Le BT d’une crise à l’autre (2/8) : « Comment voyager alors qu’une nouvelle crise sanitaire est possible » (R. Addey, Sabre)

11 septembre 2001, Sras en 2003, tsunami en 2004, crise des subprimes en 2008, volcan islandais en 2010. Nombreuses sont les crises dont le business travel (BT) s’est relevé. Comment, dans celle que nous traversons actuellement, s’en inspirer ? Nous avons posé la question à des acteurs importants de l’industrie.

Pour le deuxième volet de cette série d’entretiens, Richard Addey, ancien grand business traveler, passé « de l’autre côté » il y a 5 ans en entrant chez Sabre où il occupe actuellement le poste de directeur régional UK-Irlande-Benelux.

Quel lien établissez-vous entre la crise actuelle et les précédentes ?

Richard Addey : Dans ce type de crises qui dépassent de loin l’industrie du voyage, on retrouve trois acteurs principaux : les entreprises elles-mêmes, pour qui la santé de leurs collaborateurs sera au cœur de leurs préoccupations. Bien sûr, nous allons subir un choc économique dont les entreprises vont souffrir et donc la dimension budgétaire va être une donnée essentielle mais je pense que la santé des collaborateurs primera. Il y a ensuite les Etats, dont les gouvernements sont chargés de mettre en place des mesures sanitaires, avec leur propre agenda, différent d’un pays à l’autre. Et enfin, les agences de voyages qui devront proposer des solutions nouvelles tenant compte des deux autres acteurs.

C’est ça, la conséquence directe de la crise sur le BT, la nécessité de nouvelles solutions…

Oui. De nouvelles solutions qui répondront à de nouvelles demandes. Mais aujourd’hui, ces nouvelles solutions sont plus que des réponses : elles sont des propositions. Sabre, comme plein d’autres acteurs du BT travaillent en think tank et sont en train de proposer un panel de solutions aux différents gouvernements qui n’ont pas forcément une conscience claire de ce qui est possible. L’une des responsabilités fondamentales qui incombent aux Etats, c’est d’établir des normes les plus harmonieuses possibles car, au niveau global, on ne pourra travailler que sur le dénominateur commun.

Les TMC ont donc un rôle central à jouer dans la sortie de crise…

Vu leur situation, entre mesures imposées par les Etats et travel policy des entreprises, vu leur force de proposition technologique, oui, forcément. Mais central ne veut pas dire exclusif. Par exemple, les compagnies aériennes innovent elles aussi pour respecter les normes sanitaires, pareil pour les hôteliers. C’est pourquoi les think tank auxquels nous participons regroupent tous les acteurs du BT – TMC, entreprises, fournisseurs. Et je peux vous dire que nos discussions sont fascinantes d’inventivité. C’est pourquoi je suis optimiste.

La technologie sera l’outil essentiel des réponses à ces nouvelles demandes…

Oui mais pas uniquement. Je peux donner deux exemples : le fait que les entreprises décident de prioriser la santé de leurs collaborateurs plutôt que le prix d’un billet d’avion, qu’elles décident qu’ils ne voyageront plus aux heures de pointe, ce n’est pas de la tech, c’est de la travel policy pure. Autre exemple : une solution de traçage a été mise en place à Singapour. Et parallèlement, en France, Edouard Philippe n’a même pas soumis au vote des députés l’utilisation du dispositif StopCovid… La technologie existe, la question est : ce qui est acceptable à Singapour l’est-il en France ? On sort de la tech pour entrer dans le culturel.

Demain, un traitement et un vaccin sont trouvés. Les normes perdurent-elles ?

Oui. Tout comme les attentats de 2001 ont modifié les normes en termes de sécurité, cette crise va modifier les normes sanitaires. Car ce sur quoi on travaille, ce qui va intéresser les entreprises, ce n’est pas uniquement comment faire voyager nos collaborateurs alors que la Covid-19 circule, mais comment les faire voyager alors qu’une nouvelle crise sanitaire peut advenir. Alors, en cas de vaccin, les mesures sanitaires seraient bien sûr allégées en termes de distanciation sociale ou de port du masque par exemple ; des problématiques qu’on va devoir gérer telles que des temps de check-in et check-out rallongés disparaîtraient partiellement… Mais désormais le plan duty of care comprendra une géolocalisation plus fine ou des logiciels de rapatriement.

Si vous deviez parier sur un changement fort qui bouleversera la routine d’un voyageur d’affaires…

Potentiellement, et je dirais même, à titre personnel, certainement, les TMC devront pouvoir dire à leurs entreprises clientes “Il faut, pour cette destination, fournir un passeport santé à votre collaborateur”, au même titre qu’elles disent aujourd’hui “Il lui faut un visa”. C’est en tout cas une demande émergente des gouvernements, un peu partout dans le monde, y compris en France, que cette mise en place d’une sorte de certificat de bonne santé, attestant qu’on a été testé par exemple – les modalités sont loin d’être définies. Donc demain, on voyagera peut-être avec un passeport santé.

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