Air France: à peine né…, « Trust Together » est déjà torpillé

Acheteur et voyageur lassé par les grèves et énervé par les discours parfois lénifiants de la compagnie Air France, Pierre Lefranc (un nom d’emprunt pour garantir son anonymat) ne cache pas son humour à la lecture d’un tract de la CGT d’Air France ! Un coup de gueule que nous reproduisons ici, sous la responsabilité de son auteur. Mais partagez vous sa réflexion ? Dites-le nous.

Je suis agacé par les attitudes d’enfants gâtés incapables de regarder la réalité en face. Cette nouvelle journée d’actions en est un bel exemple. D’autant que politiquement, on se demande si la représentation nationale s’exprime dans les officines syndicales ou à l’Assemblée Nationale.

J’ai reçu, par un ami qui travaille chez AF, le texte d’un tract de la CGT publié ce lundi 12 septembre. Ce qu’il y a de bien dans notre pays, c’est qu’avoir des idées n’est pas gage de séduction. La preuve ? Chez Air France, la CGT s’est fendu d’un texte assez dur sur la vision prospective de Jean-Marc Janaillac. Pour la centrale, une fois passées les portes ouvertes comme le célèbre "La confiance ne se décrète pas, elle se gagne !", il n’y a rien de nouveau dans le plan à venir.

Expliquer un tract syndical, c’est se pencher sur la dialectique sociale, en vigueur depuis les années 50 et chère aux partis politiques de l’Est, aveuglés alors par un collectivisme qui n’a finalement bénéficié qu’à une petite nomenklatura. On le sait tous, la meilleure défense c’est l’attaque. Maxime appliquée à la lettre par les syndicats d’Air France, toutes catégories confondues, A chaque proposition, on voit fleurir les critiques. La CGT ne faillit pas à la règle en expliquant que "Chaque nouveau PDG arrive avec un nouveau plan. Nous commençons malheureusement à avoir l'habitude des plans successifs de conduite du changement qui ne laissent rien de durable derrière eux en termes d’organisation du travail". Et de tiquer : "En revanche, nous ne comprenons toujours pas cette manie de donner un nom anglais à un plan stratégique d’une compagnie aérienne française… ". Et oui on aurait pu choisir ou "traine patin à l’attaque" ou "on se sort les doigts du C…"». Vous imaginez leur colère. Et ils auraient eu raison, c’était une insulte grossière.

Mais la centrale syndicale est réaliste: "Sans vouloir jouer les briseurs d’ambiance, la confiance sera‐t‐elle son but principal ou mettra‐t‐il l’accent encore une fois sur la réduction des « coûts » des salarié(e)s Air France ?. Bonne question, mais quelle que soit la réponse, pas certain que la réponse plaise aux instances syndicales. Quel est le constat : que les patrons ne sont pas sympas. Jugez plutôt : on reproche à de Juniac "des méthodes de management et une personnalité qui ont braqué la quasi-totalité des acteurs de l’entreprise, une façon abjecte d’opposer les catégories de personnels qui a créé beaucoup de divisions internes (notamment pendant les mouvements de grève)". Pauvres poussins, méchant de Juniac, méchant !

Et puis d’un coup tout s’éclaire, la CGT a des infos, des vrais: "Ajoutons à ce cocktail social imbuvable un déficit de confiance des investisseurs et des marchés financiers qui, eux, seraient plutôt partisans d’un véritable choc social pour faire d’Air France/KLM une machine à produire du cash et des dividendes, en bref une vache à lait financière comme les compagnies low‐cost". Impensable ! Que l’on puisse gagner de l’argent… Pouah, c’est obscène, non ?

Si j’en crois la CGT, prompt à analyser les marchés, "Pour restaurer la confiance, il faut trois ingrédients : du temps, de la volonté et des actes. S’il manque l’un des trois, la « mayonnaise sociale » ne prendra pas, avec toutes les conséquences que cela génère : conflits des pilotes en septembre 2014 puis juin 2016, conflit des PNC de juillet/août 2016, conflits au sol, notamment sur le Hub et dans certaines escales de province". En clair, "c’est pas note faute, on nous a provoqué". On doit bien rigoler chez Emirates !

Ce qu’il y a de drôle dans ce texte, ce sont les poncifs répétitifs : "Depuis 2012, la lessiveuse Transform a « essoré » les salariés et généré la perte de milliers d’emplois. Le futur plan marquera‐t‐il une rupture avec cette casse sociale ?" ou "Chacun, chacune dans l’entreprise connait l’importance qu’accorde la CGT au triptyque Emplois/Salaires/Conditions de travail. Celui‐ci a été foulé aux pieds depuis 2012. Il est temps de relancer ces sujets afin que les salarié(e)s d’Air France aient les moyens d’alimenter l’économie française par leur pouvoir d’achat et leur consommation". Ou encore: "Aujourd'hui, on a détruit le capital humain, pour quels résultats ?".

Pour rassurer les adhérents, la CGT appuie sur tous les boutons du "Nous vous avons compris". Et magnanime d’affirmer: "Pour autant, nous laissons le nouveau PDG travailler sur son projet et mesurerons attentivement sa prise en compte de nos revendications". Autant dire que c’est cuit ?

Et enfin, en observateur averti, le syndicat y va de ses conseils : "Air France doit chercher la croissance dans un monde aérien qui bouge vite mais qui croît continuellement. Elle doit également chercher la croissance du pouvoir économique de ses salarié(e)s". Non ce n’est pas du Karl Max et vous remarquerez que le pouvoir économique du salarié prime sur les bénéfices ! Sans doute que le syndicat reste persuadé que les revenus se fabriquent au sous-sol de Roissy ! Belle leçon d’économie du transport aérien.

Mais bonne nouvelle, la CGT l’écrit en gras : "Nous jugerons le projet porté par Monsieur Janaillac, en fonction de ses aspects stratégiques et de la prise en compte de nos revendications sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail".

Autant le dire les passagers on s’en tape, les clients on s’en fout… Ecrivez-nous par chèque et pour le reste, débrouillez-vous ! Avez-vous pensé, Monsieur les syndicalistes, aux emplois perdus que la chute d’Air France peut entraîner ? Êtes-vous conscients que l’exploitation d’AF coûte plus cher que celle de British ou Lufthansa ?

Si vous avez les moyens d’y laisser votre chemise, ce sera un juste retour des choses car ce qui est certain c’est que jamais vous ne pourrez écrire "Janaillac me l’a arrachée" !

PL


Le coup de gueule que nous reproduisons ici, sous la responsabilité de son auteur, n'engage en aucun cas la rédaction de DéplacementsPros.com.