Apprenez ce mot : « Micromobilité »

micromobilité, l'enjeu du moment
Ph : Alena-Zielinski.

Signe des temps : un webinaire organisé par Free Now a autant parlé vélos et trottinettes que VTC...

Hasard du calendrier : alors que nous publiions lundi 16 novembre une tribune de Christophe Drezet qui déclarait la mobilité "tendance", nous assistions le lendemain à un webinaire qui la plaçait au cœur du propos. Cette visioconférence, qui avait pour thème "L’évolution de la mobilité professionnelle à l’aune de la Covid-19", était organisée par Free Now for Business (ex-Kapten) en collaboration avec la GBTA.

On le sait, les entreprises ne savent rien mieux faire que de se mettre en avant. Or, fait notable, dans la présentation de leur étude - dont on aurait pu croire qu'elle fût une ode à la solution de mobilité du co-organisateur, on a au moins autant parlé de trottinettes et de vélos électriques que de VTC.

Livre blanc

A vrai dire, on ne croit que très modérément au hasard : la mobilité, et particulièrement la micromobilité, est bien LE sujet du moment quand on parle de déplacements en général, de déplacements professionnels en particulier. Pour des raisons de réorganisation du travail, en cours depuis plusieurs années, accélérée de façon exponentielle par la crise sanitaire. Parce que, aussi, les solutions numériques ont multiplié les offres pour les trajets courts. Peut-être enfin, ajouteront les esprits chagrins, parce que, par les temps qui courent, même en ménageant sa monture, on ne peut voyager loin.

L'étude, qui se concentre sur le transport terrestre et a été menée dans sept pays européens, a donné lieu à un livre blanc fourni - dont on ne tirera que les grandes tendances - consultable ici. Elle s'intéresse aux réponses données par des voyageurs d'affaires et des travel managers (TM).

Distorsions

Ce double panel est riche d'enseignement. On y constate un décalage entre les attentes des voyageurs et les politiques voyage des entreprises (PVE) sur ce sujet de la micromobilité. Commençons pourtant par un point d'accord : sans surprise en ces temps de distanciation sociale, les transports en commun connaissent une désaffection aussi bien de la part des voyageurs que des TM. Moins évidente mais tout aussi réelle, on constate une baisse comparable de l'attractivité des services d'autopartage.

Le recours au véhicule personnel inspire fort logiquement de la confiance, en termes sanitaires, aux voyageurs. Mais cette solution est en contradiction avec les aspirations RSE - notamment dans leur dimension environnementale - tant des entreprises que des collaborateurs. Et, bien sûr, le souci écologique est tout aussi malmené par l'inadaptation des transports en commun aux contraintes sanitaires du moment.

Une utilisation accrue des taxis, VTC - à condition que leur flotte soit la plus décarbonée possible, des vélos et trottinettes pourrait constituer une voie naturelle pour concilier les attentes contextuelles et l'impératif RSE. C'est le cas pour les taxis - qui bénéficient de leur antériorité et des VTC qui poursuivent leur croissance, amorcée au début des années 2010, sur le marché des déplacements professionnels. Mais insuffisamment : 42 % des entreprises françaises ayant répondu à l'enquête ont un contrat avec une compagnie de taxis ou un opérateur VTC quand 61% des collaborateurs jugent un tel partenariat souhaitable.

Les mobilités douces absentes des PVE

Quant aux mobilités douces, elles sont les grandes absentes des PVE, en contradiction avec un accroissement de l'appétence qu'elles suscitent chez les voyageurs. Notons cependant que cet accroissement n'a rien de spectaculaire - les limites de ce type de solutions (en termes de distance, de disponibilité en milieu moins urbain), leur nouveauté, leur attrait plus limité au sein des générations plus anciennes semblent expliquer cette modération.

Il n'empêche que ce décalage existe et qu'il risque de s'accroître à mesure que ces usages entreront dans les mœurs, si les PVE n'évoluent pas dans le même temps. Quelles sont les raisons de ce peu d'intérêt ? D'après Dimitri Tsygalnitzky, VP Western Europe Free Now for Business, le duty of care jouerait contre le recours à une trottinette ou à un vélo dans des espaces peu ou pas sécurisés. Plus diffuse, "une certaine perception qui fait croire que même si on propose ces services aux collaborateurs, ils ne seront pas utilisés". Et, enfin, "un décalage dans le temps : les PVE devraient être remises à jour chaque année. Dans les faits, c'est davantage tous les deux ou trois ans. Les nouveaux acteurs doivent donc attendre avant, éventuellement, d'y être intégrés."

Complémentarité

On disait notre (agréable) surprise d'un webinaire organisé par Free Now et qui fait la part belle à d'autres solutions de micromobilité que le VTC. C'est que l'opérateur croit en la complémentarité. En témoignent ses récents partenariats avec des solutions de mobilités douces à travers l'Europe, que celles-ci soient, comme Free Now, une joint venture de Daimler-BMW ou non - comme c'est le cas en France avec le récent deal négocié avec la startup américano-suisse Bond qui propose un service de vélos électriques en free-floating.

Il est même envisageable qu'à mesure que les partenariats entre Free Now et d'autres types de transports - y compris publics - se développeront, l'opérateur VTC puisse proposer des forfaits non pas à la course mais à la journée, une offre qualifiée de "Graal" par Dimitri Tsygalnitzky, en marge du webinaire.

Si l'on ajoute à cela que Free Now annoncera bientôt son plan pour parvenir à une diminution de 50% de l'empreinte carbone / passager / kilomètre, on pourrait obtenir une solution efficiente en termes de RSE et conciliant objectifs de la PVE - prestation référencée (tarifs négociés, facturation et reporting facilités), et attentes des voyageurs - choix d'options élargi.

Puisqu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, notons la clairvoyance de DeplacementsPros qui, il y a quelque 18 mois, au moment de la refonte de son site, a rebaptisé "Mobility management" sa traditionnelle rubrique "Travel management". Preuve que la Covid ne fait que renforcer une tendance lourde. Demain sera micromobile ou ne sera pas.