Guillaume Dejean (Western Union) : « En 2019, la croissance mondiale passera en dessous de la barre des 3% »

Alors que de nombreux voyants passent au rouge et que plusieurs économistes tirent la sonnette d’alarme concernant une potentielle crise économique majeure, DéplacementsPros.com s’est entretenu avec Guillaume Dejean, Senior Macro Analyst chez Western Union Business Solutions afin de faire le point sur la conjoncture mondiale et les risques d’une crise majeure. 

- Publicité -

DéplacementsPros.com : L’OCDE appelle une nouvelle fois à la mobilisation pour éviter une crise économique mondiale. Concrètement, quelle est la conjoncture économique en Europe et à travers le monde ?

Guillaume Dejean : Globalement la conjoncture mondiale est plutôt mauvaise. Il y a une crainte de récession que l’on observe un peu partout dans les médias avec une prise de conscience générale. Les deux principaux facteurs à l’origine de cette situation sont les tensions commerciales et leurs répercussions sur les échanges internationaux et le Brexit. Les pays les plus ciblés sont notamment le Royaume-Uni, l’Allemagne, qui est le premier pays européen exportateur avec un modèle de croissance tourné vers l’extérieur, et les Etats-Unis à cause de la crise commerciale avec la Chine.

Sur l’ensemble des projections, l’OCDE parle notamment d’une croissance en dessous des 3% en 2019, ce qui est relativement bas. Nous observons un net ralentissement de la croissance au niveau mondial et la question qui se pose est : cela va-t-il s’intensifier ou un rebond est-il possible en 2020 ? Actuellement nous sommes sur un point d’équilibre qui peut basculer d’un côté comme de l’autre. 

Quels sont les signaux à surveiller qui pourraient annoncer une crise économique mondiale majeure très prochainement ? Est-ce une crise qui peut s’inscrire dans le temps ou être passagère ?

Les signaux à surveiller sont principalement les indicateurs économiques d’activité, d’inflation ou bien encore la croissance. Ce sont des chiffres trimestriels mais ceux à surveiller ‘au jour le jour’ sont ceux des marchés financiers. Pour le moment il n’y a pas de signes majeurs qui indiquent une potentielle crise. Au niveau des banques centrales il faudra également surveiller la baisse des taux et voir si l’on observe prochainement une augmentation du soutien de la part de ces dernières.

Concernant sa durée, la prochaine crise économique pourrait être une crise qui s’inscrit dans le temps car l’environnement de taux très bas hérité de la dernière crise a créé au fil des années plusieurs bulles, dont celle du marché immobilier. Aujourd’hui, la crise principale concerne celle de la dette des pays développés qui a beaucoup augmenté depuis la dernière crise de 2008 et ce n’est plus soutenable pour de nombreux Etats.

Doit-on redouter un nouveau 2008 ? 

A mon sens elle sera différente. En 2008 nous étions sur une crise qui concernait les marchés bancaire et financier. Depuis, il y a eu de nombreuses réglementations mises en place afin d’éviter que certains comportements se reproduisent. La réglementation a été durcie et les lois également. La principale crainte est que cette crise ne concerne pas seulement un ou plusieurs secteurs mais des Etats. Concernant les entreprises, il y a donc un effet de concentration où les plus fortes se renforcent encore plus et où les plus faibles ‘coulent’ plus rapidement.

Quel élément pourrait être le déclencheur ?

Nous sommes sur un point d’équilibre. Les deux éléments qui vont avoir un impact très prochainement sont, dans un premier temps, de voir si la guerre commerciale s’intensifie ou non. En cas d’atténuation, cela pourrait limiter le risque d’explosion de certaines bulles. Puis le Brexit pour l’Europe, qui aura un réel impact en cas de no deal. Les tensions au Moyen-Orient sont également à surveiller de près car elles pourraient avoir un impact direct sur les prix du pétrole. Enfin, la menace nucléaire, notamment en Corée du Nord est une menace sérieuse, tout comme l’évolution des relations entre l’Iran et les Etats-Unis.

Aujourd’hui, la politique et les déclarations du Président Donald Trump ont un vrai impact sur les marchés, tout du moins sur les échanges internationaux. Un impeachment pourrait être un réel soulagement pour un grand nombre d’acteurs financiers…

Quelles seraient les conséquences pour les entreprises ?

Globalement, si la croissance ralentit, les entreprises vont être plus attentives aux projets d’investissements et sur le ROI. De facto, cela va donc impacter les politiques de recrutement et d’investissement. Après, nous l’observons lors de chaque crise, il y aura des opportunités pour certaines, notamment les plus ‘fortes’ avec des rachats potentiels. Cela pousse les sociétés à avoir des comportements plus attentifs sur les risques à moyen et long terme mais toute crise n’est pas nécessairement mauvaise pour l’activité. Certains secteurs dits secondaires comme le loisir ou le tourisme vont, en revanche, probablement être plus impactés que d’autres.

Sur les marchés financiers cela va créer des marchés captifs et donc entraîner une perte de confiance pour les investisseurs qui vont vouloir aller vers les régions ou zones considérées les moins risquées et les plus stables. En Europe, notamment, il faudra être vigilant concernant le Brexit. Actuellement, les banques centrales montent au créneau et tentent d’être rassurantes. Pour les acteurs du secteur, si une crise devait avoir lieu cela arriverait d’ici fin 2020, début 2021. Les élections américaines de 2020 vont être cruciales, notamment sur la question de la prolongation de la guerre commerciale avec la Chine et potentiellement avec d’autres pays… dont en Europe.