denis. Conséquences de ces interrogations, un grondement social dans les ateliers et les bureaux d'étude. La hausse spectaculaire du salaire annuel du patron de Boeing, les restrictions salariales et une diminution annoncée des embauches sont autant de sujets discutés au sein de l'entreprise. Pire, la crainte d'un accident avec le Dreamliner reste la peur majeure des salariés. "Il semblerait que l'on aurait pu avoir un grave souci avec ANA ou JAL", reconnaît Pierre, "Une catastrophe pour nous et toutes les équipes qui travaillent et ont travaillé sur l'appareil".
Ce 19 mars verra les premiers vols du 787 modifiés. Si les tests sont positifs, l'avion pourrait revoler à la fin avril, une fois les premières modifications apportées aux appareils en exploitation. Il reste que Boeing doit aujourd'hui poursuivre l'innovation. La concurrence avec l'A350 est évoquée fréquemment. "Nous avons le sentiment d'être dans une petite période de flottement", reconnait Pierre "Mais elle ne dure jamais, les ingénieurs de Boeing sont des champions". Autant dire qu'il y croit.

Marcel Lévy

* Les prénoms ont été changés, devoir de confidentialité oblige.

Lundi 18 Mars 2013


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