Amadeus a faim : NDC, compagnies lowcost, Cytric et… location de voiture !

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Amadeus a faim : NDC, compagnies lowcost, Cytric et... location de voiture !
Frédéric Saunier, DG France d'Amadeus.

A l'occasion d'un point presse tenu ce jeudi, Frédéric Saunier, le récent DG France d'Amadeus a fixé les objectifs 2024 de son entreprise.

Tout va très bien pour Amadeus. C’est, du moins, l’humeur affichée par son nouveau DG France (depuis le 1er janvier dernier), Frédéric Saunier, qui, à l’occasion d’un point presse ce jeudi 21 mars, rappelait les bons résultats de son entreprise en 2023 : +21,3% de chiffre d’affaires et bénéfice ajusté qui frôle les +60%. Et cette courbe ascendante se retrouve dans tous les domaines d’activité du “GDS”, même si cette dénomination est toujours plus réductrice, tant la compagnie espagnole continue d’étendre son expertise tech à l’ensemble des secteurs travel.

Diversification et nouveaux clients

La diversification est d’ailleurs l’un des trois axes de développement de l’entreprise, avec l’acquisition de nouveaux clients et le renforcement de la plateforme "aérien". Ainsi, après la distribution et l’IT aériennes, l’airport IT (dont le développement se fait grandement par croissance externe comme dernièrement avec l’acquisition de Vision Box pour 320 M€), l’hospitalité (avec, notamment, une centrale hôtelière “maison”), le paiement (acquisition récente de Voxel, développement de B2B Wallet à destination des agences), l’ogre traveltech entend prendre sa part du gâteau “location de voiture”. Un agrégateur compilant l’offre de “grands partenaires” est effectivement en cours de développement.

Cette santé éclatante, défiant les préconisations des meilleurs diététiciens puisqu’il se double donc d’un appétit insatiable, Frédéric Saunier la met au crédit d’une stratégie de réinvestissement d’une part importante des résultats de l’entreprise dans la R&D : 1,1 milliard d'euros en 2023, le chiffre de 2019 est non seulement rattrapé mais encore dépassé de 10%. L’IA, l’outil travel & expense Cytric, et la NDC s’y sont taillé la part du lion.

Où Amadeus, en tant que gestionnaire de stock aérien ultra-dominateur en Europe, peut-il donc aller chercher de nouveaux clients ? “On a identifié quelques prospects agences”, promet Frédéric Saunier. Soit. Mais ça devrait se passer ailleurs. C’est l’un des avantages de la diversification que de multiplier les chantiers à fortes marges de progression pour asseoir son développement.

Et l’outil travel & expense Cytric fait sans aucun doute figure de fer de lance dans cette chasse aux nouveaux contractants. Les chiffres clés ne sont pas communiqués, on en est donc réduit à ce qui se dit dans l’industrie : Cytric aurait le vent en poupe. Le transfert “clients” de la défunte Traveldoo en 2022, notamment, avait, semble-t-il, profité à la solution d’Amadeus avant tout. Avec, comme argument force, les promesses de développements inédits dus au partenariat avec Microsoft et l’intégration de Cytric dans Teams, il s’agit donc d’enfoncer le clou. Pas dans le cercueil de SAP Concur et des autres concurrents dans ce domaine. Mais quand même.

Les défis de l’aérien

Se diversifier, certes, mais en consolidant le savoir-faire historique. L’objectif 24 est donc aussi au renforcement de la plateforme "aérien". Avec deux dossiers chauds : la NDC et les compagnies lowcost (LCC). Dossier chaud, la NDC ? Reconnaissons que le plat commence à tiédir tant les taux d’adoption restent ridiculement faibles (et (donc) non communiqués) vs EDIFACT, notamment dans le corpo.

Mais Amadeus avance, avec désormais 24 compagnies disponibles via son programme NDC-X, utilisé par 45.000 agences de par le monde. L’augmentation du nombre de compagnies connectées - inéluctable car “ce sont désormais les compagnies qui nous sollicitent” - servira, selon Frédéric Saunier, à “atteindre la masse critique” nécessaire à une conversion plus large.

Il invoque aussi les résistances au changement. Quant à l’insatisfaction des agences liée aux fonctionnalités défaillantes, il reconnaît que le standard NDC n’est pas si standardisé que ça : “On ne peut pas, une fois une connexion développée pour une compagnie, faire du plug and play pour les autres”. Mais il assure qu'un servicing minimum est garanti, quelle que soit l’airline, avec NDC-X.

Rappelons à ce sujet que son prédécesseur Bertrand Poey déclarait dans nos colonnes, en mai 23 : “Le standard (de la NDC, ndr) définissant les fonctionnalités d’après-vente sont aujourd’hui à la version 19.2… Et beaucoup de compagnies en sont encore à la version 17.2. Donc ce n’est pas encore mature à 100%, soyons honnêtes.

> Lire aussi : Amadeus : “A propos de NDC, il y a une bascule psychologique”

C’est le “one stop shop” qui commande à la stratégie “plateforme aérienne” d’Amadeus. Soit, la cohabitation de l’offre EDIFACT, NDC (celle-ci étant identifiée comme telle) et lowcost. Et c’est sur ce dernier stock qu’il y a du travail et donc des objectifs. Aujourd’hui, 70% de l’offre commerciale des LCC est disponible via Amadeus. Tous les acteurs y figurent. Le déficit de 30% est donc dû à une présence partielle de l’offre de chacune de ces compagnies à bas coût. Et comme, lorsque Frédéric Saunier liste les LCC disponibles, il cite spontanément “Transavia, Volotea, Easyjet”, on sent bien que c’est le leader Ryanair qui fait le plus défaut, par sa politique de rétention. Force fait loi… L’objectif 24 ? Faire fondre ces 30% manquants, évidemment.