Quelle importance a pour vous votre vie professionnelle ?

Quel équilibre entre vie professionnelle et vie privée ? Le Baromètre annuel DeplacementsPros - Mondial Assistance portait en filigrane cette interrogation permanente: quelle place les voyageurs d'affaires sont ils prêts à donner à leur déplacements professionnels s'ils empiètent sur leur vie familiale et, plus globalement, comment parvenir à concilier ses activités professionnelles et sa vie privée. Autrement dit: les voyageurs d'affaires sont ils prêts à perdre leur vie à la gagner ?

A une époque où notre société est de plus en plus marquée par les différences entre ceux qui sont en poste et qui s’y accrochent – et qui sont souvent profondément impactés par un alourdissement de la charge de travail et une pression plus forte – et ceux qui sont prêts à tous les sacrifices pour décrocher un contrat de travail, il peut sembler anecdotique, voire inapproprié de travailler sur la notion d’équilibre entre vie pro et vie perso. Et pourtant ! On assiste actuellement à une explosion du stress professionnel et des phénomènes d’absentéisme et de turn-over. Sans oublier la montée en puissance du syndrome de « burn out » qui signifie épuisement professionnel du à une exposition à un stress intense et permanent. Inutile de préciser que tout ceci a un coût très significatif pour les entreprises et l’économie en termes de journées de travail perdues et de soins de santé. D’ailleurs, la notion d’équilibre entre vie pro et vie perso fait partie des 11 critères d’évaluation du B.I.B. ou « Bonheur Intérieur Brut », le nouvel indice mis au point pour l’OCDE par l’économiste américain Joseph Stiglitz. En la matière, la France se classe en 18ème position sur les 34 pays évalués, devancée par la plupart de nos voisins européens.

En matière de voyage d'affaires, le dernier Baromètre annuel que nous avons publié a souligné le clivage entre les jeunes générations, pas forcément prêtes à passer leurs nuits à l'extérieur, renforçant le nombre de voyages d'un jour, et les anciens, prêts à découcher pour un peu plus de confort de voyage. L'augmentation de la population féminine, dans tous les métiers, induit également des comportements de voyage différents. Enfin l'intégration professionnelle de la "Why génération", toujours prête à remettre les habitudes en cause, provoque des mutations dans l'entreprise y compris pour les déplacements professionnels. Ces jeunes étant habitués à un monde plus international et avec le développement d’Internet et des réseaux, ils ne communiquent plus de la même manière. Le voyage n’est plus aussi nécessaire pour eux. Il n’est plus une fin en soi, ce qui modifie le rapport avec les déplacements d'affaires.

Vie pro/perso: un problème de temps

L’équilibre vie pro / vie perso s’inscrit globalement dans le cadre d’un domaine bien connu de bon nombre de consultants et de coachs, celui de la gestion du temps. Les journées n'ayant que 24 heures, comment imprimer son propre rythme et sa propre volonté dans la gestion de ce temps ? Dans ce domaine, si Jean-Louis Servan-Schreiber a été précurseur en 1983 avec son livre « L’art du temps », il y a eu depuis parution d’une pléthore de livres et commercialisation d’innombrables modules de formation sur le sujet. Les techniques de gestion de temps qui sont recommandées ou enseignées tournent globalement autour des mêmes items et peuvent apporter quelques solutions concrètes. Quels que soient leurs auteurs, la plupart aboutissent aux mêmes conclusions :

=> En la matière, il n’y a pas de « one size fits all » ; la seule méthode qui convienne, c’est celle qui marche pour vous dans la durée.

=> Par contre, toute nouvelle organisation doit être testée sur une période de temps suffisamment longue pour en évaluer ses véritables bénéfices.

=> Pour votre gestion du temps, il n’y a pas d’outil incontournable (PDA, agenda électronique, …) ; le bon outil, c’est celui qui vous convient à vous (pas au vendeur, ni à vos proches).

