Les amours difficiles du business travel et de l’innovation

Retour sur les Rencontres régionales Jancarthier qui se sont tenues le 11 mars à Marseille, et qui se sont attachées à tirer un bilan de la décennie écoulée et à dessiner une perspective sur les 10 années à venir.

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C’est vraisemblablement l’un des derniers événements du secteur du business travel avant le confinement. Le 11 mars dernier, au Sofitel de Marseille, les 1ères Rencontres régionales de Jancarthier ont eu lieu. L’idée de cet événement était d’organiser une journée de masterclass et de profiter de cette occasion pour que les professionnels de Paris et des territoires échangent. L’année 2020 est évidemment tronquée et le programme sera inévitablement modifié mais l’objectif est de proposer trois rendez-vous de cette nature par an, en rythme de croisière.

Outre l’organisateur, l’agence de voyages Jancarthier, trois intervenants ont proposé une déclinaison du thème « bilan et perspective ». Des étudiants de l’ESCAET (l’Ecole supérieure de commerce spécialisée dans le tourisme, les voyages et l’événementiel) sont revenus sur les innovations qui ont marqué la décennie 2010-2020 ; le cabinet de conseil en « Travel et expense », Axys Odyssey, s’est attelé au parcours d’un voyageur d’affaires en 2030 ; la plateforme de réservation hôtelière B2B HCorpo a, quant à elle, dessiné les tendances du voyage d’affaires des nouvelles générations.

Dichotomie

C’est l’innovation qui traversait l’ensemble de ces interventions. Nous avons demandé à Anthony Poirier, d’Axys Odyssey, et à Laëtitia Pairigoûas, de HCorpo de revenir sur cette journée du 11 mars et de nous parler de l’intégration de l’innovation dans le domaine du business travel (BT).  

Pour Anthony Poirier, « l’intégration de l’innovation dans le secteur du voyage leisure que dans le voyage d’affaires. Les fournisseurs proposent peu d’innovation car il y a peu d’adhésion de la part de leur client. C’est une sorte de cercle vicieux« . Ce décalage entre offre et demande tient notamment à la très forte dichotomie de profils d’entreprise du côté des clients et des fournisseurs.

Gamification

On a d’un côté des agences de voyage mastodonte qui, par inertie, ne saisissent pas les  opportunités d’innovation ou prennent leur décision après un délai de deux ou trois ans. Et de l’autre, des fournisseurs innovants, généralement des startups, pour qui de tels délais sont intenables en termes de trésorerie. D’où un nombre de faillite important chez ces jeunes acteurs. « La gamification (la gratification de l’utilisateur en fonction de son respect de la politique voyage de son entreprise, par exemple, ndr), explique Anthony Poirier, est apparue sur le marché, en termes d’offres, il y a quelque 5 années. Elle n’a pas trouvé preneur« .

Pourtant, la gamification, pour reprendre cet exemple, est aujourd’hui, d’après Laëtitia Pairigoûas, « l’une des grandes tendances qui trouvent de l’appétence chez les générations Y et Z (nées respectivement dans les années 90 et 2000, ndr) ». En conséquence, une demande accrue de la part des clients, soit, si l’on s’en tient au témoignage d’Anthony Poirier, cinq ans après l’irruption de l’offre : une illustration de l’équilibre à trouver entre innovation et maturité du marché. D’ailleurs, Anthony Poirier précise que dans sa description du parcours d’une voyageuse d’affaires en 2030, telle que faites aux Rencontres, « la plupart des solutions qu’elle utilise existent déjà (à des degrés d’aboutissement divers) mais soit dans un autre contexte que le BT, soit d’une manière disparate, non agrégée par un même fournisseur.« 

Evolution, révolution

Chez HCorpo, on parle d’ « innovations évolutives » qu’on différencie des « innovations de rupture« . En réalité, cette distinction recoupe celles de la demande et de l’offre : l’évolutive correspond à la réponse apportée à une demande du client, quand la disruptive relève de l’initiative de HCorpo.

Dans le premier cas, le client est associé à tout le processus d’innovation et, pour HCorpo, le retour sur investissement est naturellement quasi assuré. Dans le deuxième, même si des clients de HCorpo sont sponsors de tels ou tels développements confiés au HCorpo Lab (la structure dédiée à ce type d’innovations), le risque est plus grand. Mais au cas où la démarche aboutit, bingo ! Car l’innovation, propriété de HCorpo, a toutes les chances d’être unique sur le marché.

Talents

Chez HCorpo, cette organisation pointue dans le domaine de l’innovation répond à un défi de taille : alors que la plateforme a été rachetée en octobre 2017 par Accor, l’objectif est de garder l’agilité de la startup qu’elle fut, tout en appartenant à un groupe du CAC 40. Pour contrebalancer cette difficulté, deux gros avantages : une force de frappe accrue en termes de R&D et des reins plus solides pour se lancer dans des innovations qui ne trouveront preneurs qu’à moyen terme.

Mais, si l’on en croit Anthony Poirier, il y a aujourd’hui, par l’émergence des nouvelles générations, une plus grande réactivité des clients par rapport à l’innovation, notamment dans le domaine de la RSE : « En trois mois, j’ai changé de discours. Je crois que ce n’est désormais plus un gadget marketing. Les clients, dans ce domaine, sont de plus en plus nombreux à vouloir aller au-delà de ce que leur imposent les réglementations, pour attirer et garder les talents« .