Peut-on gagner sa vie dans l’événementiel ?

Vrai et vaste sujet à l’heure des réductions de budgets, des économies sur tous les postes, du low cost déguisé et des marges qui s’effritent.

Plaçons-nous tout d’abord du côté de l’agence en tant qu’entité morale. Une agence est une entreprise comme une autre qui obéit a des règles comptables et fiscales, qui a des frais de structures et des ratios de gestion permettant de définir en fonction de sa taille le fameux point mort.
Rappelons aussi la sacro-sainte définition de la marge brute (indicateur majeur des agences de communication) soit :
Mage Brute : Ventes de production – Achats de production.
On parle bien ici de tout ce qui fait l’opérationnel, ce qui exclut de fait les frais de structures, les frais administratifs et les salaires courants. Ainsi, il est communément admis qu’une agence pour survivre doit réaliser entre 25 et 35 % de Marge Brute a son bilan. Vrai en événementiel pur, encore plus vrai (mais compliqué) en événements à l’étranger ou voyages événementiels. Pour ce faire, il faut donc facturer ou dégager ce pourcentage en valeur ajoutée.
C’est là que cela devient compliqué, car aucun client achetant de l’événement ou du Mice n’est prêt à payer 25% d’honoraires. Et pourtant ! Admettons même que la transparence qui devrait être de mise aujourd’hui dans tout l’événementiel soit appliquée, les 25% ne passent pas ! Pour gagner sa vie, il faut donc vendre du temps, de l’expertise, de l’expérience, de la valeur ajoutée super ajoutée (et non pas ce que tout un chacun peut acheter sur internet).
Pour gagner sa vie, il peut être défini un taux horaire, il doit être banni le pourcentage sur achat qui n’exprime pas une réalité si ce n’est le risque financier.
Mais quand même, les temps sont durs. Chacun doit user de ses ruses, ses ventes additionnelles pour obtenir une rémunération décente. Tous les jours, les agences sont chahutées sur les prix, tous les jours, elles sont taxées de marges cachées. Mais oui, il fut un temps pas si lointain et encore bien ancré dans la mémoire des donneurs d’ordres où tout était possible ou les prix d’achats étaient multipliés par 2,3, 4…
On ne fait pas de fumée sans feu.
Ce temps n’existe plus, ce temps ne doit plus exister ! A chacun de définir et de valoriser son taux horaire ou quotidien, à chacun de définir ou valoriser combien peut valoir le concept créé ou la mise en scène imaginée (cela peut aussi se faire au temps passé). Alors, nous sommes quelques irréductibles à faire ce beau métier, à l’aimer, à tenter donc de gagner notre vie et faire vivre nos sociétés, embaucher, former, professionnaliser. Paradoxalement, les donneurs d’ordres demandent plus de compétences, souhaitent de la haute technologie dans les agences, nous incitent à embaucher des grandes écoles, bac + 5 etc… Ils devraient alors donner ces moyens aux agences qui seront justement les leur rendre en retour par une qualité de services et conseils plus affinée plus pointue et donc plus gagnante.
Là aussi, c’est donnant, donnant dans ce cercle que l’on souhaite le plus vertueux possible.

Plaçons, maintenant quelques instants du côté des salariés de l’événementiel et du Mice.
Nous le disons souvent aux étudiants des nombreuses filières événementielles qui voient le jour (ce métier (et ses partenaires prestataires) attire, fait rêver), on ne gagne pas bien sa vie en agence, on ne devient pas riche dans l’événement. La « richesse » est à trouver ailleurs, dans une valorisation personnelle et constructive. L’annonceur paie mieux (+15 à + 30%) et offre souvent une meilleure sécurité et plus d’avantages sociaux. Par contre très vite les ponts se font, les passerelles s’ouvrent… par contre très vite de nouveaux métiers, de nouvelles technologies offrent de nouvelles perspectives. Si l’on gagne peu sa vie (et cela s’améliore au fil des ans comme au fil de l’histoire), on gagne très vite cette belle vie faîte d’aventures humaines et relationnelles. N’oublions pas que le media événement est le media vivant par excellence.

Alors oui, on peut gagner sa vie dans l’événementiel et c’est la filière entière qui doit y contribuer. Car on ne comprendrait qu’un secteur d’activité pesant plus de 10 milliards d’euros ne puissent pas bénéficier à l’ensemble de ses acteurs.

Pour ma part, je suis fier de clamer que je gagne BIEN ma vie dans l’événementiel.

Serge TAPIA
Président de l'Association Française des Organisateurs d'événements

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