Stratégie achat responsable : et si on se jetait enfin à l’eau ?

Christophe Drezet, directeur associé au sein d’EPSA GROUPE conseille les entreprises sur les tendances du moment. Dans cette tribune, il évoque l’opportunité que peut représenter la crise pour se mettre au vert.

Le temps du « greenwashing » est révolu. La vague verte observée lors des dernières élections municipales, qui a vu des villes comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg et bien d’autres basculer dans le giron écologique, est le dernier élément à date révélateur d’une véritable (r)évolution de la pensée collective.

En ce sens, la crise du Covid-19 constitue une véritable opportunité pour les entreprises. Pourquoi ? Car celles-ci sont déjà tenues de revoir leurs stratégies de sourcing, leurs politiques internes, toute la gestion de la mobilité de leurs collaborateurs, ceci afin de rassurer leurs voyageurs et remplir leurs obligations légales.

Un bref coup d’œil à notre actualité récente nous montre quelques signes annonciateurs d’une nouvelle ère pour notre industrie :

  • Des aides d’Etat aux compagnies aériennes conditionnées à l’adoption d’un certain nombre de mesures pour réduire les émissions de CO2 de leurs vols. Nous pourrons citer Air France qui est contraint de revoir complètement sa gestion du marché domestique pour notamment faire place nette au train sur les trajets de moins de 2h30. Et plusieurs voix s’élèvent pour demander à rallonger cette durée jusqu’à 4h30, ce qui notamment engloberait la ligne Paris – Toulouse ;
  • De nombreux acteurs, compagnies aériennes, loueurs, VTC, en difficulté, en faillite ou au plus mal financièrement ;
  • Des applications de réunions à distance dont l’utilisation a explosé ces derniers mois :
    • Microsoft Teams qui atteint les 75 millions d’utilisateurs quotidiens, en hausse de 70% par rapport au mois de mars ;
    • Zoom qui a multiplié par deux sa valeur en seulement quelques mois, avec une capitalisation boursière atteignant dorénavant les 38 milliards de dollars ;
  • Une nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail avec des critères différents pour choisir son entreprise : une étude de BFM Business évaluait à 92% la part de jeunes diplômés voulant travailler dans une entreprise en accord avec leurs valeurs et qui agit notamment au niveau social et environnemental ;
  • Enfin le résultat des dernières élections municipales dont je parlais en introduction, au cours desquelles les listes écologiques ont enregistré une progression jamais vue.

Dès lors, comment tirer profit de cette actualité alors que l’ensemble de nos forces sont tournées vers la survie de notre économie ? voici quelques pistes de réflexion qui, j’en suis persuadé, permettront aux entreprises qui en feront le pari, de se positionner dans quelques mois comme des pionniers d’un nouveau modèle vertueux de gestion des achats.

Mise en place d’une stratégie RSE

Le CO2 a jusqu’ici souvent accaparé l’attention des directions achats, soucieuses d’améliorer l’impact environnemental des déplacements des collaborateurs de leur entreprise. De gré ou de force, la « décarbonation » des déplacements professionnels sera une réalité à moyen terme. Aussi il est essentiel pour les entreprises de :

  • Sensibiliser les voyageurs: estimer et communiquer à chacun l’emprunte carbone de ses déplacements, créer un cercle vertueux de performance environnementale, mettre à disposition des indicateurs d’aide à la décision via les outils de réservation, développer, communiquer et encourager les alternatives aux voyages etc.
  • Réduire les émissions de CO2: rendre obligatoire l’utilisation de moyens de transport non/moins polluants sur certains axes, promouvoir l’utilisation des outils de visioconférence/téléprésence etc.
  • Compenser les émissions restantes: il est évident – et heureusement pour notre industrie – que certains déplacements demeureront. Aussi il est important de s’impliquer dans des projets et de soutenir des associations qui vous permettront de tendre vers le « 0 carbone ».

En parallèle de cette stratégie de décarbonation, je préconise également de profiter de cette crise pour revoir en profondeur votre stratégie de sourcing. Les stratégies courts-termistes axées uniquement sur le prix des prestations ont montré leurs limites. Il est urgent que nous revoyions nos critères de choix d’un prestataire et d’évaluation de sa performance à moyen et long terme. En ce sens, je trouve la tribune publiée dans Le Monde par Elvire Regnier-Lussier, ancienne directrice achat du groupe Avril, particulièrement inspirante (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/11/entreprises-il-faudra-un-changement-drastique-de-la-facon-de-sourcer-nos-fournisseurs_6032626_3232.html). Ce n’est que grâce à une approche TCO incluant des indicateurs RSE « SMART » notamment dans vos appels d’offres que vous pourrez bâtir une relation saine et durable avec vos partenaires et vous prévenir de toute mauvaise surprise.

Un bon point de départ sur ce dernier sujet est de se mettre en conformité avec la norme 20400 qui intègre à la fois les exigences de la loi Sapin 2 et celles de la loi sur le devoir de vigilance.

Adapter vos politiques voyages et événementiels

D’autre part, il est primordial pour les entreprises de s’adapter aux nouvelles attentes des voyageurs et aux contraintes potentielles qui émergent depuis le début de l’épidémie, en les intégrant dans leurs politiques voyages et événementielles.

Au niveau des actions à mettre en place, nous citerons pêle-mêles : intégrer les recommandations gouvernementales, gérer les ouvertures/fermetures des frontières, communiquer sur le DUER (Document unique d’évaluation des risques) mais aussi assurer la sécurité sanitaire et physique des collaborateurs et optimiser l’équilibre entre économies et bien-être du voyageur.

Pour adresser ces nouvelles problématiques et impulser une dynamique responsable, une refonte des politiques internes est indispensable.

Optimiser le suivi des indicateurs clés de performance grâce à une solution de reporting exhaustive, avec des données disponibles en temps réel.

Aujourd’hui plus encore qu’hier, la mise en place d’une solution de reporting est un incontournable de la reprise. Néanmoins, celle-ci ne doit plus simplement constater la dépense : elle doit permettre d’anticiper les évolutions pour assurer un pilotage efficace, notamment au niveau des économies. Au-delà des indicateurs classiques, cette plateforme dynamique et exhaustive sera enrichie d’indicateurs RSE, de sûreté et sanitaires.

En quelques mots, ce que je vous propose c’est d’anticiper pour ne pas subir. Prendre ce virage vertueux aujourd’hui, sans contrainte, permettra d’aborder sereinement et en leader les prochains défis à relever.

Alors, prêt à vous jeter à l’eau ?