=> L’amélioration de la gestion du temps n’est pas qu’une simple affaire d’outils ; elle passe aussi par une prise de conscience et par la nécessité de faire des choix.

=> Il est important de mettre en œuvre des stratégies positives pour rester maître de son temps : planifier, s’adapter et négocier permettent souvent de ne pas subir.

=> Etre à l’écoute de soi-même diminue le stress et fait gagner du temps sur le long terme.

8 axes à explorer pour un meilleur équilibre

1 - Faire un travail d’introspection pour être au clair sur sa situation : quand le travail et la vie personnelle ne sont pas en équilibre, on en souffre. On en est souvent conscient mais on peut également être dans le déni par rapport à cela. (« C’est une mauvaise période à passer : quand j’aurais terminé le business plan (bouclé le budget, signé ce nouveau contrat, fait ce déplacement en Chine, etc.), tout rentrera dans l’ordre »).

2 - Etre au clair sur ses priorités, ce qui signifie forcément s’interroger sur la place de la valeur « travail » dans sa vie à l’instant T ; elle est généralement différente selon les générations et elle évolue tout au long de la vie. (« J’ai 30 ans et je ne veux pas sacrifier ma vie de famille pour mon boulot » ; « J’ai 50 ans et je ne me vois pas continuer comme ça jusqu’à ma retraite »).

3 - Avoir des objectifs clairs car, consciemment ou pas, ce sont eux qui nous guident en matière de gestion du temps. (Un bon objectif est un objectif SMART : Stimulant, Mesurable, Atteignable, Révisable et Temporalisé).

4 - Dans la vie perso comme au travail, nous avons tous des « temps obligés » dont nous ne sommes pas maîtres et des « temps à nous » que nous pouvons organiser à notre guise. Il faut pouvoir « rentabiliser » au maximum les temps à soi et se libérer le plus possible des temps obligés. (=>choisir de travailler chez soi, fermer la porte de son bureau, mettre ses téléphones sur répondeur, ne pas regarder ses mails plus de x fois par jour, etc.).

5 - Etre particulièrement vigilant sur sa zone de confort : prendre sur soi en permanence pour s’adapter à une surcharge de travail ou à des demandes professionnelles irréalistes a un coût en termes de mal-être, de stress, d’agressivité, et un impact sur la santé mentale et physique.

6 - Faire attention au phénomène d’addiction : consacrer l’essentiel de son temps à sa vie professionnelle engendre les mêmes effets que n’importe quelle autre drogue. Nous avons besoin de nous consacrer à d’autres activités pour nous ressourcer et retrouver notre créativité.

7 - Mettre en place une stratégie d’équilibre : A la différence des stratégies défensives (négliger ses loisirs, sa santé, se suradapter, ne pas être à l’écoute de l’impact du stress et des contraintes,…), certaines stratégies comportementales constructives permettent de s’ajuster à son environnement et de faire des choix éclairés (respecter les temps travail / famille / loisirs / couple, reconnaître et accepter ses limites, savoir dire non, savoir recevoir du soutien, …).

8 - Avoir conscience qu’au lieu de cloisonner et de faire des sacrifices, il est possible de développer une stratégie d’enrichissement mutuel entre vie pro et vie perso : la famille est source d’équilibre et de réconfort, ce qui permet d’évacuer le stress et les tensions et d’être plus efficace au travail. Le travail apporte aussi à la vie perso compétences et relations.

Les enjeux du déplacement professionnel

Quelques pistes pour mieux équilibrer vie pro et vie perso dans le cadre des déplacements professionnels

=> Avant le déplacement

• Si l’on n’est pas décisionnaire, demander à être informé des déplacements au minimum x jours ou semaines à l’avance afin de pouvoir les intégrer au mieux dans son emploi du temps

• Etre au clair sur les objectifs du déplacement et dans la mesure du possible, y adhérer. Demander des explications complémentaires si ce n’est pas le cas.

