Tribune JL Baroux – Aérien : le casse-tête du traitement des bagages

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Tribune JL Baroux - Aérien : le casse-tête du traitement des bagages

Jean-Louis Baroux est un acteur reconnu du monde des compagnies aériennes. Créateur du World Air Transport Forum et de l’APG, il s'interroge sur le défi - pas du tout à fait relevé - de la gestion des bagages par les compagnies aériennes.

Le sujet est aussi vieux que le transport aérien. Depuis son origine, celui-ci a été confronté à l’emport des bagages pour au moins deux raisons : il faut d’abord les manutentionner et ils alourdissent l’avion. Or le poids est l’ennemi du transport aérien. Ce qui pouvait paraitre anecdotique dans le passé est devenu un vrai casse-tête suite à l’augmentation prodigieuse du nombre de passagers. 

Reconnaissons d’abord que l’affaire n’est pas simple. Il est tout à fait normal que les passagers emportent quelques bagages avec eux surtout lorsqu’il s’agit de déplacements personnels ou de vols long-courriers. L’accroissement du trafic a entrainé nombre d’inconvénients et pour commencer l’allongement des queues dans les aéroports, en particulier aux comptoirs d’enregistrement et aux postes d’inspection filtrage - les fameux PIFs - qui sont venus perturber et sans doute encore pour longtemps, la fluidité des circuits aéroportuaires. Alors les clients excédés par cette contrainte supplémentaire essaient d’y échapper en tentant de mettre leurs valises en cabine. Certes ces dernières sont calibrées mais les fabricants et les vendeurs de bagages ont résolu, en partie, l’affaire avec les valises à roulettes dont les dimensions sont compatibles avec les réglementations des compagnies aériennes.

La généralisation des bagages cabine va également de paire avec le désir de s’affranchir des délais parfois un peu insupportables lors de la délivrance des valises à l’arrivée des vols. En dépit de très nombreux investissements, les très grands aéroports sont toujours confrontés à la difficulté de décharger les avions et de transférer les bagages sur les tapis aux arrivées. L’attente peut atteindre jusqu’à plus d’une heure. Et puis il reste toujours la crainte de la perte des bagages et même si celle-ci est de l’ordre de 3%, l’inquiétude reste toujours présente chaque fois que le passager enregistre sa valise.

Voilà plusieurs raisons pour lesquelles les clients évitent d’enregistrer leurs bagages d’autant plus qu’ils sont parfaitement capables de recevoir directement leur carte d’embarquement sur leur téléphone ce qui évite un détour par les comptoirs d’enregistrement. Il reste bien les « drop bagages » mais la queue est parfois impressionnante devant cette nouvelle facilité. Alors autant essayer de prendre son bagage en cabine.

Ric-rack

C’est alors qu’interviennent deux phénomènes. D’abord la densification des appareils. Les compagnies, sous la pression du modèle « low cost » et les nouvelles avancées technologiques, ont fait preuve de grande imagination pour mettre plus de passagers dans le même espace. Rappelons que Ryanair avait même regardé la possibilité de faire voyager les clients dans une position proche de la verticale. Trop, c’était trop, il a fallu y renoncer. Seulement les racks à bagages sont forcément limités par la taille des avions et ils ne sont pas extensibles à l’infini, même si, sur les derniers modèles, ils sont plus vastes qu’auparavant.

Le deuxième phénomène est ce qu’il faut bien appeler l’incivilité des passagers ou tout au moins de certains d’entre eux. C’est ainsi que nombre de ceux qui sont assis vers le fond de l’avion mettent leurs bagages dans les premiers racks disponibles, c’est à dire vers l’avant de l’appareil, car ils seront certains de trouver de la place et de récupérer leur valise lors de leur débarquement. Alors les clients qui ont très souvent payé beaucoup plus cher pour être assis à l’avant n’ont plus d’espace pour mettre leur bagage au-dessus de leur siège. Ils sont alors obligés de les mettre beaucoup plus au fond de l’appareil ce qui perturbe fortement les embarquements et débarquements.

Bref, voilà une situation qui parait sans solution et ce, depuis des décennies. Alors pour essayer quand même d’en trouver une, les transporteurs tentent la régulation par les tarifs. Oh, certes, il n’est pas encore question d’arrêter la fâcheuse habitude d’afficher des prix le plus bas possible même si cela ne concerne qu’un tout petit nombre de sièges, mais de réguler les flux en dirigeant les clients vers des pratiques plus compatibles avec la complexité du transport aérien. C’est ainsi que la possibilité qui consiste maintenant à faire payer les bagages en cabine va probablement se généraliser, de façon à amener les passagers à utiliser les équipements aéroportuaires et à faciliter ainsi les embarquements et débarquement des vols de plus en plus remplis.

Il n’y a pas de solution miracle, sauf à revenir à des configurations de cabines beaucoup moins denses, mais alors il faudra bien accepter que les prix deviennent sensiblement plus élevés. Voilà un casse-tête intéressant.