International SOS : “En Israël, les affaires continuent, d’où notre utilité !”

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International SOS : “En Israël, les affaires continuent, d’où notre utilité !”
Tel Aviv, y aller ou pas ?

Dans le contexte tendu du Proche-Orient, qu'en dit International SOS aux entreprises ? Beatrix Renaut, regional security manager, nous répond...

Nous sommes abreuvés d’analyses prospectives sur la situation au Proche-Orient, par la grâce, notamment, des médias d’information continue. Elles ne peuvent s’assimiler qu’à des conjectures, trop liées qu’elles sont à la nature et l’intensité de la riposte israélienne à l’attaque iranienne du 13 avril - dont les plus brillants analystes ne savent absolument rien. C’est pourquoi, à l’occasion de cet entretien avec Beatrix Renaut, nous nous en tenons aux recommandations qu’International SOS prodigue à ses clients, et aux moyens mis en œuvre pour les aider à assurer la continuité de leur activité dans cette région du monde…

Faisons cependant un point rapide sur la situation… 

Beatrix Renaut : C’est vrai que nous sommes suspendus à la nature de la riposte d’Israël, et c’est d’ailleurs assez frustrant. Ce que nous pouvons en dire aujourd’hui… Israël a été en état d’alerte dans la nuit du 13 au 14 avril mais la situation s’est finalement très rapidement normalisée : les restrictions concernant les rassemblements, l’ouverture des établissements scolaires ou l’ouverture de l’espace aérien ont été levées dès le début de semaine, plus rapidement que prévu. D’autre part, selon certaines sources rapportées aujourd’hui (jeudi 18 avril, ndr), la riposte israélienne ne devrait pas avoir lieu avant le 30 avril, fin de la Pâque juive (qui débute le 22 avril et dure 8 jours, ndr). Nous ne sommes pas dans le secret du cabinet de guerre israélien, comme vous l’avez très justement mentionné, mais la riposte pourrait combiner différents scénarios : un ciblage d’infrastructures et de groupes armés pro-iraniens en Syrie, au Liban, ou en Irak (hypothèse assez haute), des actions clandestines sur le sol iranien (sabotage, cyberattaque)... jusqu’à des frappes sur le sol iranien. Cette dernière option est pour l’heure l’option la plus faible, elle serait celle qui pourrait provoquer un embrasement régional.

Que dites-vous, aujourd’hui, aux entreprises désireuses d’envoyer leurs collaborateurs en Israël ?

Un retour en arrière : au lendemain du 7 octobre (l’attaque du Hamas sur le sol israélien, ndr), on a conseillé des restrictions de voyage vers Israël qui ont été ajustées à la baisse au bout de quelques semaines. Depuis, et malgré l’attaque iranienne, l’évaluation du risque sécuritaire d’Israël est de 3 sur une échelle de 5 (de 1 (insignifiant) à 5 (extrême)). De la même manière qu’on évalue les risques sécuritaires d’un pays, on donne un niveau d’évacuation, c’est-à-dire : qui doit être évacué du pays si on enclenche le processus. Après le 7 octobre, ce niveau d’évacuation a été placé à 4 : évacuation des personnes non essentielles, c’est toujours le cas aujourd’hui. Concrètement, si une entreprise veut envoyer aujourd’hui des collaborateurs en Israël… Première chose : bien réfléchir au caractère essentiel du voyage. Si les déplacements sont effectivement essentiels, on évalue les risques d’une façon plus fine : par exemple, quelle destination exactement ? Tel Aviv ? Haïfa ? Jérusalem ? Sud ou nord du pays ? Ensuite, un volet formation, qui me paraît capital - ne serait-ce qu’en vertu du devoir de protection de l’entreprise - est mis en place. Parallèlement, on établit avec les security managers de l’entreprise des plans de contingence.

Des “plans de contingences”, ce sont les plans d”évacuation ?

Non, c’est plus large. Les plans de contingence recouvrent toute la stratégie de prévention et de gestion des risques, ce qui comprend le plan d’évacuation. Celui-ci est nécessaire mais lorsqu’on l’enclenche, on est déjà en réponse à une crise, donc autant éviter d’en arriver là. Donc, en amont, formation et information tout au long de la mission. Pour la formation en amont, les sujets sont très concrets, par exemple : “La sirène d’alerte “bombardement” se déclenche, que dois-je faire ?”. En outre, on met en place les protections adéquates (transport sécurisé, préconisation de certains hébergements…). Pour s’y préparer, on fait des visites sur le terrain pour ressentir de nous-mêmes l’environnement sécuritaire, auditer des hôtels, rencontrer des prestataires, tester leurs services - on l’a fait en Israël à l’été 2023…

Vous avez eu le nez creux. Dites-moi où se déroule votre prochain audit, que je n’y aille pas en vacances…

Je vous déconseillerais Haïti par exemple ! Plus sérieusement, ces visites servent aussi à préparer d’éventuelles évacuations. Ce qu’on a mis en œuvre en Israël le 7 octobre dernier avec une équipe de gestion de crise composée de deux security managers International SOS en direct avec nos prestataires et nos clients (ne serait-ce que pour les rassurer) et coordonner des mouvements logistiques - en l'occurrence quatre vols charters et des évacuations par voie routière.

Concrètement, depuis le 7 octobre et, plus encore, depuis le 13 avril, les entreprises françaises continuent-elles à envoyer leurs collaborateurs en Israël ?

Oui, absolument. Pas plus tard qu'aujourd'hui, j’animais une session de sensibilisation au plan d’évacuation pour les collaborateurs d’un de nos clients. Et ils sont nombreux à être dans ce cas. Il y a énormément de projets en cours qui imposent le présentiel dans certains secteurs, comme la construction par exemple. Il y a un vrai sujet de continuité de l’activité et c’est là tout l’intérêt d’International SOS… Les affaires continuent en Israël et les déplacements peuvent avoir lieu avec des précautions de sûreté personnelle renforcées et des plans de contingence qui doivent être pilotées par les organisations pour parer à une nouvelle dégradation de l’environnement sécuritaire.

Outre Israël, qu’en est-il des autres pays de la région directement (Iran, Liban) ou moins directement (pays du Golfe, Jordanie) impliqués ?

Au Liban, comme pour Israël, au lendemain du 7 octobre, on a conseillé des restrictions de voyage dont le niveau a baissé au bout de quelques semaines. Au contraire d'Israël, en revanche, le niveau d’évacuation reste au niveau le plus élevé (évacuation totale) à cause de la situation géographique de l’aéroport de Beyrouth, dans les quartiers sud de la capitale, contrôlés par le Hezbollah et donc susceptibles d’être une cible stratégique pour Israël, ce qui compliquerait le rapatriement des collaborateurs présents dans le pays en cas de nécessité. Concernant l’Iran il faut noter qu’en raison du cadre réglementaire de ce pays, notre marge de manœuvre est modérée. C’est un pays à risque de niveau 3 et nous n’avons pas changé ce niveau, qui prend déjà en compte la possibilité de tensions. Il en va de même pour les pays du Golfe et de la Jordanie.