3 questions à… Philippe Biberson (International SOS) : « La Covid peut créer des angles morts sanitaires »

Directeur médical chez International SOS, Philippe Biberson souligne la nécessité d’une attention sanitaire qui ne doit pas se cantonner aux risques liés à la Covid. Parmi les risques à anticiper concernant la sécurité des voyageurs en 2021, vous en citez deux en relation directe avec la pandémie : l’ « infodémie » et « la focalisation sur la […]

Directeur médical chez International SOS, Philippe Biberson souligne la nécessité d'une attention sanitaire qui ne doit pas se cantonner aux risques liés à la Covid.

Parmi les risques à anticiper concernant la sécurité des voyageurs en 2021, vous en citez deux en relation directe avec la pandémie : l' "infodémie" et "la focalisation sur la Covid-19". De quoi s'agit-il ?

L'infodémie, c'est cette recrudescence d'informations concernant la pandémie. Certaines sont justes, d'autres sont fausses. Certaines sont scientifiquement éprouvées, sûres, d'autres ne sont que des hypothèses qui demandent à être confirmées ou infirmées etc. Cette masse d'informations, parfois contradictoires, crée un climat anxiogène qui vient s'ajouter à l'inquiétude bien légitime causée par le virus lui-même. En conséquence, la période est propice à l'instabilité psychologique. Dans ces circonstances, le rôle d'une organisation telle qu'International SOS est de délivrer l'information la plus juste et la plus à jour possible.

La focalisation sur la Covid-19 est bien sûr très compréhensible. Mais elle comporte un risque : par excès d'attention portée à la pandémie, on risque de créer des "angles morts". En dépit du caractère spectaculaire de la pandémie, il ne faut en effet pas perdre de vue que les plus grands risques sanitaires des collaborateurs restent les accidents cardio-vasculaires, les troubles psychiques. Et pour les voyageurs d'affaires, les accidents de transport et, en fonction de leurs destinations, les autres pandémies ou endémies, les maladies tropicales...

Jusqu'alors, on observe que les pays développés sont les plus exposés au virus. Est-ce que l'arrivée d'un vaccin va recréer les habituelles inégalités au détriment des pays les moins favorisés ?

Je ne le crois pas. La Banque mondiale et l'OMS ont mis en place des dispositifs dans lesquels les pays les plus riches abondent. Ce sont des milliards de dollars qui permettront de financer les vaccins des pays les plus pauvres. La distribution va constituer un autre défi, quel que soit le pays. Mais il est vrai que certains pays pauvres rencontreront des difficultés d'acheminement surtout si l'on considère les contraintes de conservation du vaccin. Mais dans les pays pauvres, on a une expérience des vaccinations de masse. Dans les années 1990-2000, on y a pratiquement éradiqué la poliomyélite... J'ai bien dit "pratiquement", pas totalement : il faudra refaire ce qu'on a bien fait et corriger les insuffisances.

Le dernier défi concernant le vaccin, c'est de convaincre qu'il est nécessaire de se faire vacciner. Et là encore, la solution sera de tenir un discours clair, de vérité : le vaccin sera efficace et se faire vacciner ne comportera pas des risques globalement, pourtant sur la quantité de personnes vaccinées, il y aura des cas de complications... Mais les conséquences d'une non vaccination seraient infiniment plus grave : pour le virus, il existe un "réservoir" correspondant à au moins 98 % de l'humanité soit, potentiellement, des dizaines de millions de morts.

Cette pandémie revêt-elle un caractère pédagogique dans la prévention des risques sanitaires ?

Il suffit de prendre le métro pour s'apercevoir que le niveau d'intelligence sanitaire a été considérablement accru ces derniers mois. Ce qui est vrai au niveau individuel l'est aussi au niveau de l'entreprise : les organisations ont pris encore davantage conscience de leur devoir de protection, de la nécessité d'une communication efficace et informative pour créer un sentiment de sécurité chez leurs collaborateurs... Et cette meilleure compréhension bénéficiera enfin aux gouvernements en cas de nouvelle crise. Au global, cette pandémie est un exercice d'alerte grandeur nature qui nous place dans une situation d'humilité, où l'on cherche à comprendre pour répondre au mieux.