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Taxi contre VTC : un poker menteur bien huilé


Toute cette journée du 10 février, si les rues de la capitale et de quelques villes de province sont restées bien encombrées, c’est sur le terrain médiatique que s’est déplacée la bataille qui oppose les taxis aux VTC. Dans les deux cas, bien des arguments utilisés étaient très éloignés de la réalité. Pourtant, en regardant les différents reportages proposés par les chaînes de télévision, il était évident que les deux «opposants» ne parlaient pas le même langage et ne visaient pas la même clientèle.



Pour faire pleurer dans les chaumières, les taxis ont aligné une longue liste de chiffres correspondant aux dépenses quotidiennes et mensuelles qu’ils doivent assumer. En oubliant de préciser qu’un grand nombre de ces dépenses sont également payées par les VTC au titre de leur entreprise. Certes, le problème de la licence reste d’actualité. Mais cette licence n’a que la valeur qui lui est donnée par les cédants et que veulent bien engager les acheteurs. En clair, peut-on reprocher au marché de suivre l’offre et la demande dans une capitale comme Paris où le nombre de taxis est aujourd’hui le plus bas des 50 dernières années? A-t-on déjà entendu un commerçant se plaindre d’un droit au bail même si, dans la même rue, une concurrence existe déjà ?

Les taxis, et on les comprend, ne veulent pas se laisser faire sans réagir. Il est vrai que leur profession est complexe et demande une formation professionnelle que ne possèdent pas encore les VTC. A l’évidence, la concurrence n’est pas loyale et il faudra bien trouver des règles pour que les VTC ne deviennent pas des taxis «clandestins». Il reste, et les reportages de BFM ou LCI l’ont bien montré, que la maraude reprochée aux VTC est assez rare et que ce sont les moto-taxis indépendants qui sont les plus répréhensibles à ce niveau.

Pour autant, en suivant les reporters des chaînes de télévision, il était évident également que l’utilisation quotidienne d’un taxi à Paris est globalement bien mieux adaptée que celle d’un VTC. Ne serait-ce déjà que du côté des tarifs. Dans tous les cas de figure testés, pour une course dans Paris et sa proche banlieue, les taxis sont fréquemment moins chers. Seul exemple contraire aujourd’hui, un Paris/Roissy aux heures de pointe. Dans ce cas, les deux offres se trouvent très proches en matière de prix. Une fois pris dans les bouchons, un VTC qui n’appliquerait pas de supplément ne couvrirait pas le temps passé dans la voiture !

Ce que l’on a vu sur les écrans, et sur le terrain, démontre qu’il est compliqué de comprendre ce qui oppose les deux parties. Un VTC vise une clientèle bien spécifique, sensible à la qualité du service et pour qui le temps de déplacement compte tout autant que le confort. Vis à vis du taxi, transporteur de l’instantanéité, le passager n’a pas forcément les mêmes demandes. Bien que des clients se plaignent de l’accueil ou de leur incapacité à aller au plus court, compteur oblige.

Ce qui est certain, c’est que plusieurs associations de taxis et de VTC se disent prêtes aujourd’hui à échanger et à dialoguer afin de trouver des accords pour sortir d’une situation qui ne pourrait qu’être explosive avec le temps. À l’évidence, il faudra trouver des mesures capables d’offrir une concurrence loyale aux deux parties. La médiation engagée par le gouvernement devra trouver des solutions qui ne soient pas attaquables juridiquement. D’autant que maintenant, les VTC se disent prêts, eux aussi, à bloquer Paris pour défendre les emplois. Une escalade qui n’apporterait rien de très constructif !

Pierre Barre

Lundi 10 Février 2014


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