• Si les dates ne sont pas impératives (salon professionnel, convention, …), les décider soi-même ou les négocier pour pouvoir garder la main autant que faire se peut sur son agenda

• Si les dates sont imposées et si elles rentrent en conflit avec une circonstance de la vie personnelle, négocier une contrepartie

• Négocier également en amont , autant que faire se peut, si l’application de la politique voyages de l’entreprise entraîne de réelles contraintes (de type voyages en cabine Eco pour les longs courriers ou nuit du samedi au dimanche sur place pour limiter les coûts des billets)

• Fixer sa limite maximum de déplacement (nombre, durée) en fonction de sa propre stratégie d’équilibre et le faire savoir

• Si possible, associer son conjoint à cette réflexion et prendre en compte la dimension familiale

• Prendre en compte l’impact potentiel des déplacements sur son équilibre physique (fatigue, décalage horaire, sommeil perturbé) et à terme, sur son efficacité professionnelle.

=> Pendant le déplacement

• Profiter des « temps à soi » (trajets en avion, en train, room service à l’hôtel, …) pour se ressourcer au maximum et être plus efficace pendant les « temps obligés »

• Ne pas hésiter à amener un peu de son univers perso dans ses déplacements professionnels : photos de famille dans la chambre d’hôtel, bougies parfumées, musique perso dans son MP3, pourquoi pas un paquet de ses gâteaux préférés ?

• Utiliser les technologies modernes (Skype, …) pour rester en contact avec les autres dimensions de sa vie : son conjoint, ses enfants, ses amis, …

• Sur place, « breaker » en s’autorisant à se livrer à des activités qui vous font réellement plaisir (visite de musée, shopping, activité nature, …)

• Planifier une partie « visite » à destination, même si ce n’est que pour une heure ou deux (rien n’est plus frustrant ou plus fatigant que de passer de l’aéroport à l’hôtel au lieu de réunion puis de retour à l’aéroport sans rien voir de ce qui vous entoure)

• Etre très attentif à son hygiène de vie : essayer autant que faire se peut de bien dormir, de se nourrir sainement, d’avoir un minimum d’activité physique

• S’écouter aussi souvent que possible pour soulager la pression et rester dans sa zone de confort

• S’accorder la satisfaction d’avoir accompli les objectifs professionnels que l’on s’était fixés

• Ne pas culpabiliser ou se laisser culpabiliser par son conjoint et ses enfants. Ce qui implique de ne pas revenir les bras chargés de cadeaux coûteux pour se faire pardonner son absence !

Les rouages de l'entreprise ont un impact certain sur notre rythme de vie, mais il est possible de marquer ses limites sans pour autant passer pour un bras cassé. Que ce soit dans le domaine des déplacements professionnels comme dans les autres domaines de l’activité professionnelle, il n’y a pas d’équilibre type entre vie familiale et vie professionnelle, à chacun de trouver ses solutions adaptées, personnalisées, mesurables et révisables. Le conflit entre les zones « travail » et « hors travail » n’est pas inéluctable, s’adapter et négocier permettent souvent de ne pas subir et... S’écouter permet, à terme, d’être plus efficace. Un argument à ne pas négliger.

Article réalisé en collaboration avec bernadette@bpyconsulting.com, coach & consultant en communication Tél.: 06.60.75.51.89
Pour aller plus loin

• « Question de temps » de François Delivré (interEditions)
• « Bien gérer son temps » de Delphine Barrais et Marie-Jeanne Marti (Espace Grandes Ecoles)
• « Etre mieux au travail » de Luce Janin-Devillars (Michel Lafon) et « Changer sa vie » de Luce Janin-Devillars (La Martinière & Pocket)
• « Le burn out » de Suzanne Peters & Patrick Mesters (Marabout)
• « Vie personnelle et vie professionnelle : vers un nouvel équilibre dans l’entreprise ? » de Marc Dumas (EMS éditions)
• « Gérer efficacement son temps et ses priorités » de Daniel Latrobe (ESF éditions)
• « Déléguer et responsabiliser » de Didier Noyé (Insep Consulting)