Deplacements Pros, le quotidien du business travel, du voyage d'affaires et des déplacements professionnels



Mardi 29 Novembre 2016

La fin annoncée du TCT, Total Cost Of Trip, et la montée du "minimalist travel"



Présenté comme la solution de gestion des voyages d’affaires, le TCT en vogue aux USA depuis deux ans a du plomb dans l’aile. Pour la GBTA, la recherche des coûts cachés n’est plus aussi complexe que le pensaient les acheteurs. La technologie bouscule aujourd’hui les fausses bonnes idées et les entreprises s’engouffrent dans le basique du voyage d'affaires : avion (ou train), hôtel et restauration. La course à la simplicité est engagée aux USA.



Tous les grands concepts développés ces deux dernières années sur la gestion affinée du voyage d’affaires sont désormais remis en cause. La dématérialisation et la montée en puissance des moyens de paiement conduisent les entreprises à repenser leur vision du TCO. Et donc du TCT. A l’origine, l’objectif attendu de ces méthodes d’analyse des coûts était de maîtriser le ROI des déplacements professionnels en réussissant le tour de force de trouver et d’analyser les dépenses cachées, non maîtrisables, à l’origine de décalages importants sur les budgets. Visiblement, aux USA nous n’en sommes plus là.

Si le TCT reprenait l’idée de voir le coût humain et les annexes au voyage (gestion contractuelles, avocats…) intégrés au déplacement, la nouvelle approche est plus sereine : seuls les frais du voyage sont à prendre en compte. Le reste, à l’évidence, fait partie de l’environnement de l’entreprise et ne saurait se mesurer réellement. Simplifier, ne plus perdre de temps avec des détails non réalistes qui amusent les financiers mais n’apportent rien à l’entreprise, voilà les projets portés par les technologies d’acquisition du voyage. Et l’intérêt est évident : faire de la mobilité l’outil de pilotage du déplacement, avec ou sans validation.

Le constat que font les consultants américains est sans appel : la part de la dépense non mesurée face à celle qui est vraiment maîtrisée est inférieure à 6 % par an…. Elle pourrait même se rapprocher du zéro, à condition d’avoir développé des process capables de limiter ces dépenses « invisibles » au premier abord. On parle désormais d’une gestion dématérialisée de bout en bout. Une gestion « au budget » par business unit qui responsabilise et conduit à une autonomie des salariés qui gèrent les achats et assument le suivi financier.

Mais la froideur de la solution ne doit pas gommer la place de l’humain, positionné aujourd’hui au centre des préoccupations formulées par acheteurs du business travel. Cette vision, pourtant indispensable, rend complexe cette recherche de solutions et les fournisseurs ont bien compris que le mot "confort" pouvait devenir la nouvelle vache à lait du voyage d’affaires.

Pour Debora Levi, consultante reconnue, "Le voyage doit se repenser en fonction des objectifs que l’on veut atteindre" et d’ajouter: "Aujourd’hui, on passe plus de temps à organiser le déplacement qu’à en considérer les attentes". Et pour beaucoup, le retour du « minimalist travel » est inéluctable. Les batailles commerciales qui se jouent et le besoin d’être sur le terrain conduisent les entreprises américaines à limiter au maximum la dépense, au risque de froisser leurs voyageurs et de les inciter à ne plus se déplacer. Là sont les vraies économies.

Dans un pays où la culture de la réussite est importante et où les évolutions de carrière passent par la qualité des résultats obtenus par le salarié, ces nouvelles approches font mouche. Finis les frais ancillaires à gogo, désormais, via des centrales d’achat d’entreprises, les négociations avec les fournisseurs sont de plus en plus serrées pour que le prix donné soit le plus complet possible. "On a réussi à le faire dans l’hôtellerie avec le wifi et le petit déjeuner inclus. Il faut désormais le réussir dans le transport aérien ou la location de courte durée", affirme Débora.

Mais cette vision peut, elle aussi, avoir ses limites. "On constate sur le terrain que c’est la technologie qui va bousculer les habitudes des acheteurs", reconnait Debora consciente que "Les décisions et les process seront toujours pilotés par des hommes pour les voyageurs". Une remise en cause de la politique voyages qui se réduit ainsi au strict minimum. Alléchant.

En France, on a connu cette vision du coût global. Certaines sociétés prenaient même en compte le coût horaire de leurs salariés dans les périodes où il n’était pas directement sur place (temps de vol, temps de transfert…). Bref au final, on se faisait peur pour pas grand-chose. Le retour prôné à la simplification fait son chemin dans la nouvelle catégorie d’acheteurs voyages.

