Covid-19 : les compagnies aériennes françaises se plaignent d’un manque de clarté et de visibilité

La Délégation sénatoriale aux outre mer a organisé une table ronde sur le transport aérien, ce mardi, pour évaluer la situation des compagnies desservant les DOM-TOM. Et celle-ci est critique pour plusieurs d’entre elles. L’État est plus que jamais appelé à la rescousse.

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L’audition en ligne du 19 mai a mobilisé l’immense majorité des compagnies aériennes françaises. La liste des participants était longue en effet, avec des dirigeants des compagnies Air France, Corsair, Air Austral, Air Caraïbes-French bee, Air Tahiti Nui, Air Calin, Air Saint-Pierre, le groupe GAI (Air Antilles et Air Guyane) et Saint-Barth Commuter, ainsi que les présidents des syndicats SCARA et FNAM.

Pour les territoires d’outre-mer, le transport aérien est indispensable, essentiel à leur survie. La disparition d’Air Antilles, par exemple, serait catastrophique quand on connait son maillage dans les Caraïbes. Et l’on sait l’importance énorme d’une compagnie comme Air Calin pour la Nouvelle-Calédonie, ou d’Air Tahiti Tui pour la Polynésie française (où elle transporte à elle seule la moitié des touristes).

Les participants ont ainsi appelé à davantage de clarté de la part de l’État, à la nécessité d’une parole unique. Ils souhaitent surtout davantage de visibilité, notamment sur Orly, dont la réouverture fin juin est primordiale pour plusieurs compagnies. La quatorzaine pour les arrivées en outre-mer est aussi un frein énorme à la reprise. «Il faut lui substituer quelque chose de plus fluide» réclame ainsi Dominique Dufour, secrétaire général d’Air Austral.

Les Sénateurs ont déploré que le soutien de l’État aux compagnies donne l’impression de demi-mesures. Les transporteurs ont exposé les décisions qui leur semblent indispensables pour réellement traverser la crise, dont des annulations de charges plutôt que des reports. En Polynésie est souhaité un dispositif d’indemnisation du chômage partiel comparable à celui mis en place en Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, un fonds de soutien est préconisé, équivalent à celui accordé à Air France, dans un souci d’équité, qui tiendrait compte des caractéristiques propres à chaque compagnie. 

Pour Corsair, un PGE sous condition

Les Prêts Garantis d’État sont une autre option aujourd’hui plébiscitée. Air Saint-Pierre l’a obtenu. Air Austral, dont le capital est détenu indirectement par la Région et le département, boucle tout juste son PGE (notre article du 15 mai). Air Calin a demandé un PGE, de même que le groupe Dubreuil (Air Caraïbes, French bee), lequel se montre optimiste au regard des réponses déjà obtenues pour son dossier. La situation est en revanche plus compliquée pour Corsair, l’État posant comme condition à son obtention que ses actionnaires fassent aussi leur «part du chemin». Or, c’est loin d’être acquis aujourd’hui, vu le manque de surface financière du groupe d’aviation privé allemand Intro Aviation (53% du capital), et les difficultés actuelles du géant allemand du tourisme TUI, son actionnaire minoritaire.

Sur les Prêts Garantis par l’État, Marc Rochet, président d’Air Caraïbes et French bee, a bien résumé la situation : «Soit les délais de remboursement des PGE sont trop courts, et on les repoussera, soit une partie de ces prêts ne seront jamais remboursés. Il faudrait mieux que la puissance publique regarde cette question de manière objective. Mais l’argent public est sacré. Son utilisation doit être justifiée. Et je dis aussi clairement que les compagnies aériennes doivent faire des efforts».

On notera enfin la situation particulière d’Air Tahiti Nui, société d’économie mixte locale. La Collectivité voudrait l’aider mais ne peut plus monter au capital, elle a bien voté un compte courant d’associé mais celui-ci doit être remboursé en deux ans. La compagnie polynésienne demande donc son classement comme entreprise stratégique, et l’obtention d’un prêt direct par l’État (à l’instar d’Air France) ou une prise de participation de celui-ci.