Trafic aérien : quels sont les aéroports les plus touchés par la crise ?

Trafic aérien : quels sont les aéroports les plus touchés par la crise ?

Dans l'aérien, la reprise est là, la communication aussi. Nous avons comparé deux clichés du trafic d'une quarantaine d'aéroports à travers le monde : celui d'aujourd'hui et celui d'il y a deux ans.

"Être optimiste est un devoir moral", proclamait Karl Popper. C'est certainement à cette noble assertion que se plient un grand nombre d'acteurs de l'aérien quant à la reprise tant attendue. "Être factuelle est une exigence de l'information", pourrait-on rétorquer.

Alors venons-en aux faits. Rien de plus facile concernant le trafic aéroportuaire : un certain nombre de sites nous proposent une photographie dynamique, en temps réel, des départs et arrivées de tous les aéroports mondiaux. Et permettent même de comparer cette fréquentation avec des périodes antérieures.

Nous avons donc consulté le trafic d'une quarantaine d'aéroports à travers le monde ce jeudi 1er juillet 2021 et l'avons comparé avec celui constaté durant la même semaine de 2019.

L'Europe

Aéroport
Variation vs 2019
Roissy -57%
Orly -45%
Lyon -49%
Nice -36%
Nantes -53%
Londres Gatwick -91%
Londres Heathrow -66%
Berlin Brandebourg +16%
Berlin Tegel -99%
Madrid -51%
Milan -45%
Vienne -56%
Amsterdam -49%
Moscou Sheremetyevo -30%
Moscou Domodedovo -9%

 

Alors que la fréquentation des aéroports européens a chuté de 70 à 90% entre 2019 et une année 2020 lissée, on constate qu'une moyenne de 50% du trafic correspond bien, pour les aéroports européens, à une reprise... Mais elle se fait plutôt en pente douce. Ne pas surinterpréter quelques effets en trompe-l'œil dus à des phénomènes de vase communicants d'un aéroport à l'autre. Le cas le plus spectaculaire concerne Berlin : le transfert de vols habituellement à Tegel gonfle artificiellement le trafic de Brandebourg... jusqu'à le rendre supérieur à 2019.

A noter qu'en dépit des mesures contraignantes imposées aux trajets internationaux en provenance et à destination de la Russie, ce sont les aéroports moscovites qui s'en sortent le mieux, atteignant même, pour Domodedovo un score proche de 2019 (-9%). C'est vraisemblablement dû au poids des vols domestiques dans ce pays XXL et moins ouvert à l'étranger que les autres pays européens. 

Ce sont certainement, aussi, les vols domestiques et leur problématique alternative "train" en provenance ou à destination de Paris qui explique la moins mauvaise performance de Nice (-36%) par rapport à Nantes ou Lyon (environ -50%). 

Le Moyen-Orient

Aéroport
Variation vs 2019
Tel Aviv -53%
Istambul -49%
Dubaï -49%

 

Le cas d'Israël confirme que de bonnes conditions sanitaires nationales ne peuvent avoir un impact positif sur l'aérien qu'à condition qu'il en soit de même pour les pays pourvoyeurs de passagers... A moins que les trajets domestiques prennent le relai, ce qui ne saurait être le cas pour un pays de 22.000 km².

La même remarque pourrait être faite pour les pays du Golfe qui, en outre, souffrent en tant que hubs internationaux. Cette dernière caractéristique est aussi valable pour Istanbul. Ainsi, les aéroports de la capitale turque, de Tel Aviv et de Dubaï voient-ils leur trafic affecté à des étiages comparables à l'Europe.

L'Asie

Aéroport
Variation vs 2019
Pekin Capitale -50%
Shanghai Pudong -23%
Shanghai Hongqiao -14%
Séoul -66%
Tokyo Haneda -49%
Osaka Kansaï -73%
New Dehli -52%

 

La Chine diffuse un discours triomphal sur la reprise de son trafic aérien, par la grâce de ses trajets domestiques. On voit que la communication le cède volontiers à la propagande : un aéroport comme celui de Pékin Capitale souffre autant qu'un aéroport européen. Mais il est vrai que plus l'aéroport opère des lignes domestiques, plus les niveaux de 2019 sont proches. Ainsi Shanghai Pudong (-23%) ou davantage encore Shanghai Hongqiao (-14%).

Globalement, en Asie comme ailleurs, plus l'aéroport s'assimile à un hub international, plus il est affecté; plus il est une destination finale (ce qui n'est pas antagoniste), moins grave est la chute de son trafic. A titre d'illustration, Tokyo Haneda (-49%) s'en sort moins mal que Osaka Kansaï (-73%).

Le cas de New Dehli apparaît comme un miroir inversé de Tel Aviv Ben Gourion. Pour ces aéroports indien et israélien, une fréquentation d'environ 50% de 2019, alors que la situation sanitaire y est diamétralement opposée. La compensation tient évidemment à la taille du pays et conséquemment à l'importance de ses vols intérieurs.

L'Amérique du Nord

Aéroport
Variation vs 2019
New York JFK -34%
New York La Guardia -54%
Chicago -24%
Los Angeles -24%
San Francisco -47%
Huntsville -9%
Sacramento -17%
Louisville +2%
Toronto -77%
Montréal -70%
Vancouver -67%

 

Les Etats-Unis aussi bénéficient d'un trafic domestique bien reparti. Nombreux sont les aéroports qui accusent une baisse d'un quart, soit deux fois moins que la moyenne européenne. Et cette compensation domestique est quasi totale pour les aéroports desservant des destinations étatsuniennes. 

Le Canada est, à bien des égards, comparable aux Etats-Unis. Mais une différence majeure distingue les deux pays : un population de 10 pour celui-ci, de 1 pour celui-là. Dès lors, le marché aérien n'en est que plus dépendant des voyageurs étrangers. Or, les frontières canadiennes sont aujourd'hui bien peu perméables. Résultat : les aéroports canadiens sont les plus affectés de la zone OCDE : autour de -70%.

L'aviation d'affaires

Aéroport
Variation vs 2019
Le Bourget +5%
Mandelieu +120%
Teterboro (New Jersey) -14%
L.A. Van Nuys +47%
Londres Farnborough -18%

 

Sans surprise, la crise sanitaire profite à l'aviation d'affaires. Nous avons volontairement sélectionné des aéroports dédiées exclusivement à ce type de trafic et les chiffres sont éloquents, tant en Europe qu'aux Etats-Unis.