Si le sujet anime autant la réunion professionnelle c’est parce qu’au final, il est source d’économies. Ce que nous appelions "la rigueur de la PVE" devient la facilitation du déplacement professionnel. Reste à en déterminer les process réels et à en mesurer l’acceptation au sein des populations de voyageurs.

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est la relation des nouvelles générations aux déplacements professionnels. Là encore, la technologie va redistribuer les cartes. Exemple en Californie du sud ou une agence de voyage propose désormais aux entreprises des « packages complets » pour leurs déplacements. Les 30 premières villes d’affaires aux USA sont ainsi couvertes. L’offre comprend le vol, l’hôtel, les transferts aller/retour, les repas ainsi qu’une ou deux pauses café dans un Starbucks. Le tout pour un prix de journée défini au départ en fonction de la durée du séjour. Pour le voyageur aucune dépense à engager et pour l’entreprise, une parfaite maîtrise des coûts. Attractif, mais "Attention, ce n’est pas aussi simple", conclut Debora "Derrière l’apparente facilité se cachent encore bien des questions".

A New-York,
Philippe Lantris.




1.Posté par Marcel Forns le 29/11/2016 10:36
Sans rentrer dans les détails du TCT, qui effectivement peux mener vers quelques excès, l'affirmation concernant la montée du "minimalist travel" me paraît surprenante. Plusieures tendances dans l'industrie semblent confirmer le contraire. En fait, le contexte actuel confirmerait la confluence de divers éléments qui placent le voyageur au centre des politiques du voyage : d’une part les propres habitudes et besoins des voyageurs (non seulement les millennials) , le mise en place et les exigences du risk management, et la constatation de la part des TMM et des responsables d’achats, que la productivité doit agir en tant que élément correcteur du principe de l’épargne.

Il y aurait donc aujourd’hui un grand consensus autour du rôle du voyageur tel que le reflète l’étude « Meet the modern business traveller ». Il suffit de lire les déclarations de Greeley Koch, Executive Director d’ACTE et de tirer des conclusions concernant les effets de ceci sur les politiques à venir, ou bien sur la façon d’adresser les KPI. Mais les effets de la traveller centricity ne se limitent qu’à ça : cette nouvelle conception du voyage entraine aussi une plus grande participation des « autres » départements des compagnies, tels que HHRR, Commercial, …. Le voyage est une activité transversale, donc aussi plus complexe!

Essayer de réduire au minimum le voyage d’affaires en revenant sur des anciennes politiques d’épargne me paraît donc peux réaliste, mais surtout négatif du pointt de vu du potentiel de contribution du voyage aux vrais objectifs des sociétés.

Marcel Forns Bernhardt
Directeur Général GEBTA Espagne

2.Posté par Marcel Levy le 29/11/2016 11:23
Monsieur

Merci pour ce commentaire détaillé et précis.

Pour autant, vous portez le regard d'agences de voyages du business travel et sans doute, la volonté de simplification voire de "minimalist travel" vous choque-t-elle au regard de la technicité du voyage d'affaires.

Dans cette lettre, Philippe ne fait que retranscrire ce qu'il voit et entend. Pour avoir participé il y a quelques semaines à deux séminaires aux USA, je retrouve, en partie, ce que les entreprises américaines formulent autour des déplacements professionnels. J'ai même entendu "qu'il fallait en finir avec un sujet simple que tous les fournisseurs complexifiaient à l'extrême pour se rendre indispensable". J'ai même lu le texte d'un TM californien qui prédisait "un tout technologique rapide d'ici 10 ans et la fin des TMC".

Débora Levi, cité par Forbes, il ya quelques temps, parle de décalage entre le regard des professionnels du BT et celui porté par les entreprises. La gestion "au budget" mise en place chez Monsanto ou chez Wallmart a le mérite de responsabiliser le voyageur et donc de lui simplifier le regard porté sur l'organisation des déplacements professionnels. Désormais le choix n'est plus sur les moyens mais sur l'intérêt. La fameuse simplicité. John Wardwick ne cache pas que "la dématérialisation en route va supprimer bien des approches du TCO", ce que semble confirmer Philippe.

Ces deux univers sont décrits avec justesse dans votre commentaire et abordés avec précision par notre journaliste.
Que nous réservera l'avenir immédiat ? Difficile de le dire en cette période d’incertitude politique et de déflation européenne.

Vous l'aurez compris, je n'ai pas de demi mesure ou de réponse précise à vous proposer. Bataille d'experts ? Conflit générationnel ? Vous avez raison, tout est dans tout et nous aurons grand plaisir à échanger avec vous sur ce sujet difficile d'approche.

Très cordialement
Marcel Lévy - Rédacteur en Chef

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